Christian Churches of God

No. B2

 

 

 

Les Vaudois

 

(Édition 1.0 19980913-20060320)

 

Ce document est la traduction de la condamnation des Vaudois et des arguments politiques utilisés par le Clergé romain pour condamner les Barbes vaudois après leur Inquisition par le moine anglais Raymond de Daventry, alors qu'il se rendait au Concile de Latran.

 

 

Christian Churches of God

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(Copyright ã 1998, 2006 Wade Cox)

(Tr. 2013, 2026, rév. 2026)

 

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 Les Vaudois [B2]

 


Préface

L'Église Sabbatarienne a longtemps existé en Europe, où elle s'était établie dès les débuts de l'Église, au Ier et au IIe siècle. Les grandes lignes de l’histoire de l'Église ont été présentées dans les documents intitulés La Distribution Générale des Églises observant le Sabbat (No. 122) et Le Rôle du Quatrième Commandement dans l’Histoire des Églises de Dieu observant le Sabbat (No. 170).

 

Comme nous l'avons dit dans le document No. 170 : "Nous pouvons affirmer avec certitude que l'Église était appelée, par le système catholique, de différents noms selon les lieux afin de dissimuler la structure répandue et uniforme de ses doctrines. Cependant, les organisations de l'Église de Dieu avaient des opinions divergentes quant à son gouvernement et ses priorités (par exemple, les Presbytériens et les Épiscopaliens parmi les Vaudois Occidentaux). Nous savons qu'elle a été appelée Cathare ou Cathari et, de là, Puritaine, en français. Elle a aussi été appelée Bulgar, Khazzar, Vallenses, Albigeoise, Vaudoise, Sabbatharier, Sabbatati, Insabbatati, Passaginienne, parmi d'autres noms. Le terme Sabbatharier semble être une expression signifiant « Ariens observant le Sabbat ».

 

Nous savons que les vues communes populaires étaient généralement comprises et reflétées dans le langage de tous les jours. Par exemple, le terme poor bugger en anglais (pauvre bougre) est une expression commune pour transmettre la sympathie envers une personne malheureuse qui subit une épreuve ou un tourment. Cela prête souvent à confusion pour les Américains modernes et même pour les Australiens, puisque les termes bugger et buggery ont des significations légales spécifiques liées à la sodomie. Cependant, le terme a une autre signification qui montre son application aux élus durant les Inquisitions. Le dictionnaire Oxford Universal Dictionary soutient que ce terme est dérivé du moyen anglais et du terme français bougre et du latin Bulgarus ou Bulgare ou encore « hérétique » (ou « usurier »). Il était soi-disant utilisé en référence aux hérétiques, particulièrement les Albigeois. C'était sa première signification. Le deuxième sens, péjoratif, en rapport avec la sodomie, est apparue plus tard, en 1555, apparemment pour dénigrer la secte qui avait été persécutée pendant environ trois siècles. Le terme pauvre bougre ou pauvre bulgare, tel qu'appliqué aux Albigeois, est devenu poor booger en anglais. L'utilisation du terme bogle ou boggle (frayeur) dans le nord de l’Angleterre, autour de 1505, est d'origine incertaine. Le terme en est venu à être associé aux fantômes et, de là, il est devenu presque un nom propre pour désigner le diable (d'où bogieman, etc.). Le terme poor bugger trouve certainement son origine dans les Croisades Albigeoises. Cependant, on peut se demander quel était le rapport entre les Bulgares et les Albigeois. La réponse est simple. Les Églises de Dieu, issues de branches de ce qu'on appelle l'ère de Pergame (Apocalypse 2:12 et suivants) appelées les Pauliciens, sont arrivées en Europe à la suite des relocalisations, sous Constantin Copronyme et Jean Tsimiskès (voir le document La Distribution Générale des Églises observant le Sabbat (No. 122)). Ces relocalisations en Thrace se sont étendues aux Bulgares, aux Slaves du Sud, particulièrement en Bosnie, ainsi qu’en Hongrie et en Roumanie. Ils se sont répandus vers l'ouest et, à partir du XVe siècle, ils se sont joints aux restes des Sabbatati de l'Ouest, appelés Vallenses ou Vaudois. Nous pouvons déterminer avec une certitude relative la mesure de leurs doctrines, à partir du XIIIe siècle, et avec une certitude absolue ce qu'étaient les branches orientales, particulièrement en Hongrie et en Roumanie, du XVe au XIXe siècle.

 

Les Croisades Albigeoises

Le déroulement des Croisades Albigeoises du XIIIe siècle est décrit dans le document La Distribution Générale des Églises observant le Sabbat (No. 122). Il ne fait aucun doute que ces groupes observaient le Sabbat. Le désir de l'Église Catholique Romaine de dissimuler ce fait a mené à quelques revendications extraordinaires quant à la dérivation linguistique du nom Sabbatati. Cependant, nous savons aussi qu'ils étaient unitariens. Leur existence est attestée avant l’année 934, date à laquelle Atto, évêque de Vireulli, s'est plaint à leur sujet, comme d'autres l'avaient fait avant lui.

 

Ils ont d'abord été appelés Vallenses, en 1179, dans leur condamnation prononcée à leur encontre par Raymond de Daventry. Les anciens ou barbes (oncles), Bernard de Raymond et Raymond de Baimiac, ont été condamnés en tant qu'hérétiques par Raymond de Daventry en 1179 devant le Concile de Latran, non pas pour leur observance du Sabbat, mais pour leur Unitarisme. Le traité écrit contre eux en 1180 par Bernard de Fontcaude a alors utilisé le nom de Vallenses dans son titre, qui est Adversus Vallenses et Arianos. Ils étaient donc des non-Trinitaires subordinationistes. Cet ouvrage de 1180 semble avoir disparu au cours de ce siècle, mais l’ouvrage Liber Contra Vallenses écrit en 1190 par Bernard de Fontcaude existe toujours. Les Vallenses de cette époque semblent être des Unitariens et être considérés comme distincts des Ariens. C'est une vue correcte, sur laquelle l'Église de Dieu insiste. L'Arianisme, qui selon les Catholiques considère l'Esprit Saint comme une création du fils, est distinct de l'Unitarisme biblique. Les catholiques considèrent ces deux doctrines comme une seule et même hérésie, ou comme des hérésies similaires, et ils ont peut-être également inventé la doctrine de la création de l'Esprit par le fils, étant donné qu'il n'existe aucune trace de cette vue dans les textes attribués à Arius (voir également les documents L'Arianisme et le Semi-Arianisme (No. 167) et Le Socinianisme, l'Arianisme et l’Unitarisme (No. 185)).

 

Les Albigeois n'étaient pas simplement une branche des Vallenses. Les Albigeois consistaient en deux groupes, les Vallenses ou Vaudois et les Cathares ou Puritains locaux. Les Cathares avaient des vues tout à fait distinctives et hérétiques du bien et du mal, basées sur une forme de Gnosticisme et de Dualisme Manichéen. Cette distinction est notamment faite par Ray Roenfeldt dans sa thèse (An Historical Study of Christian Cosmic Dualism, Andrews University) (cf. le document Le Végétarisme et la Bible (No. 183)). La foi était souvent attaquée par cette tendance dualiste. Là où l'Église était établie, de nombreux soi-disant convertis parmi les ordres monastiques développaient souvent des vues bizarres. Les Bogomiles en sont un exemple. Chez les Bogomiles et parmi les Bosniaques, l'ascétisme monastique s'accompagnait d'un dualisme hérétique et tentait de saper le corps général de la foi. Des erreurs apparaissent aussi dans les premières branches des Pauliciens. L'une de ces erreurs était celle des Melchisédéciens, qui ont créé un autre ordre structuré et développé à partir de la vue unitarienne. Melchisédek était considéré comme le médiateur angélique et Christ comme le médiateur humain, inférieur à lui. Les écrits catholiques s’emparent de ces groupes hérétiques contemporains et les relient à l'Église de l’époque. Ils attribuent ces vues erronées à l'Église, obscurcissant ainsi les véritables doctrines.

 

La croisade Albigeoise entière a été menée contre ces deux éléments par Rome, au XIIIe siècle. Dans le Sud de la France, les Albigeois bénéficiaient de la protection de Raymond, Comte de Toulouse. Les Vallenses ou Sabbatati étaient les plus nombreux et les plus répandus et ils s’étendaient jusqu'en Espagne. Nous pouvons reconstituer les doctrines des Vallenses à partir de la branche espagnole des Sabbatati en raison de l'intense persécution dont ils ont été victimes."

 

Les doctrines réelles des Vaudois peuvent être observées à partir de l'Inquisition espagnole et des édits pris à leur encontre. Ces édits sont également contenus dans le document Le Rôle du Quatrième Commandement dans l’Histoire des Églises de Dieu observant le Sabbat (No. 170).

 

Ce qui est important dans cet ouvrage c’est la direction politique et les condamnations de ces personnes, comme le montre l'ouvrage traduit ici.

 

Il est affirmé, tout à fait à tort, que la secte est apparue sous Lucius, ce qui est manifestement faux, comme nous le savons grâce à d'autres conciles datant au moins du VIIIe siècle et à des récits historiques antérieurs.

 

Nous voyons dans le prologue que l'Archevêque Bernard de Narbonne les avait condamnés auparavant, mais qu'il n'avait pas réussi à les éradiquer.

 

Le prologue raconte la condamnation sous Raymond de Daventry.

 

Nous savons d'après ce texte, qui était très sélectif et diffamatoire, qu'ils ont refusé d'accepter l'autorité de l'Église de Rome et de ses évêques et prélats. Ils ont refusé d'adorer dans ses églises et ont préféré adorer dans des chambres, des maisons et des bâtiments non consacrés. Le symbolisme païen des Églises elles-mêmes n'est pas examiné ici pour des raisons évidentes, mais il est clair que c'est le cas d'après les arguments avancés contre leur refus de fréquenter ces bâtiments.

 

La dignité des prévôts est discutée au Chapitre II alors que la structure financière même de l'Église a été attaquée par un autre système religieux et ils ont donc estimé qu'elle devait être détruite.

 

Le Chapitre III soutient que la dignité de l'Âme est de la responsabilité des prêtres. Ce point même était au centre de la contestation puisque la doctrine de l'Âme était un anathème pour l'Église vaudoise qui dépendait entièrement de la Résurrection des Morts et faisait valoir que les prêtres étaient devenus apostats et étaient disqualifiés en raison de leur immoralité.

 

Ce chapitre consacre donc beaucoup de temps à la calomnie parce que c'est cette question qui devait protéger les prêtres. Néanmoins, cela n'a pas sauvé l'église romaine car elle a encore dû faire face à la Réforme pour les mêmes raisons quelques siècles plus tard.

 

Dans le Chapitre IV, il est clair que les Vaudois faisaient appel à des personnes ayant reçu une éducation rudimentaire, y compris celles que les prêtres romains appelaient des laïques, pour enseigner, et que l'autorité des apôtres était citée de cette manière. L'église a condamné cette position puisqu’ils cherchaient à attribuer à l'église romaine l'autorité de l'Écriture et son interprétation, ainsi que le droit d'éduquer et de qualifier les enseignants.

 

Dans le Chapitre V, nous nous attelons à la vraie question du pouvoir des évêques et des prélats dans les diocèses et dans les paroisses. Les Vaudois ne reconnaissaient pas leurs systèmes et leurs divisions et prêchaient partout où ils le pouvaient. Il est également évident que lorsque ce texte a été écrit la question du mariage était soulevée. Il faut se rappeler qu'en 1175, pendant la période des Conciles de Latran, les sodomites monastiques avaient pris le contrôle de l'Église et que les Vaudois constituaient une autre grande menace pour le pouvoir de ces personnes. Il a fallu des siècles à l'Église romaine pour enlever les prêtres mariés et, au cours de ce siècle, en 1175, elle y était enfin parvenue.

 

Dans ce chapitre, nous voyons aussi une tentative d'étouffer la compréhension des mystères de Dieu, comme si l'on soulevait le couvercle d’une fosse sur des sujets dits obscurs de l'Écriture.

 

Le Chapitre VI montre que l'enseignement des Vaudois était contraire à celui de l'Église romaine sur un certain nombre de points et que les Vaudois s'attachaient à suivre Dieu plutôt que les hommes et à obéir à l'Écriture. La défense romaine ici, c'est que l'église était l'autorité chargée d’interpréter l'Écriture.

 

Comme il s'agissait d'un acte intrinsèquement politique à cette époque, ils s'opposaient ainsi au pouvoir politique sanctionné par le système romain.

 

Dans les Chapitres VII et VIII, ils s’attaquent au rôle des femmes dans l'Église, car les Vaudois utilisaient les femmes de manière très influente. Il y avait des maisons et des lieux où les hommes ne pouvaient pas accéder et les femmes étaient ordonnées comme diaconesses et envoyées dans ces régions pour prêcher et effectuer les sacrements. Les Sodomites monastiques avaient passé des siècles à éradiquer les diaconesses de l'Église romaine et venaient enfin d'y parvenir, mais les Vaudois menaçaient cette victoire durement gagnée. Parce que les barbes n’étaient pas belliqueux, ils les ont accusés d'être efféminés aussi. Beaucoup de ces prêtres étaient des soldats et plusieurs ont assassiné les Musulmans en Orient et les Chrétiens qui s’opposaient à eux en Occident.

 

Nous voyons ci-dessous la question centrale où ils disent :

"Voyez qu'il est clair qu'ils n’induisent pas les hommes fermes en erreur, mais les femmes corruptibles, qui méritent d'être induites en erreur, en particulier celles qui sont accablées par les péchés. Ils induisent également en erreur les hommes avec une faiblesse féminine, tout comme il est écrit : "Un rassemblement de taureaux parmi les vaches de la population." (Psaume lxvii) Il appelle les hérétiques des taureaux, ceux qui sont fiers et indomptables dans leurs défauts. Ce sont ceux qui se rassemblent parmi les vaches de la population, c’est-à-dire parmi ceux qui peuvent être facilement induits en erreur."

 

Le Chapitre IX vise le cœur des attaques vaudoises contre l'hérésie et l'innovation catholiques romaines. L'aumône pour les morts pour les faire sortir de situations difficiles inventées (telles que le purgatoire et les limbes) est défendue dans ce chapitre et montre que le refus des Vaudois de ces dogmes étaient les questions mêmes qui devaient provoquer la Réforme plus tard. En effet, c'est avec ces gens que la Réforme a débuté.

 

C'est le droit même de l'Église de contrôler l'absolution qui nous préoccupe ici.

 

Le Chapitre IX se poursuit au Chapitre X avec le concept du paradis, de l'enfer et du purgatoire. Ainsi, le déni du purgatoire est considéré comme donnant un accès direct au ciel et à l'enfer. Cette erreur indique que nous avons affaire avec le Puritanisme cathare aussi et qu'il y a deux doctrines ici, celle de la Résurrection vue par les Vaudois et l’erreur cathare du ciel et de l'enfer, qui néanmoins rejetait le purgatoire.

 

Le Chapitre XI confirme ce point de vue, car ils s’attaquent ensuite à l'autre point de vue, celui de la Résurrection, qui rejette le Ciel et l’Enfer entièrement. C'était le point de vue des Vaudois et celui de l'Église de Dieu depuis le début. En effet, c'était la vue originale de l'Église de Rome comme nous le savons à partir du document R. Ce document a été examiné dans le document Les Doctrines Originales de la Foi Chrétienne (No. 088).

 

Dans le Chapitre XII, nous nous attelons au rejet des bâtiments de l'Église romaine et la référence à Étienne dans les Actes, qui dit que le Très-Haut n'habite pas dans des bâtiments faits de mains d’hommes. Notez l'utilisation du terme "prier à l'église" par l’auteur romain ici comme si les idoles et les reliques sont elles-mêmes sacrées, ce qui était la véritable objection des Vaudois à cette pratique.

 

Ainsi, le véritable problème n'était pas que les églises ne devaient pas être utilisées pour se réunir, mais plutôt que la pratique et les enseignements qui y étaient dispensés étaient contraires aux lois de Dieu et relevaient de l'idolâtrie. Cependant, l’auteur catholique romain n'a pas correctement examiné cette question, car cela pourrait compromettre davantage son argumentation et révéler la véritable nature des objections vaudoises.

 

Depuis cette époque, et à partir du Concile de Gênes, les Sabbatariens ont été livrés enchaînés pour être brûlés.

 

***************

 

Prologue

I. Alors que le célèbre Lord Lucius présidait la Sainte Église Romaine, de nouveaux hérétiques ont soudainement fait leur apparition. Ils se faisaient appeler les Vaudois, ayant choisi ce nom d’un certain prophète d'événements futurs, originaire de la dense Vallée, et de plus ils se sont impliqués dans les profondeurs et les lourdeurs du péché. Ces hommes, bien que condamnés par le pontifex maximus, ont, par leurs actes téméraires, répandu le poison de leur perfidie partout à travers la terre.

 

II. En raison de cela, l'Archevêque Bernard de Narbon, honoré dans la religion et la grâce de Dieu, et zélé dans la loi de Dieu, au nom de l'Église de Dieu, a établi cette défense solide contre eux. Il a appelé autant de clercs que de laïcs, autant d'hommes religieux que de païens, pour parvenir à un verdict. Que puis-je dire de plus ? Après une enquête très minutieuse, leurs hérétiques ont été condamnés.

 

III. Néanmoins, par la suite, ils ont osé en privé et publiquement répandre la semence de leur méchanceté. À cause de cela, ils ont été appelés à revenir pour un débat entre les clercs et les laïcs, même si cela était au-delà de ce qui était nécessaire. Et, de peur que l'affaire ne se prolonge trop longtemps, un arbitre a été élu par les deux parties, un certain prêtre, Raymond de Daventry, homme sans doute religieux et craignant Dieu, de noble naissance, mais plus noble dans son comportement.

 

IV. Par conséquent, la date fixée pour l'affaire étant arrivée, les parties se sont réunies, et ces hommes, tout autant des clercs que des laïcs, ont été accusés par les vrais Catholiques d’appartenir à cette fraternité même dans laquelle ils pensent du mal. Chacun plaidant sa cause à tour de rôle, la question a été débattue pendant un certain temps, dans un va-et-vient incessant, et des deux côtés de nombreuses autorités ont été invoquées. Les allégations des deux parties ont été entendues, le juge susdit a donné son opinion par le biais d’une décision écrite, et il prononça qu'il y avait des hérétiques dans les chapitres, tout comme ils avaient été accusés.

 

V. Ils ont défendu leur point de vue, cependant, avec des preuves et des arguments, je me dois d’y répondre, en tant que catholique. Afin que je puisse protéger la foi catholique par les témoignages des Écritures, je les ai imbriqués dans ce présent petit ouvrage, après l’avoir combiné avec d'autres œuvres contre d'autres hérésies. Toutes ces choses, cependant, je les ai écrites surtout pour les hommes afin qu’ils soient instruits : qu'il s'agisse de leurs confrères clercs ou de ceux qui ont été amenés à offenser ou à scandaliser les fidèles dont ils ont la charge, parce qu'ils travaillaient soit avec un manque d'autorité soit un manque de livres, et n’ont pas résisté aux ennemis de la vérité. Car ces hommes ne sont pas fortifiés par la foi catholique, ils ne sont pas ravivés non plus par la nourriture des Écritures sacrées. De là, abandonnés par les hommes spirituels, ils se rebellent, comme des mendiants dans l'état de ce monde actuel, de peur qu'ils aient l’intention de revenir à la patrie, en effet au Paradis. Car la cause qui empêche un plus grand mal est juste, afin que soient chassés du troupeau de brebis de Christ les loups affamés, c'est-à-dire les démons hérétiques et tyranniques, ni par la voix de louange, ni la verge de la discipline et de la sévérité.

 

VI. Par conséquent, je les prie, s'ils le veulent bien, d'accepter le modeste don de ce petit ouvrage, et de garder en mémoire le témoignage des pères sacrés, de sorte que, par la miséricorde de Dieu, ils puissent avoir l'armure impénétrable contre les gouverneurs de ténèbres, contre les tisserands de mensonge, contre les cultivateurs de faux dogme, c'est-à-dire, contre ces hérétiques païens ; afin que, par la grâce originelle de Dieu, ils puissent aussi bien être forts pour triompher, et mériter de recevoir la couronne de gloire impérissable du berger suprême, en raison de ce cours et de l'enseignement de ces matières.

 

Chapitre I

Contre leur argument selon lequel il n'est pas nécessaire d'obéir au Pape, ni aux autres prélats

 

I. Premièrement, par conséquent, ils débattent en ce qui concerne la désobéissance, parce qu'ils ne sont pas en effet obéissants à l'Église romaine qui est pleine du pouvoir de contraindre et de libérer, et qui a l'autorité de gérer les autres Églises.

 

II. Pour cette raison, ils ne sont pas obéissants aux évêques non plus, ni aux prêtres, puisque, selon le témoignage du bienheureux Grégoire, ces évêques qui sont choisis pour mener ce genre de vie prennent la place des disciples de Christ, et ont l'autorité de lier ou de délier. C'est donc par ce pouvoir qu'existent l'Église romaine et les autres évêques, tout comme il est dit : "Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la ​​terre sera également délié dans le ciel." (Matt. xvi) Ils lient les hérétiques susmentionnés avec la manille de l'excommunication, avec l'Apôtre : "étant prêts aussi à punir toute désobéissance." (II Cor. x.) Comme disait Augustin dans Contre Johannes, "ainsi un Chrétien ne doit rien craindre plus fortement que d'être séparé du corps de Christ." Car si quelqu’un doit être séparé du corps de Dieu, il n'en est pas un membre, et il n'est pas nourri par Son Esprit. L'Apôtre dit : "Mais celui qui ne possède pas une partie de l'esprit du Christ n'est pas de lui." (Romains viii) Cela vient aussi des paroles de l'Apôtre : "Chaque Chrétien, bien-aimés, qui est excommunié par les prêtres est considéré comme livré à Satan. Comment cela se fait-il ? C'est parce que le Diable est en dehors de l'Église, tout comme le Christ est à l'intérieur de l'Église. Et de ce fait, c'est comme si celui qui a été retiré de la communauté ecclésiastique était livré au Diable. Et ceux que l'Apôtre prêche comme ayant été livrés à Satan sont montrés comme avoir été excommuniés de lui." C'est en effet ce que l'Apôtre a également dit aux Thessaloniciens : "S'il y a quelqu'un qui n'obéit pas à nos paroles dans cette lettre, notez ceci : ne vous associez pas avec lui, afin qu'il puisse avoir honte." (II Thess. iii.) Prenez note que l'Apôtre exige que la désobéissance soit condamnée, et que le délinquant soit retiré de la société et de l'interaction avec les autres, de sorte que, après avoir été jeté dehors, il puisse avoir honte.

 

III. L'Apôtre dit aussi aux Hébreux : "Soyez obéissants à vos supérieurs et soyez subordonnés à eux car ils veillent sur vos âmes, comme s’ils devaient en rendre compte." (Héb. xiii) Il a également dit à Timothée : "Que ces anciens qui gouvernent bien soient dignes d'un double honneur, et spécialement ceux qui travaillent en paroles et en actes." (I Tim. v) Les anciens ont un double honneur, afin que leur instruction puisse être obéie et qu’ils puissent administrer l’aide à d'autres en leur témoignant le respect qui leur est dû. Le Seigneur a aussi parlé, afin de montrer que l'obéissance doit être étendue aux prélats : "Les scribes et les pharisiens occupent le siège de Moïse. Donc tout ce qu'ils vous disent, obéissez-les et faites-le." (Matt. xxiii) Aussi : "Celui qui vous écoute, m'écoute, et celui qui vous méprise, me méprise." (Luc X)

 

IV. C'est pourquoi le Christ et les Apôtres déclarent que l'on doit obéir aux évêques et aux anciens : en conséquence celui qui ne leur obéit pas vit dans la désobéissance au Christ et à ses apôtres. Chaque erreur et chaque acte de désobéissance, comme l'Apôtre le démontre, "reçoit comme récompense un juste châtiment." (Héb. ii.) Comment donc doivent-ils fuir ceux qui ont négligé les enseignements du Christ et de ses Apôtres ? Étant donné que ces rebelles existent, ils doivent être considérés comme des païens et des collecteurs d'impôts, car le Seigneur a dit : "si quelqu'un n'a pas entendu (les enseignements de) l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen ou un publicain." (Matt. xviii)

 

V. De plus, on doit s'abstenir de toute interaction avec de tels hommes, comme le montrent clairement les paroles prescriptives de l'Apôtre aux Thessaloniciens. Car même selon la Loi de Moïse, si un homme n'est pas obéissant à l'ordre d'un prêtre, il doit être exécuté, de peur que les gens soient corrompus par le mal de la désobéissance. Ainsi on trouve dans le Deutéronome : "Que l'homme qui se montrera arrogant en n’obéissant pas à l'ordre d'un prêtre qui sert à ce moment-là le Seigneur votre Dieu soit mis à mort par décision judiciaire, et vous supprimerez ce mal du peuple d'Israël : et tout le peuple, en entendant cela, aura peur, de sorte qu'à l'avenir, personne ne s'enorgueillira." (Deut. xvii). Donc voyez comment c’est clair, combien est grand le crime de désobéissance, quand un homme qui n'obéit pas à un prêtre est mis à mort par l'épée corporelle. En cette période de vraie grâce, car Dieu ne veut pas la mort des pécheurs, mais qu'ils se convertissent et vivent (Ézéch. xxxiii), ils ne sont pas tués physiquement, mais avec une épée spirituelle, et ils sont retirés de la participation à la confiance par le décret de l'évêque, de sorte que, puisqu'ils ont été rejetés, ils puissent avoir honte et se repentir.

 

VI. En effet, tous ceux qui sont désobéissants sont regroupés comme des infidèles. Comme Samuel a dit : "se battre contre lui c’est pratiquer la sorcellerie" et "ne pas lui obéir c'est commettre le crime de l'idolâtrie." (I Samuel xv). Le bienheureux Grégoire s'est également exprimé sur ce sujet : "L'obéissance est la seule chose qui possède le mérite de la foi, un homme qui en est dépourvu s'avère être infidèle, même s'il peut paraître digne de confiance." L'Apôtre mentionne aussi le péché de désobéissance parmi les crimes capitaux (mortels) lorsqu’il parle de "ces gentils qui regorgent de tout péché : la malice, la fornication et l'avarice" (Rom i). Et un peu plus loin : "ceux qui font le mal, qui n'obéissent pas à leurs parents" (ibid.). À leurs parents, comme le commentent les Chrétiens orthodoxes cultivés, qu'ils soient réels ou spirituels. Et un peu plus loin : "ceux qui commettent de tels actes méritent la mort : pas seulement ceux qui font ces choses, mais aussi ceux qui consentent à ce qu'elles soient faites." (ibid.) D’après Ambrosius, le consentement se produit lorsque quelqu'un pourrait censurer l'acte, mais reste silencieux, ou lorsqu’il en entend parler et l’approuve.

 

VII. Il n'est pas étonnant que ceux qui sont rebelles à la puissance ecclésiastique méritent la mort éternelle. Car selon le témoignage de l'Apôtre : "Il n'y a pas de pouvoir, sauf par Dieu, et les choses qui viennent de Dieu sont mises en place. Celui qui s'oppose à l'autorité résiste à ce qui a été ordonné par Dieu. Ceux qui s'y opposent s'attirent la condamnation." (Rom. xiii) Par conséquent, que ces hérétiques susmentionnés, et ceux qui acceptent ces choses, écoutent l'instruction de l'Apôtre, quand il dit : "Que chaque esprit soit soumis à la puissance supérieure." (ibid.) Tout comme, en effet, l'Apôtre écrit dans les Actes des Apôtres : "L'Esprit Saint a placé les évêques pour régner sur son troupeau et l'Église de Dieu qu’il a acquise par son propre sang." (Actes xx) C'est pourquoi, celui qui résiste aux évêques par orgueil pèche contre l'Esprit Saint. Car même lorsque les Judéens murmuraient contre Moïse et Aaron, la réponse était : "vos rancunes ne sont pas dirigées contre nous, mais contre Dieu." (Exode xvi) Judas de Jacobus a déclaré à cet effet : "Malheur à ceux qui meurent en mépris, avec Koré !" (Jud. 11) Koré et ses complices se sont rebellés contre Moïse et Aaron, les sacrificateurs du Seigneur, et sans délai le feu du Ciel a été envoyé. Ils ont été consumés par les flammes. Par conséquent, ceux qui contredisent l'ordre des prêtres périssent, comme Koré, dans la rébellion, et pour cette raison sont brûlés par la chaleur du feu éternel. D'où le "malheur", car il y a pour eux la damnation éternelle.

 

VIII. En outre, par la désobéissance d'Adam beaucoup de pécheurs ont été créés, et par l'obéissance de Christ, qui était totalement obéissant au Père même jusqu'à la mort, de nombreux hommes justes ont été engendrés. C'est pourquoi, quiconque vit désobéissant porte l'image de ce vieil homme. Contre cela l'Apôtre dit : "Tout comme nous avons porté l'image d'un homme terrestre, portons l'image du céleste." (I Cor. xv) Revêtus de la vertu d'obéissance, tout comme ils ont été chassés du Paradis à cause de leur désobéissance, revenons d'autant plus par notre obéissance, comme si nous empruntions une autre route. "L'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et obéir vaut mieux que d'offrir un bélier abattu." (I Rois xv) En effet, par les sacrifices, c'est une autre chair qui est honorée, mais par l'obéissance, c'est notre propre intention qui est légitimement glorifiée. Salomon a dit : "l'homme obéissant parlera de victoires." (Prov. xxi) C'est parce que pendant que nous sommes humblement subordonnés à la voix de l'autre, nous conquérons notre propre cœur. Tout cela montre clairement combien la vertu d'obéissance est grande, et combien le crime de désobéissance est grand.

 

Chapitre II

On examine la dignité des prévôts, et comment ils doivent être respectés et obéis

 

I. Afin de bien comprendre à quel point les prêtres surpassent les autres, et quel respect et quelle obéissance leur sont dus, il convient de considérer les paroles du Sauveur. Il a dit à un lépreux qui avait été guéri : "va te montrer au prêtre et offre un don en témoignage, comme Moïse l'a ordonné." (Luc v). En effet, il est du devoir des prêtres de discerner et de juger qui est Catholique et qui a été contaminé par une maladie hérétique. C’est pourquoi, puisque le Seigneur a guéri de nombreux malades, il a souvent envoyé les lépreux aux prêtres. Le corps d'un lépreux présente des couleurs variées, ce qui signifie que la vérité chez l'homme hérétique est mêlée au mensonge. Il est clair que le Seigneur ne voulait pas que le lépreux, même purifié, soit attaché à la société des hommes sans le jugement d'un prêtre, afin qu'il puisse montrer à celui qui s’était éloigné de l'unité du Catholicisme, et qui s’était peut-être repenti par hasard, qu'il ne pouvait être attaché aux assemblées des hommes fidèles sans la décision d'un prêtre. Il lui est ordonné de faire, en signe de dévotion et d’humilité, une offrande au prêtre, de sorte qu’il puisse pareillement se montrer obéissant au prêtre, il sacrifie sa victime, lui baisant la main avec une connaissance divine [c’est-à-dire sous le regard de l'Église].

 

II. En outre, certains clercs fournissent de la nourriture, mais d'autres paissent comme des brebis : les premiers vivent de l'autel, les derniers doivent vraiment faire des offrandes. Les premiers sont en mesure de livrer les pécheurs à Satan, mais les autres sont assis devant eux, ils ne devraient pas supporter ces choses, qui relèvent de Dieu sans le conseil des premiers. D'où Jérôme a écrit à Héliodore : "Une chose pour le clerc, une autre pour le moine. Les clercs nourrissent les brebis, moi je les fais paître. Ils vivent de l'autel, pour moi, une hache est placée comme à la racine d'un arbre stérile. Si je n’apporte pas une offrande à l'autel, il ne m'est pas permis de m'asseoir devant un ancien. Ils sont autorisés, si je pèche, à m'envoyer à Satan pour la destruction de la chair, afin que mon esprit puisse être sauvé au jour du Seigneur." Il a également écrit à Rusticus : "L'Église a un Sénat, un rassemblement des anciens, sans le jugement duquel aucun moine n’est autorisé à agir. Réhoboam le fils de Salomon a dévasté le royaume parce qu'il ne voulait pas écouter ses anciens. Les Romains ont aussi un Sénat, et toutes les choses sont faites avec son approbation, et nous avons notre propre Sénat, un rassemblement des anciens."

 

III. En outre, celui qui doute de la loi divine doit courir sans délai vers les prêtres et les questionner. Car ce sont des hommes à travers lesquels le Créateur de tous les hommes fidèles a ordonné que le peuple soit nourri. C’est ce que le Seigneur a fait à ses cinq disciples quand il leur a donné sept miches de pain, afin qu'ils les présentent à la foule. Il a fourni une doctrine spirituelle aux prêtres qui succèdent aux disciples : afin qu'ils soient, comme de bons intendants, des ministres de la nourriture aux âmes de la famille de Dieu, de sorte que les affamés ne manquent pas de nourriture au cours de cette vie. C'est pourquoi il est écrit : "Qui, pensez-vous, est l’intendant fidèle et prudent que le Seigneur désigna encore au-dessus de sa propre famille, afin qu'il puisse leur donner une mesure de blé de temps en temps ?" D'où le Seigneur frappa Paul, et Saul en outre, dans la rue, mais il ne leur a pas enseigné ce qu'ils doivent faire, il les envoya cependant, dans la ville d’Ananias auprès des disciples, pour qu'ils soient instruits. Et l'ange, qui est apparu au centurion religieux, n’a pas non plus laissé l'affaire en suspens, mais il a ordonné d’aller chercher Simon pour que l'homme puisse être instruit par celui qui devrait le faire.

 

IV. À partir de ces exemples, on peut clairement comprendre que nul ne doit prétendre enseigner un autre le chemin de la perfection, sauf s'il vit dans une communauté chrétienne, c’est-à-dire dans la Sainte Église, et s’il est disciple du Christ. Puisque le Christ (ou son messager) ne voulait pas enseigner Saul ou le Centurion, ils ont montré que la tutelle de l'Église doit être détenue de manière invulnérable, et que personne, sans exception, ne peut la détenir, en dehors de ceux qui ont succédé à la voie des disciples, c’est-à-dire les évêques et les hommes de l'Église, à qui le Seigneur a confié cette tâche. Comme il est écrit, et comme en témoigne Malachie: "Les lèvres d’un prêtre gardent la connaissance, et c'est de sa bouche que sort la loi, car il est le messager de l'Éternel des Armées." Voyez combien est grand le mérite d'un prêtre. Car il est, comme il est écrit dans Ézéchiel, le trésor dans la maison du Seigneur, il garde le trésor de la sagesse et de la connaissance dans son propre sein, et c’est de sa bouche, sur l’ordre du Seigneur, que la loi doit être recherchée. C'est ce que le Seigneur lui-même a enseigné, par le témoignage de l'Évangéliste, par l’exemple, quand il s'est assis dans le temple, parmi les savants, et qu'il les a écoutés et leur a posé des questions. Il a enseigné également dans la sainte Église que la connaissance la plus céleste ne doit être apprise ni dans le forum ni dans les rues, de sorte que, dans la mesure où elle est bien comprise et mémorisée, l'Église ait davantage de temps pour étudier attentivement les questions non pas temporelles, mais divines.

 

V. Dans quelle mesure est-il vrai qu'un prêtre, un ange du Seigneur, est appelé un messager ? Certes, il est envoyé pour annoncer la justice céleste, et donc, même s’il doit être méprisé personnellement, il doit être honoré en tant que représentant du Seigneur. D'après le témoignage du bienheureux Grégoire : "Souvent, un homme puissant a un esclave méprisable, et il exige de lui une réponse, soit de la part d’étrangers soit peut-être de sa propre famille ; une personne ne doit pas être méprisée lorsqu'elle parle en tant que serviteur, parce qu'elle est préservée dans le cœur révérenciel du Seigneur qui l'a envoyé." Et donc, même si un prêtre est justement méprisé par quelqu'un, il doit conserver dans son esprit la crainte du Seigneur qui l’a envoyé.

 

VI. Les pécheurs doivent confesser leurs crimes aux prêtres, afin qu'ils puissent être absous des entraves de leur culpabilité. Le Seigneur dit à ce sujet, à un homme mort depuis quatre jours : "Lazare, viens dehors." (Jean xi) Puisqu'il était sorti vivant, il a été délié de ses liens par les disciples, et le Seigneur leur a ordonné : "Détachez-le, et laissez-le s’en aller." (ibid.) Les morts sortent quand un pécheur confesse son crime. Les disciples l’ont délié quand il est sorti (de la tombe). Les prédicateurs de l'Église devraient acquitter celui qui le mérite, qui n'a pas honte d'avouer ce qu'il a fait. En effet, Judas a avoué son crime, mais il n'était pas un disciple du Christ, mais des Juifs. Il a dit : "J'ai péché, en livrant le sang noble." (Matt. xxvii) et sa confession ne l’a pas aidé.

 

VII. Non seulement les presbytres doivent absoudre, mais ils doivent également lier les coupables, et remettre à Satan la destruction de la chair, afin que l'esprit puisse être sauvé. D'où le Seigneur a dit : "Leurs péchés que vous remettrez seront remis, et ceux que vous vous souviendrez, seront retenus." (Matt. xvi) En effet, selon le témoignage de Grégoire, les disciples, dans l'étude desquels les évêques s’occupent pour l'amour de Dieu, n’absolvent pas les péchés de quelques-uns, mais absolvent ceux des autres. L'Apôtre dit aussi d'un fornicateur : "J'ai décidé au nom de notre Seigneur Jésus-Christ," (c'est-à-dire, pour l'amour de lui, et pour sa gloire) ; "de livrer (cet homme) à Satan, de sorte que l'esprit soit sauvé au jour de notre Seigneur Jésus-Christ". (I Cor. v) Il a remis l'homme à Satan pour qu'il puisse être physiquement harcelé et qu'il puisse se repentir. Selon certains, il faut comprendre soit la mort du corps, soit l’excommunication, qui est l'envoi à Satan ... Car de cette façon le diable n'a pas de pouvoir sur un homme après qu'il ait été justifié par sa foi. Mais après qu’un homme, à cause d'un péché, est coupé des sacrements de l'Église, qui sont pour lui une liaison contre Satan, qu’il soit alors attaché sous le joug de Satan.

 

VIII. En outre, le Saint-Esprit estime la dignité d'un prêtre facilement (c'est-à-dire, ce qu'il mérite), et à travers lui s'occupe du peuple élu, dont Caïphe prophétisa alors qu'il était évêque. Là, l'Évangéliste a clairement accordé le don de prophétie au sacrement divin, en disant : "puisqu'il était pontife" (Jean xi) (c'est-à-dire, pontifex maximus). Il passa comme l'eau à travers les canaux de pierre sur les lieux des marchands d'épices, c'est-à-dire, comme un arroseur de grâce spirituelle, qui coule souvent dans les esprits obstinés et insensibles des gouverneurs, il se déversait et arrosait les esprits des vertueux, qui étaient semés et imprégnés avec le parfum.

 

IX. Le bienheureux Jacques a également montré combien l'ordre des prêtres est nécessaire et utile, quand il a dit : "Qui parmi vous est affaibli ? Qu'il appelle les anciens de l'Église et qu'ils prient pour ​​lui après l'avoir oint d'huile au nom du Seigneur. Car la prière faite dans la foi sauvera le malade, et le Seigneur le guérira : et s'il a péché, il lui sera pardonné." (Jacques v). Voyez aussi bien que la prière du prêtre le sauve et que, grâce à elle, Dieu guérit le malade et lui pardonne ses péchés. De même, par conséquent, il sauve, tant que la prière des anciens aide le corps et l'esprit, en soulageant la maladie et en remettant les péchés. De même, l'Apôtre punit ceux qui font venir les hérétiques et désertent les anciens ; puisqu’il ordonne de faire venir les anciens, et non les hérétiques. Silencieusement, il réprimande aussi les Chrétiens mêmes qui, quand ils sont malades, ne vont pas vers les anciens, mais appellent les médecins, et qui, avec l'ordre inversé, par la suite appellent (les anciens) ; car, souvent, la faiblesse de l’esprit est la cause d'une infirmité corporelle. D'où le Seigneur a résolu les péchés d'un homme paralysé qui avait été amené à lui d'abord, en disant : "Mon fils, tes péchés sont pardonnés ;" (Luc v) et par la suite son corps est devenu en bonne santé. "Car une fois que la cause est discernée, l'effet est soulagé."

 

X. C'est le rôle des prêtres de trancher les questions qui se posent au sujet de la religion chrétienne. C’est pourquoi Moïse, escaladant la montagne, a déclaré aux anciens d'Israël : "Attendez ici, jusqu'à ce que nous revenions. Vous avez Aaron et Hur avec vous, et si une certaine question se pose, vous la leur soumettrez." (Exode xxiv) En effet les questions soulevées parmi les croyants, en ce qui concerne la croyance ou le culte chrétien, doivent être adressées aux évêques et aux anciens. C’est en raison de cela et d'autres nécessités que les évêques (de différentes villes) et les anciens (de différentes églises) sont nommés par la papauté. C'est pourquoi l'Apôtre dit à Tite : "Je t'ai laissé en Crète, afin que tu puisses corriger les questions qui ont besoin d'attention, et établir des anciens dans chaque ville, comme je te l'ai prescrit." (Tite i) Dans les Actes des Apôtres, il est estimé que Paul et Barnabas ont établi des anciens dans chaque Église.

 

XI. Vraiment, il faut observer que les évêques sont reçus au nom des anciens, tout comme dans la Lettre à Tite ci-dessus, et de même les prêtres, comme on l'a vu un peu plus haut dans les Actes. Car la position peut être inversée et parfois, au nom des évêques, des prêtres de rang inférieur sont nommés, tout comme dans Philippiens, où l'Apôtre dit : "Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les gens pieux qui sont à Philippes, aux évêques et aux diacres." (Phil. i) En une seule ville, il n'y a pas beaucoup d'évêques, ou, en parlant des évêques, il place les évêques silencieux dans un ordre inférieur, c'est-à-dire (l'ordre) des diacres, sauf qu'il appelle les évêques prêtres. Parfois, les évêques sont appelés de plus grands prêtres dans des contextes appropriés, comme le démontre même la communication quotidienne.

 

XII. Cela dit sur ​​les transgressions, il faut savoir ce qu'il y a dans le Nouveau Testament, lorsque la question se pose de savoir s’il incombe aux croyants de se faire circoncire et d’observer la loi de Moïse : Paul et Barnabas ont décidé que les croyants devaient donc rester tels qu’eux-mêmes et ces mêmes Apôtres le jugeaient bon, et qu'ils (venant d’autres lieux) devaient se rendre auprès des apôtres et des anciens de Jérusalem pour discuter de cette question. "Et ils ont décidé de consulter les apôtres et les anciens à ce sujet." (Actes xv) Et ensemble, les apôtres et les anciens tranchèrent la question, et ils ont rédigé à ce sujet une lettre d'instruction nécessaire pour les croyants, tout comme il est écrit dans les Actes des Apôtres.

 

XIII. De cet exemple, il est clair que lorsque le doute surgit quant à la pratique de la foi chrétienne, il faut avoir recours au plus haut patriarche, qui accomplit son devoir comme le bienheureux Pierre, et à d'autres, les archevêques, qui représentent les apôtres, et les évêques, qui préservent le cours d'autres pratiques, que Luc, dans les Actes (comme cité ci-dessus) appelle les anciens (presbytres), et enfin aux anciens. Car si les Apôtres Paul et Barnabas n’ont pas pris eux-mêmes la décision de trancher une question aussi importante, sauf après avoir consulté les apôtres et les anciens, et après avoir examiné la question de manière approfondie, il faut considérer comme alarmant le degré de présomption et de folie qui règne autour de ces questions qui concernent la foi de Dieu et de Son système, au point que les gens ne questionnent pas les prêtres du Christ, mais d'autres, et en particulier les hérétiques ou de mauvais Catholiques.

 

XIV. À cela, l'Apôtre, dans sa lettre aux Corinthiens, dit concernant les questions transitoires que le fidèle ne doit pas faire juger ces questions devant des infidèles, mais devant les hommes saints : "Est-ce que quelqu'un d'entre nous, ayant un différend avec un autre, ose être jugé par des pécheurs plutôt que par les saints ? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? À combien plus forte raison cela vaut-il pour les questions profanes ? Mais si vous devez juger le monde, êtes-vous incapables de juger des questions triviales ?" (I Cor vi.) Et plus loin : "De même, n'y a-t-il pas un sage parmi vous, qui soit capable de régler un différend entre ses propres frères ? Mais un frère conteste un autre frère pour le jugement, et cela est fait devant des infidèles ? En effet, cela tourne déjà à votre désavantage, que vous ayez des procès entre vous." (ibid.) Si donc les saints (c’est-à-dire les croyants, et non les incroyants) doivent se prononcer dans les affaires mineures, à combien plus forte raison les non croyants sont indignes de juger sur des questions relatives à la religion chrétienne et la foi. D'autant plus que Moïse avertit chacun, en disant : "Interroge ton père et il te racontera : interroge tes supérieurs, et ils te parleront" (Deut. xxxii) Qui est le père, ou les supérieurs, que nous devons interroger, sinon les gardiens des esprits qui nous éduquent à un comportement pieux, comme s'ils élevaient des fils spirituels ? Et parce que, qu'ils nous surpassent par leur dignité ou leur mérite, ils sont appelés nos "supérieurs" ou par un autre nom, nos "aînés". À propos de qui, Saint Pierre dit, écrivant aux fidèles : "Je supplie les aînés qui sont parmi vous, moi, un ancien comme eux et témoin des souffrances du Christ. Nourrissez le troupeau de Dieu qui est au milieu de vous." (I Pierre v) Et un peu après : "De même, jeunes hommes, obéissez aux hommes plus âgés." (Ibid.)

 

XV. Voyez qu'il est clairement important que ce troupeau de fidèles soit nourri, en effet, par ses propres aînés. Car, comme dit le bienheureux Grégoire : "l'Écriture Sainte appelle vieillards ceux qui sont matures à l'égard de la dignité de leurs habitudes, et non dans la durée du temps, comme il est écrit : La vieillesse est vénérable, non pas dans un âge long, ni dans le calcul du nombre d'années ; la vieillesse est cependant la sagesse mûre d'un homme et la vieillesse marque une vie sans tache." En outre, les jeunes hommes sont censés être ceux qui ne sont pas alourdis par toute la dignité de la sagesse. Il est le premier à commander quelques-uns des apôtres de se soumettre aux plus âgés, de sorte que la légèreté extrême (littéralement, la légèreté des légèretés) soit contrebalancée par la dignité des dignités, conformément au texte suivant : "Vous serez saints lorsque vous serez avec un homme saint, et innocent avec un innocent." (Psaume xvii) En ces mots, ces hommes qui ne respectent pas les souhaits des aînés (c’est-à-dire les prélats) sont censurés, et sont donc considérés par l'Apôtre Paul comme désobéissants.

 

XVI. Enfin, tout comme le Seigneur leur dit, à travers le personnage du prêtre Aaron et de ses fils, "c'est la marque d'un prêtre que de décider entre le sacré et le profane, entre ce qui est du monde et ce qui n’est pas du monde (ou, "le pur et ce qui est impur"), et d'enseigner toutes les choses licites que Dieu a dictées aux enfants d'Israël par la main de Moïse." Tout comme il est écrit dans Lévitique : "Le Seigneur dit à Aaron : vous ne boirez pas de vin ou toute autre boisson enivrante, avant d’entrer dans la Tente de ma présence, toi et tes enfants, sinon vous mourrez ; cette loi est éternelle pour vos descendants." (Lév. x.) Et "Afin que vous ayez les connaissances nécessaires pour distinguer entre le sacré du profane, le pollué du pur, et afin que vous puissiez enseigner aux enfants d'Israël toutes mes lois, que le Seigneur nous a transmises par la main de Moïse." (ibid.). Il ressort clairement de cela que c'est le rôle des anciens, et à personne d'autre, de déterminer qui est saint, c'est-à-dire catholique, et qui est profane, c'est-à-dire hérétique, ou qui est pur de toute souillure criminelle, et qui n’est pas pur (c’est-à-dire qui est criminel). En outre, il lui incombe d'enseigner aux fidèles les lois de Dieu. Par conséquent, il est condamnable pour les autres, qui ne sont pas de la tribu de Lévi (c’est-à-dire de l'ordre clérical), d’usurper leur devoir de juger ou d’enseigner.

 

XVII. Voyez que j'ai recueilli un peu de matériel sur de nombreuses choses pour montrer combien la dignité et l'autorité à la fois des évêques et des prêtres sont grandes : grâce à cela, je pense que ceux qui jusqu'à présent ont été rebelles contre eux doivent se soumettre humblement à eux.

 

Chapitre III

Contre ceux qui dénigrent le gardien des âmes

 

I. Mais il y a ceux qui dénigrent les gardiens des âmes, et ceux qui les censurent au péril de leur propre âme : permettez-moi de vous dire quelques mots pour les corriger. Qu’ils écoutent ceux qui, selon le témoignage de l'Apôtre : "sont des calomniateurs détestables de Dieu, des pipelettes, et des fauteurs de troubles qui méritent la mort." (Rom. i) Un calomniateur est celui qui diminue autant qu'il le peut les bonnes qualités d'un voisin, et ​​lui attribue des qualités mauvaises qu'il n'a pas. Une pipelette est cependant celui qui transmet secrètement du mal de voisin à voisin. Un fauteur de troubles est celui qui inflige volontiers une certaine honte ou un déshonneur à un voisin, que ce soit en paroles ou en actes. L'Apôtre dit aussi aux Corinthiens : "Si celui qui est appelé frère est un menteur" (c'est-à-dire calomniateur), ne mangez pas avec lui." Et ensuite : "Les calomniateurs n’hériteront pas le royaume de Dieu." (I Cor. Vi)

 

II. Donc, puisqu’un calomniateur ou un menteur ne doit pas être reçu dans une communauté de fidèles et mérite la mort ; vu que c'est quelqu'un qui n’héritera pas le royaume de Dieu, il lui est toutefois particulièrement interdit de calomnier un gardien du peuple. C'est pourquoi Paul, quand il a été ordonné par le grand prêtre Ananias qu'il soit frappé sur la bouche, ignorant qu'il était le grand prêtre, a déclaré : "Que le Seigneur te frappe, toi, muraille blanchie à la chaux ! Et ceux qui étaient présents dirent, est-ce que tu calomnies le grand prêtre de Dieu ?" Paul répondit : "Je ne savais pas, frères, qu’il était le grand prêtre. Car il est écrit que tu ne dois pas dire du mal du chef de ton peuple." (Actes xxiii) Voyez, cependant, qu'il est ouvertement permis au chef du peuple d’agir contre la loi, et qu’il lui est permis de décider qu'un homme soit frappé, et Paul dit qu'il ne faut pas commettre de calomnie, et il le démontre par l'autorité de l'Écriture. Par conséquent, ils pèsent soigneusement le degré de condamnation que méritent ceux qui calomnient les gardiens de l'Église ; si l’Apôtre s’abstient de calomnier un incroyant et quelqu’un qui agit contrairement à la loi, à partir du moment où il s'est rendu compte qu'il était un chef du peuple. Et il a dit qu'il avait commis une calomnie parce qu'il ne savait pas qu'il était le chef du peuple.

 

III. En outre, Cham a vu les parties génitales nues de son père Noé et s’est mis à rire, et il a été condamné avec ses descendants, lorsque Noé dit : " Canaan, le calomniateur, sera l’esclave de ses frères" (Gen ix) C'est pourquoi on ne doit pas ajouter aux maux de ses supérieurs, ni les divulguer imprudemment, ni se réjouir en les voyant : sinon il sera condamné à la postérité, c'est-à-dire dans le futur. En vérité, les fils de Noé, venant avec le dos tourné, ont couvert les parties intimes de leur père avec le manteau qu'ils portaient sur le dos, qu'ils ont jeté sur lui. Comme le dit le bienheureux Grégoire : "Parce que les bons (fils) étaient obéissants, ils étaient si malheureux des dommages causés à leur supérieur qu'ils ont caché ses parties génitales aux autres, et décidant de cette ligne de conduite et vénérant leur gardien, ils n’ont pas souhaité voir ce qu'ils ont couvert."

 

IV. Et que ces calomniateurs mentionnés ci-dessus prennent note que le saint David a obéi humblement à Saül qui était roi, bien qu’arrogant, mais choisi par Dieu : mais Saül a persécuté et a voulu tuer David ; mais finalement, une fois que ses propres crimes ont été pesés, il a été réprouvé par Dieu, et David a été choisi par le Seigneur pour gouverner le royaume. C'est pourquoi, les choses étaient ainsi, et puisque David a obéi au roi méchant, il est écrit de lui : "Qui, comme David, a reçu toutes choses, entrant dans ton royaume, le quittant, et procédant à la puissance d'un roi ?" Par ailleurs, même s'il était capable de frapper le roi qui le persécutait, il se prosterna dans une expression d'humilité, en disant : "Qui persécutes-tu, Roi d'Israël, qui est-ce ? un chien mort et une puce." Donc que les subordonnés en tirent une leçon, il est permis aux hommes humbles, et aux innocents, une fois qu'ils ont préféré les pouvoirs de Dieu aux leurs, de s'en remettre à des hommes sages contre leur propre jugement, de ne pas les dénigrer, de leur obéir, de ne pas parler contre eux. De même David, quand ses serviteurs voulaient attaquer Saül, qui était entré dans la grotte où ils se cachaient, les réprima en leur répondant qu'il ne devait pas envoyer une bande du Seigneur contre un Chrétien. Il se révolta secrètement cependant, et coupa l'ourlet du manteau de Saül. Et parce qu'il a fait cela, plus tard David s'admonesta. Voyez que, bien qu'il se considérait comme oint par Dieu et élu, il lui était permis de chercher à tuer, mais David ne voulut pas, et parce qu'il avait coupé le pan du manteau de Saül, il le regretta. En ce qui concerne cet épisode le bienheureux Grégoire a déclaré : "Les actes de ceux qui ont été placés en position de pouvoir par l'épée des mots ne doivent pas être supportés, même quand ils sont à juste titre jugés comme méritant une punition. Si une langue est dans l'erreur, que ce soit à leur encontre ou dans des domaines moins importants, il est nécessaire pour un cœur d'être ‘brûlé’ en lui infligeant la punition, jusqu'au point où il se punit lui-même. Et quand ceux qui détiennent un pouvoir élevé se trompent, qu’ils soient effrayés de Son jugement à leur encontre, par lequel ils se sont placés aux commandes. Car, lorsque nous, qui occupons des positions de pouvoir, nous nous égarons, nous nous opposons au jugement de Celui qui nous les a offertes."

 

V. Voyez que j'ai démontré, avec l’autorité des Saintes Écritures et avec des exemples sacrés, combien il faut faire preuve de révérence, une fois que le dénigrement a été retiré, et qu'il faut faire preuve de déférence envers le prélat, et non de dénigrement ou de diffamation. Sinon, nous allons à l’encontre des ordres de Dieu et ne suivons pas les traces des saints.

 

Chapitre IV

Contre leur argument selon lequel tous, même les laïcs, doivent prêcher. Et ce qu'ils disent à ce sujet, et ce que nous disons contre eux.

 

I. Les hérétiques affirment que tout le monde, partout, doit prêcher, sans égard pour la condition, l'âge ou le sexe. Et comme beaucoup de ceux qui se disent Chrétiens sont induits en erreur, certains d'entre eux ayant été ramenés dans le droit chemin par la grâce, et les autres s'étant révélés hérétiques, voyons, si Dieu le veut, sur quels arguments ou autorités ils s’appuient, ce qui peut être dit par les Catholiques pour affaiblir ces arguments qui sont creux à l'intérieur, et enfin sur quoi les Catholiques s’appuient dans leur propre argumentation.

 

II. Tout d'abord, ils disent que chaque personne qui sait comment semer la parole de Dieu parmi le peuple doit prêcher. Jacques dit à ce sujet : "C'est un péché pour quelqu'un de savoir comment faire le bien, et de ne pas le faire." (Jacques iv) Toutefois, si nous savons prêcher un sermon, et cessons de le faire, avons-nous péché gravement ? Quand en effet les hérétiques s'appuient sur ​​l'Écriture pour étayer leurs arguments, celle-ci apporte une réponse : il est écrit dans l'Évangile que le Diable s’est adressé au Seigneur Jésus en disant : "‘Je sais qui tu es, Saint Fils de Dieu.’ Et Jésus le menaça, disant : ‘Tais-toi’." (Marc i) Voyez que le Seigneur ne voulait pas prêcher par la bouche du Diable, bien qu’il ait dit qu'il le connaissait, de peur que par hasard en offrant un mensonge il puisse tromper les imbéciles quant à la vérité, comme s’il avait séduit une femme pour la dégrader. De même, étudiant, le nom du Christ ne doit pas être sortir de votre bouche, même si vous savez comment, de peur que, à la manière d'un empoisonneur, alors que vous pensiez offrir, avec toute la candeur du monde, des gobelets enduits avec du miel, vous y ayez versé du poison et l’ayez mélangé. En ce qui concerne les méchants en effet il est écrit : "la bile des dragons est leur vin, et le poison incurable des vipères". (Deut xxxii) Le poison incurable des vipères est le dogme des hérétiques, parce que celui qui le boit, c’est-à-dire l’apprend en écoutant attentivement, est sans doute condamné à la mort.

 

III. En outre, l'Apôtre ne dit pas que c'est bon pour ceux qui ont la connaissance d’enseigner, mais plutôt que c'est bon pour eux d'agir. (Jacques iv) Par conséquent, cette déclaration doit être comprise comme concernant celui qui sait ce qui est bon et n’agit pas en conséquence, et qui pèche dans cette affaire. Cela ne s'applique pas à celui qui sait enseigner ce qui est bon et qui ne le fait pas. Car tout homme ne pèche pas quand il n'enseigne pas ce qu'il sait : il pèche d’autant plus profondément, s'il enseigne alors qu'il est lui-même un menteur. Car David dit : "Dieu a dit au pécheur, ‘pourquoi expliques-tu ma justice et proclames-tu mon testament par ta bouche ?’" (Ps. xlix) Et l'Apôtre dit ceci : "Vous, qui enseignez aux autres, ne vous enseignez-vous pas vous-mêmes ? Vous, qui êtes glorifiés dans la Loi, déshonorez-vous Dieu à travers la fausse promulgation de cette Loi ?" (Rom. ii)

 

IV. En outre, ils s'appuient sur ​​cela pour obtenir des applaudissements pour leur erreur : "Celui qui entend cela doit dire, ‘viens !’" (Apoc. xxii) À cela le bienheureux Grégoire a dit : "Plus il recevait dans son cœur la voix de l'amour céleste, plus il devait rendre la voix de l'exhortation à la porte de ses voisins." Grégoire a également déclaré : "Dans la mesure où vous bénéficiez de la générosité divine, donnez des louches de bonnes paroles à vos voisins."

 

V. À cela nous répondons : si ces choses sont diligemment examinées par eux, les passages ne leur sont d'aucune utilité dans leurs observations erronées. Quand il a dit : "celui qui entend cela doit dire 'viens !" il faut comprendre par là que l'homme qui n'entend pas la voix de l'amour fraternel intérieurement dans son cœur, ou qui n'entend pas la voix de Dieu à travers les oreilles de son corps ou dans son cœur (bien que ce soit une partie du corps), ou encore quelqu'un qui n'est pas rempli de ce service, ne devrait pas dire "viens". Car qui, quand il ne se soumet pas à la parole de Dieu et ne l’accomplit pas par ses œuvres, est capable d'attirer un autre à cette obéissance par son apparence ? Ou, comment peut-il construire l'obéissance chez un autre, qu'il démolit en lui-même ? Donc, ceux qui ne tiennent pas compte de la parole de Dieu vivent dans la désobéissance d'autant plus profonde, comme cela a été démontré ci-dessus, et ne doivent pas enseigner aux autres. D'où le bienheureux Grégoire a donné cette homélie : "Même si vous pensez avoir progressé, attirez les autres avec vous et ayez le désir d'avoir des compagnons sur le chemin de Dieu." Et il ressort clairement de ces paroles que le bienheureux Grégoire conseille aux gens d'exhorter leurs voisins, ceux qui ont progressé et qui étaient sur ​​le chemin de Dieu, et il leur conseille d’attirer les autres avec eux, quel que soit leur niveau de progression. Mais les hérétiques ne progressent pas, ils reculent plutôt, et ils ne sont pas sur le chemin de Dieu, au contraire, comme il est écrit : "Il les fait errer dans le désert, loin du chemin." (Psaume. cvi) Par conséquent, ils ne doivent pas encourager les autres. Car leurs œuvres, si la foi leur fait défaut, sont de cette nature, même si elles sont d'une grande puissance et constituent un raccourci sur la route.

 

VI. En outre, pour leur raisonnement, ils font appel à ce qui est dit dans l'Évangile de Marc : Jean répond au Seigneur, en disant : "‘Maître, nous avons vu quelqu'un qui chassait les démons en ton nom, une personne qui ne nous suit pas, et nous lui avons interdit de le faire.’ Jésus a dit, cependant, ‘Ne le lui interdisez pas. Car il n'y a personne qui fasse un acte vertueux en mon nom et puisse facilement dire du mal de moi, car celui qui n'est pas contre vous est avec vous". (Marc ix)

 

VII. Ils disent : Voyez qu'ils disent qu'il ne suit pas les apôtres, et cependant, parce qu'il chasse les démons au nom de Christ, le Seigneur leur a ordonné de ne pas l’en empêcher. Par conséquent, si nous prêchons le nom du Christ, même si nous ne suivons pas les évêques ou d'autres prêtres, ils ne doivent pas nous en empêcher.

 

VIII. Mais nous répondons à cela que ce passage ne ​​les aide pas, mais leur nuit plutôt. Car cet homme a fait le bien, parce qu'il a chassé les démons, et il l’a fait au nom du Christ, comme s'il avait la foi, et il n'a pas parlé méchamment. En ce qui concerne cette question, même si un homme ne suit pas les apôtres physiquement, il ne doit pas être empêché de faire de bonnes actions, car en vivant spirituellement, selon la foi, et en accomplissant des (bonnes) œuvres, il suit les apôtres et n'introduit pas de dogme contraire. Mais ces hommes sont à la fois des incrédules et sans obéissance, "ce qui possède le mérite de la foi seule." Vu que, selon l'Apôtre : "Il est impossible de plaire à Dieu sans la foi." (Héb. xi) Et les œuvres les éloignent en fait du chemin de la foi, et à travers elles, ils ne s'approchent pas de Dieu, mais s’éloignent de lui, et deviennent des conteurs de mensonges, et des cultivateurs de dogmes contraires. Donc, ceux qui agissent contre les prêtres du Christ doivent être empêchés de le faire. Des Catholiques cultivés ont également écrit sur ces sujets, en disant que le sacrement communal, qui existe chez nous, n'existe pas chez les hérétiques et les mauvais Catholiques, mais que nous devons détester cela et mettre un terme à la division et à la notion opposant la paix et la vérité, par laquelle ils s'opposent à nous et ne suivent pas, avec nous, le Seigneur.

 

IX. En outre, ils affirment que l'Apôtre les soutient quand il dit : "Certains prêchent Christ à cause de leur jalousie et par esprit de querelle, mais certains à cause de leur bonne volonté." (Phil. i) Car certains envient la gloire de l'Apôtre et visent à la gagner, en essayant d'apporter la paix à eux-mêmes par l'action louable de prêcher. D'autres prêchent Christ parce qu'ils veulent que tous les hommes parviennent à la reconnaissance de la vérité. Un peu plus loin, l'Apôtre dit : "Qu'importe ? Pourvu que Christ soit annoncé de toutes les manières possibles, que ce soit par la vérité ou par opportunisme. Je me réjouis à cause de cela, et je vais continuer de m’en réjouir. " (ibid.) Voyez qu'ils disent, "l'Apôtre se réjouit", quelle que soit la manière dont Christ "est prêché, que ce soit par les hommes jaloux ou par des hommes bons, avec de bonnes intentions ou avec des intentions déformées." Par conséquent, pourquoi les évêques ne se réjouissent-ils pas également quand Christ est prêché par nous, mais nous contredisent-ils au contraire ? Pour cela, je dis qu’il importe beaucoup de savoir par qui Christ est prêché : par les Catholiques ou par les non Catholiques. Que Christ soit prêché parfois par de bons Catholiques, parfois par de mauvais (c'est-à-dire par ceux qui sont jaloux ou ayant de la haine pour leurs frères), c’est la même chose que si les brebis de Christ étant prises en charge tantôt par des bergers, tantôt par des mercenaires. En ce qui concerne ceci, il est dit : "Sur la chaire de Moïse s’assoient les scribes et les pharisiens ; faites ce qu'ils vous disent, mais ne faites pas ce qu'ils font." (Matt. xxiii) En ce qui concerne les hommes de bien, cependant, l'Apôtre dit : "Rappelez-vous vos anciens dirigeants, qui vous ont annoncé la parole de Dieu. Imitez leur foi, en prenant note de leur manière de vivre et de leur mort." (Héb. xiii) En ce qui concerne les non-catholiques, c'est-à-dire les hérétiques, il est dit : "Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent vers vous en vêtements de brebis. En dedans, cependant, ils sont des loups ravisseurs." (Matt. vii) Et comme si quelqu'un avait demandé comment distinguer les vrais prophètes des faux, le Seigneur a répondu : "Vous les reconnaîtrez à leurs fruits." (ibid.) Parce qu'ils oppriment les fidèles, ils blasphèment contre Dieu par leurs actes, sinon par leurs paroles. Mais le plus facile est de les reconnaître à leur manque de patience dans l'adversité. Ils sont identiques aux hommes bons dans le jeûne, la parole et les choses de ce genre. C'est pourquoi on ne les reconnaît pas à leurs feuilles (c’est-à-dire à leurs discours), mais à ce qu’ils produisent. D'où cette parole de l'Apôtre : "Je viendrai bientôt vers vous, si le Seigneur le veut, et je prendrai connaissance non seulement du discours de ceux qui sont fiers, mais de leur pouvoir. Car le royaume de Dieu ne réside pas dans les paroles, mais dans la puissance." (I Cor. iv) Comme s'il disait : "Je ne prendrai pas connaissance de leur feuillage, mais de leurs fruits."

 

X. De plus, Christ est la vérité, tout comme il a dit : "Je suis le chemin, la vérité et la vie." (Jean xiv) C'est pourquoi celui qui invente et propage des dogmes contradictoires ne prêche pas Christ. C'est pourquoi l'Apôtre a parlé de ces mauvais Catholiques (c’est-à-dire les mercenaires) qui parlent néanmoins sur le Christ (c'est-à-dire de la vérité). Toutefois, ces hommes fabriquent leurs propres mensonges et, à cause de cela, il faut leur prêter attention, conformément aux commandements de l'Éternel, c'est-à-dire que l'on doit se méfier d’eux avec diligence. Et donc nous ne nous réjouissons pas dans leur prédication, parce qu'ils ne prêchent pas Christ, mais le mensonge, et parce qu'ils ne sont pas des gardiens, ni des mercenaires, mais des loups, puisque les bergers doivent être entendus et imités, comme nous venons de le prouver à l'aide du témoignage de l'Apôtre. Les mercenaires doivent être entendus, de sorte que les questions qu'ils enseignent à travers la Parole puissent arriver, mais ils ne doivent pas être imités dans leur travail, tout comme le Seigneur l’a dit. Il faut prêter attention aux loups et les éviter. D'où cette parole de l'Apôtre : "Je vous demande, mes frères, que vous preniez garde à ceux qui causent des dissensions et des obstacles à la doctrine que vous enseignez, et je demande que vous vous détourniez d’eux car de cette façon ils ne servent pas le Seigneur Christ, mais leur propre ventre, et par des discours doux et des bénédictions ils séduisent les cœurs des innocents." (Rom. xvi) Veillez à éviter ce genre de personnes. Et pourquoi ? Parce qu'elles sèment la discorde, éloignant ceux qui leur font confiance dans le sentiment des fidèles, et même offensant leur prochain, car il est écrit : "Vivez sans offenser les Juifs, les Gentils et l'Église de Dieu." (I Cor. x) En cela, en effet, prenez soin de "plaire à tout le monde en faisant tout" ce qui est autorisé de faire ou interdit de faire (c'est-à-dire ce que vous faites ou ne faites pas). À ce titre, il associe l'opposition et les pierres d'achoppement, parce que quiconque croit autre chose va à l'encontre de nombreux autres croyants, "se heurtant à la pierre d’achoppement et au rocher de scandale." D'où l'Apôtre les a appelés "de pécher contre leurs frères et de blesser leur conscience faible. "On en voit un exemple chez eux : "vous péchez contre Christ", dont ils sont les membres. (I Cor. viii) C'est pourquoi l'Apôtre ordonne que les dissensions soient évitées, quand il dit : "Je vous exhorte, frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à dire tous la même chose et à ne pas avoir de divisions parmi vous. Mais soyez plutôt unis dans le même sentiment" (c'est-à-dire souhaitant la même chose) "et dans la même connaissance" (c'est-à-dire la même croyance). (Cor. i) Par ailleurs, il leur ordonna de se méfier de l’offense, quand il a dit : "Résolvez d'autant plus de ne jamais mettre une pierre d'achoppement devant votre frère, ni de lui donner occasion de tomber." (Rom xiv)

 

XI. Par conséquent, les hérétiques qui sèment la discorde et posent des pierres d'achoppement agissent contrairement à la doctrine de l'Apôtre, et doivent donc être évités.

 

XII. Par ailleurs, ils utilisent comme preuve de leur propre position ce que Moïse a dit à Josué. Car quand Josué a voulu faire obstacle aux deux hommes qui étaient restés dans le camp et qui étaient prophètes, Moïse lui a dit : "Rivalises-tu avec mes intérêts ? Si seulement quelqu'un accordait à tout ce peuple le pouvoir de prophétie ; et si seulement le Seigneur leur donnait son Esprit." (Nom. xi) Voyez ce que les hérétiques disent : "Moïse n'a rien à envier aux prophètes, au contraire, il désire que toute la population soit des prophètes. L'ordre des clercs nous résiste, cependant, et envie les prophètes, c'est-à-dire les représentants des mystères de la parole de Dieu." La prophétie est la prescience des événements futurs, la révélation des choses cachées ou l'exposition de sombres mystères. Il y a donc des clercs similaires non pas à Moïse, mais à Josué, à la fois parce qu'ils ne suivent pas les traces des saints, mais celles des jaloux, et parce qu’ils pêchent et ne doivent pas être écoutés quand ils parlent contre nous.

 

XIII. Pour cela, nous répondons que, tout comme Moïse, nous souhaitons que toute la population prophétise, et que le Seigneur leur donne son Esprit, ainsi que la vérité, dont nous ne pouvons assez parler, et que la bouche de tous se fasse entendre. "Mais tout le monde a reçu un don particulier de Dieu [c'est-à-dire un don qui lui est propre], un ceci, un autre cela. Il a donné le don de l'apostolat à certains, à d'autres celui de prophète, à d’autres celui d’évangéliste, à d’autres celui de pasteur et d’enseignant". (I Cor. vii) Ceci est similaire à ce que l'Apôtre dit : "Je souhaite que tous les hommes soient comme moi" (ibid.), comme des récipients, mais "chacun a un don particulier de Dieu." La marque de Dieu n'est cependant pas la dissension, mais la paix, tout comme l'enseigne l'Apôtre dans chaque Église sainte. Par conséquent la prophétie n'est pas donnée à tous. Et je dis que la prophétie ne leur est pas donnée, car la prophétie est un don de Dieu ; eux, cependant, ils créent des dissensions et des pierres d'achoppement, comme il a été dit ci-dessus. C'est pourquoi Dieu n'est pas avec eux, car il vit dans la paix et la concorde. D'où l'Apôtre : "Ayez la paix, et le Dieu de paix et d'amour sera avec vous." (II Cor xiii.) Et ailleurs : "Vous soutenant les uns les autres dans l'amour, soyez soucieux de préserver l'unité de l'Esprit par les liens de la paix." (Éph. iv) Ces hommes, cependant, n’ont pas et n’aiment pas la paix catholique, mais ils créent plutôt des dissensions et des discordes parmi le peuple chrétien. Et donc parce que certains les suivent, d'autres sont indécis quant à savoir s'ils doivent les suivre ou suivre les vrais hommes catholiques. Par conséquent, il n’y a pas en eux l'unité de l'Esprit, qui est préservée dans les limites de la paix.

 

XIV. Par conséquent, je ne suis pas jaloux de leur prophétie, parce qu'ils ne sont pas prophètes, sauf peut-être de faux prophètes, à propos desquels le Seigneur a dit : "Méfiez-vous des faux prophètes" (Matt. vii.) et ainsi de suite. Jérémie aussi s’est adressé aux Israélites à ce sujet : "Vos prophètes vous ont montré des choses fausses, ils ne vous ont pas montré votre péché, dans le but de vous encourager à vous repentir." (Lam. ii) Tels sont ceux qui sont voyants pour le peuple chrétien, et ils affirment des mensonges. Comme il est écrit : "Criez, ne vous arrêtez pas de dire à mes gens leurs péchés et les péchés de ceux de la maison de Jacob." (Ésaïe lviii) Les hérétiques, au contraire, n’annoncent pas aux fidèles les péchés qu'ils ont commis, et ils ne leur demandent pas de se repentir. C'est pourquoi ils sont rejetés à juste titre, comme de faux prophètes. Le Seigneur a dit aussi : "De faux Messies et de faux prophètes s'élèveront, et ils donneront de nombreux signes prodigieux afin qu'ils puissent induire en erreur, si possible, même les élus." (Matt. xxiv) Même dans les temps à venir, de faux Messies donneront des signes et donc tromperont beaucoup de gens. Il n'est pas étonnant alors que ceux qui ne donnent aucun signe trompent la confiance de beaucoup et séduisent les cœurs des innocents par de doux discours.

 

XV. À cela, ils répondent : plusieurs laïcs répandent la parole de Dieu au sein de la population croyante, comme le bienheureux Honorat et le bienheureux Equitius, que le bienheureux Grégoire mentionne dans son livre de dialogues, et à notre époque, le saint Raymond, connu sous le nom de Paul, dont la sainteté est attestée par de nombreux miracles. Enfin, les premiers apôtres étaient à la fois monoglottes (idiotae) et analphabètes. (Actes iv) Et tous ces hommes, bien que laïcs, prêchent ou ont prêché la parole de Dieu. Et nous sommes donc imitateurs de leurs actes et ne devons pas être rejetés, mais plutôt écoutés.

 

XVI. À cela, je répondrai que les vrais apôtres étaient analphabètes avant leur vocation, mais "le Seigneur leur apparut dans leur esprit, afin qu'ils puissent comprendre les Écritures." (Luc xxiv) Il leur insuffla le Saint-Esprit, et il les envoya lui-même prêcher le royaume de Dieu. En outre, ils n’ont pas prêché des contre-vérités, mais la foi catholique et la volonté du Seigneur. Et à cause de cela, ils ont fait de nouveaux et inhabituels miracles, par la grâce de Dieu, "avec la volonté de Dieu, en confirmant leur parole par des signes qui l’accompagnaient." (Marc xvi) Mais ces hommes ne comprennent pas les écrits sacrés, comme le dit l'Apôtre : "certains se sont égarés du chemin, et s’adonnent aux mensonges, ils souhaitent être versés dans les lois, mais ils ne comprennent ni ce qu'ils disent ni les arguments qu'ils avancent." (I Tim. i) Ils ne comprennent pas parce qu'ils n'ont pas la foi, sans laquelle nul n'est en mesure d'avoir le don d'intelligence, tout comme il est écrit : "Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas." (Ésaïe vii) En outre, ils ne comprennent pas, car ils n'agissent pas. S'ils faisaient ce qui est écrit, ils comprendraient bien, tout comme il est écrit : "L'homme bon arrive à comprendre en faisant tout." (Psaume cx) Il en va de même quand la vigne est retirée aux vignerons qui ne produisent pas de fruits et donnée à d'autres qui produisent des fruits en temps voulu. Et un talent a été retiré à un serviteur gras qui ne souhaite pas faire de commerce. Ainsi, le Seigneur dit aux Juifs : "Que le royaume de Dieu vous soit enlevé" (c'est-à-dire la compréhension des Saintes Écritures) "et il sera donné à la tribu qui produit des fruits." (Matt. xxi) Ils n'ont pas vraiment le Saint-Esprit parce qu'ils s’éloignent de la Sainte Église, en dehors de laquelle il (c’est-à-dire le Saint Esprit) n’est donné à personne. D'où ce que le Seigneur dit à ses disciples : "Restez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance d'en haut." (Luc xxiv) L'Église est en effet la cité d'un grand roi, dont les dirigeants sont revêtus de la puissance du Très-Haut. D'où l'Esprit passionné : "Il remplit toute la maison où ils sont assis." (Actes ii) C’est-à-dire (il remplit) la Sainte Église où les humbles reçoivent l'Esprit Saint. Car il est écrit : "Sur qui mon esprit repose-t-il, si ce n’est sur les humbles, les doux et ceux qui tremblent à mes paroles ?" (Ésaïe lxvi) Ils ne sont pas vraiment humbles aussi longtemps qu'ils se placent devant les gardiens de l'Église. Au contraire, l’humble David, qui a placé le roi orgueilleux avant lui-même quand il a dit : "Qui persécutes-tu, Roi d'Israël, qui est-ce ? Un chien mort et une simple puce ?". (I Rois xxvi) Il convient de noter à quel point il se considère humble quand il s’identifie à un chien mort et une simple puce. Et que dire de Saül, bien que réprimandé par Dieu, qu'il (David) a appelé le Roi d'Israël ? À ceci que les hérétiques autant que les autres Chrétiens arrogants prennent note à quel point ils doivent s'en remettre aux pouvoirs de l'Église ou aux autorités laïques, dont ils ne tiennent pas compte du mérite aux yeux de Dieu, si le saint David a eu du respect pour le roi orgueilleux, qu'il savait avoir été réprimandé par Dieu, et a lui-même été élu au poste de gouverneur du royaume.

 

XVII. En outre, ils marchent sans relâche, "ne faisant rien", comme le dit l'Apôtre concernant leurs semblables, et "ne se mêlent pas de leurs propres affaires." Et aussi en ce qui concerne les autres, à qui l’Apôtre ordonne "d’adorer en silence, en mangeant leur propre pain" (II Thess. iii) (c’est-à-dire de leur propre travail, et non celui d'un autre.) Comme ils sont arrogants et agités, l'Esprit Saint, qui réside dans les humbles et les doux, ne repose pas en eux.

 

XVIII. Leurs arguments concernant les saints laïques, selon lesquels ils ont prêché la Parole de Dieu, ne seraient en aucun cas mis en avant s'ils prenaient note des paroles du bienheureux Grégoire. Car il dit concernant le bienheureux Honorat qu'il brillait de miracles même d'en haut par la vertu de l'abstinence, par humilité et par ses autres vertus. Il a également transpercé le monticule d'un énorme rocher, qui venait du ciel et sur le point de détruire ses frères, par une invocation au nom du Christ et le signe de la croix, en tendant sa main droite en opposition. Grégoire témoigne qu'il n'avait pas entendu dire que Honorat avait reçu l'enseignement d’un autre. Les hérétiques s'accrochent à lui, disant qu'ils reçoivent sa ressemblance en raison des disciples, mais ils n'ont pas de professeurs. Mais qu'ils prennent note de l'argument que le bienheureux Grégoire applique. Car il dit : "L'application de la manière correcte de vivre est pour lui de ne pas oser être leader qui n'a pas appris à être subordonné." Le même homme a déclaré : "Cette liberté ne doit pas être réduite à l'imitation, de peur que quelqu'un ne prétende être également rempli de l'Esprit Saint, c’est-à-dire qu’il prétend ne pas avoir été enseigné par un instructeur humain, puisqu'il méprise d'être l'élève d'un homme, et qu’il devient alors un professeur de l'erreur" et ainsi de suite. Et aussi : "Cela devrait être vénéré par les faibles, mais pas imité." 

 

XIX. Le bienheureux Equitius a également été inspiré par un ange et a été envoyé. La nuit, l'imposant jeune homme se tenait près de lui dans une vision et a placé sur sa langue une lancette, en disant : "Vois que j'ai mis mes paroles dans ta bouche : va et répand-les." Ce même Esprit a brillé par sa chasteté, sa franchise, son zèle, sa doctrine, son humilité, sa prophétie et son pouvoir de chasser des esprits impurs. Il n'est donc pas étonnant s'ils soient instruits et envoyés par Dieu, et que tant d'entre eux, forts en vertus, prêchent, même s’ils ne sont pas membres d'un ordre sacré. En effet, que les hérétiques apprennent de l'exemple de cet homme qu’ils doivent sans tarder obéir à la fois au pontifex maximus et aux évêques. Car, appelé par le Pape de Rome par l’intermédiaire du protecteur Vitalien, Equitius a continuellement donné louange à Dieu, et ordonna immédiatement que quelques juments soient préparées dans l'heure, et il commença à exhorter Vitalien avec véhémence à partir immédiatement. Mais comme Vitalien était fatigué de son voyage, ils sont restés cette nuit-là sur son ordre. Le lendemain, le pontifex maximus décréta par une autre annonce qu’Equitius, le serviteur de Dieu, ne devait pas quitter son monastère. Ayant entendu cela, le serviteur de Dieu, assombri cependant parce qu'ils ne s’étaient pas hâtés, resta. Voyez que ce saint homme était obéissant au Pape romain, à la fois en partant et en restant.

 

XX. En outre, l'évêque Cadorius ordonna à ce même serviteur de Dieu d'accueillir dans sa congrégation un homme du nom de Basile, qui était le plus doué dans les arts magiques et, fuyant Rome, cherchait Valeria, vêtu d’un habit de moine. C'est pourquoi, après avoir été interrogé, le bienheureux Equitius répondit à l'évêque : "Cet homme, que vous, me recommandez, mon père, je ne le considérerai pas comme un moine, mais comme le diable." Et l'évêque dit : "Vous cherchez une raison pour ne pas avoir à accomplir cet acte pour lequel vous êtes un candidat." À qui le bienheureux Equitius répondit : "Je proclamerai que c'est lui quand je le verrai, mais ne vous imaginez pas que je ne veux pas vous obéir. Je ferai ce que vous commandez." Il a donc été admis au monastère. Après seulement quelques jours, lorsque le serviteur de Dieu était absent, ce même Basil trompa avec ses arts magiques l'une des chastes vierges dont Equitius était gardien. Cette vierge est tombée fiévreuse et a dit qu'elle mourrait immédiatement, à moins que Basil (le moine) vienne la guérir. On alla chercher le serviteur de Dieu (Equitius), et l'affaire lui a été racontée, et il guérit complètement la vierge. Il a veillé à ce que Basile soit jeté hors de la congrégation dès qu’il a été reconnu qu'il était un malfaiteur. Voyez que l'homme était obéissant à l'évêque en acceptant Basile, bien qu'il ait reconnu à travers l'esprit de prophétie que l'homme était mauvais. Par ces exemples, les hérétiques enseignent que l'on doit obéir à la fois au pontife romain et aux autres évêques.

 

XXI. En effet, il est vrai, ce qu'ils prétendent sur le bienheureux Raymond Paul, qu'il prêchait quand il était un laïc, et que l'Église l'a accueilli. Mais cet homme, qui menait une vie catholique, a honnêtement prêché avec la permission des évêques, ne conduisant personne en erreur, mais orthodoxe dans tous les domaines, obéissant aux gardiens de l'Église, brûlant d’un effort total de collecter des âmes pour Dieu, un adversaire très acharné des hérétiques au nom de la connaissance et de la possibilité, sur ce fleuve très rapide, qui est appelé Difficulté, construisant un pont à partir des aumônes des fidèles et un gué de chaque tribut, rendant, pour ainsi dire, un chemin libre pour les vagabonds et tous les voyageurs. Il a accompli une œuvre pieuse dans un endroit qui s'appelle le Boni Pas, avec d’autres personnes dans le besoin, en fonction de la pertinence de l'époque. Donc, que les hérétiques renoncent à faire appel à cet homme catholique pour défendre leur propre erreur, un homme des traces duquel ils se sont manifestement beaucoup écartés.

 

XXII. Je vous ai dit ces choses pour réfuter les arguments des hérétiques, en montrant l’autorité certaine des Saintes Écritures. Par le témoignage de l'Apôtre Paul, ils faussent la manière dont elles doivent être comprises, pour leur propre ruine. Maintenant, j'ai l'intention de publier, si l'Esprit Saint le veut, à la fois la preuve et les raisons par lesquelles il est clairement évident qu'ils ne doivent pas prêcher la parole de Dieu, et qu'ils doivent être entendus par les fidèles.

 

Chapitre V

Qu'il ne leur est pas autorisé de transmettre la parole de Dieu aux fidèles

 

I. En ce qui concerne les laïcs, la question se pose de savoir s'ils sont capables de répandre la parole de Dieu parmi le peuple, et sur ​​ce point, il faut distinguer les Catholiques des non-Catholiques. Il ne fait aucun doute s'ils sont catholiques et si l'honnêteté de leur vie les en félicite, si leur discours est fondé sur le sel de la sagesse ; et s’ils savent faire varier le degré de difficulté de leur discours en fonction de la capacité de chaque auditeur, et s’ils préfèrent suivre une certaine voie d'étude ou obéir à un Catholique de foi véritable, selon leur niveau de connaissances ou de travail, soit à la volonté des évêques ou des anciens dans leur région, ils sont capables, je pense, d’encourager ceux qui les entourent. Et si, par ailleurs, ils n'étaient pas mariés, le poids des ennuis terrestres ne les opprimerait pas. En effet, si leur vie était répréhensible, il ne serait pas nécessaire de les écouter. Car le Seigneur dit ceci : "Faites ce qu'ils disent." Cela n'a été dit que de ceux qui sont assis au-dessus du siège de Moïse, c'est-à-dire des enseignants et des érudits dans la loi divine, que Dieu a rendus supérieurs à son peuple. "Dieu dit au pécheur, cependant : "Pourquoi expliques-tu mes justices et assumes-tu mon testament par ta bouche ?" (Psaume xlix) Pourtant, David a également parlé ainsi : "Tu ne bâtiras pas une maison pour moi parce que tu es un homme sanguinaire." (II Reg xvi) Un homme sanguinaire n'est pas autorisé à construire un temple de Dieu, parce qu'il se livre à des actes charnels et il est nécessaire qu'il déshonore l'esprit de ses voisins en construisant spirituellement.

 

II. Selon l'Apôtre : "Que votre discours aussi soit ancré dans la grâce et dans le sel de la sagesse afin que vous sachiez comment il faut répondre à quelqu'un." (Col. iv) En effet, on répond d'une certaine manière à un monolingue, d'une autre manière à un homme instruit, de différentes manières à différentes personnes. Mais comment un profane peut-il être en mesure de distinguer ces modes, lorsque les clercs n'ont guère cette connaissance ? Et en effet, la nourriture n'est pas agréable au goût à moins d’être assaisonnée de sel ; de même, la parole n'est pas utile sans preuve de sagesse. D'où cette phrase dans Lévitique : "Mettez du sel dans toutes vos offrandes." (Lév. ii) C'est-à-dire, puissiez-vous avoir la sagesse apostolique dans chaque parole et chaque action. Par conséquent, si un homme n'a pas la sagesse apostolique dans ses paroles et ses actes, son discours n'est pas utile, et il doit de ce fait être évité. Car l'Apôtre a dit à Timothée : "Évite les injures" (c'est-à-dire les hérésies) "et les discussions folles." (II Tim ii) C'est-à-dire les choses qui sont sans fruit, même si elles ne sont pas tant mauvaises que profanes. "Car elles progressent vers une grande impiété", c’est-à-dire contre l’adoration de Dieu, "et leur discours se traîne comme un crabe," peu à peu, corrompant les choses qui sont saines.

 

III. À cet égard, un enseignant doit tenir compte de la capacité de son auditoire, afin de distribuer la juste mesure de blé (c’est-à-dire de paroles divines), "tout comme Dieu a exposé les limites de chaque homme fidèle." (II Cor x) D'où l'Apôtre commande que la prophétie, c'est-à-dire la révélation de questions spirituelles, soit fournie par ceux par qui les choses mystiques doivent être fournies, selon la capacité (c’est-à-dire la mesure) de leur foi, de peur qu'il n'y ait une situation où la discussion des questions rudimentaires soit étouffée par des préoccupations de choses plus élevées, ou inversement, lorsque la discussion de points plus avancés est frustrée par la nécessité de discuter des arguments les plus simples. Sinon, il arrivera que si l'auditeur est offensé par les paroles de l'enseignant, alors aux yeux de Dieu, le coupable sera tenu pour être un savant. D'où il est écrit dans la loi : "Si quelqu'un découvre une fosse, ou en creuse une et ne la recouvre pas, et qu’un taureau ou un âne y tombe, le propriétaire de la fosse doit donner à titre d'indemnisation le prix des animaux." (Exode xxi) Découvrir une fosse, c’est lever intellectuellement le voile sur les mystères de l'Écriture Sainte. Celui qui s'y est engagé touche aux sens sublimes de l'Écriture, mais ceux-ci s'appréhendent par la contemplation silencieuse, et non publiquement. Mais celui qui ne touche pas le cœur brut de ses auditeurs, doit répondre en tant que défendeur à la charge, si à travers ses paroles, un esprit, qu’il soit pur ou souillé, est pris dans le scandale.

 

IV. En outre, si les hommes supervisent un certain domaine, ou sont obéissants, ils deviennent bien connus, et parce qu'ils sont obéissants à la Sainte Église, cela est clairement révélé, puisque presque tous sont situés dans un diocèse, et que presque chaque diocèse a ses frontières individuelles. Non seulement cela, mais dans certains diocèses, les Églises établies se distinguent de différentes façons par leurs propres frontières, pour autant que l'évêque n'a pas de juridiction épiscopale, sauf dans son propre diocèse. Un prêtre n’a pas plus le pouvoir dans une autre paroisse, car il est écrit : que personne n’envoie une faux dans la récolte d'un autre homme, c’est-à-dire que personne ne se permette de juger les croyants qui sont confiés à un autre. Et l'Apôtre dit : "Qui es-tu pour juger le serviteur d'un autre homme ? Il se tient debout ou tombe au gré ​​de son propre maître." (Rom. xiv) Si donc il n'est pas possible à un évêque ou un prêtre d'exercer son pouvoir dans le cours normal des événements lorsqu’il est à l'extérieur de son diocèse ou de sa paroisse, à combien plus forte raison un homme ignorant et profane ne peut-il envoyer sa faux dans la récolte d’un autre, c'est-à-dire parmi les personnes confiées à un autre, sans l'autorisation d'un évêque ou d'un prêtre, à qui la question concerne ? Et en effet, ils ne travaillent pas dans le vignoble, comme l'Évangéliste en témoigne, sauf s'ils sont issus de la même famille. Et dans un autre endroit, il est écrit comment le chef d'un ménage loua sa vigne à des vignerons, qui lui rendraient les fruits en leur temps. En effet, cependant, ils n’ont pas rendu les fruits à leur seigneur, mais ils ont tué ses serviteurs (ils ont jeté des pierres à l’un et tué l'autre) et à la fin ils ont également tué le fils du maître. Pas un seul d'entre eux, cependant, n'osa s’approprier la vigne, tant que le maître tolérait leur oisiveté et leurs méfaits. Puisqu'ils ont été dévoués à une communauté, bien que oisifs, bien que mauvais, tant qu'ils étaient tolérés par l'Église, sans la permission et l'autorisation de celui à qui a été confiée la vigne, pas un seul d'entre eux présumait travailler, c'est-à-dire se débarrasser des vignes mortes et en planter de nouvelles, utiliser la houe de la Parole, considérer la vigne comme superflue et cultiver le nécessaire.

 

V. Enfin, qui est assez stupide pour s’occuper de nourrir les brebis d’un autre sans avoir consulté son maître ? Car le fait même qu'il s'en charge est suspect, surtout s'il est de naissance modeste. Et c'est lui, qui "n'entre pas par la porte, mais qui monte par un autre chemin, et qui est un voleur et un bandit. Mais un voleur ne vient que pour voler, tuer et causer la destruction." (Jean x) Et en effet, comme disent les savants, on entre par la porte en faisant confiance au Fils de Dieu, et en imitant son humilité, et en prêchant pour son amour, et non pas pour obtenir la récompense des autres. Par ailleurs, s'il est un incroyant, arrogant ou cherche ses propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ (Phil. ii), il est un voleur qui prétend que ce qui appartient à autrui est à lui, et un bandit est celui qui tue pour s’emparer des biens d'autrui.

 

VI. De toutes ces choses, on peut voir qu'il n’est permis à aucun prêtre ni laïc dont le lieu d'habitation est inconnu (et même si l'on sait où il réside), de cultiver une vigne (c’est-à-dire un peuple) et de paître le troupeau d’un autre sans la permission d’un évêque ou d’un ancien, dont c’est la responsabilité. Et si par hasard quelqu'un osait le faire, on pourrait lui opposer cette objection : "Qui t'a établi chef et juge sur nous ?" (Actes vii) On peut lire dans le testament de l'Évangéliste que le même homme a dit ceci à Jésus au sujet d'une foule : "‘Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage.’ Et Jésus lui dit : ‘qui m’a nommé juge sur vous ou pour distribuer les biens ?’" (Luc XII) Et s'il est décidé que, dans les affaires séculières, un juge doit être choisi, de sorte qu'un homme ne se nomme pas soudainement, combien plus important ça l’est dans les choses divines. Toujours dans le récit de l'Apôtre : "Nul ne doit s'attribuer cet honneur, si ce n’est celui qui est appelé par Dieu, comme le fut Aaron" (Héb. v) Et pourtant, voulant montrer sa foi dans l'invocation de Dieu après avoir entendu la Parole de Dieu, et désireux de répandre sa prédication à partir de la source de la grâce divine, il dit : "Comment vont-ils prier celui en qui ils ne croient pas ? Comment croiront-ils en celui dont ils n'ont pas entendu parler ? Comment vont-ils entendre sans prédicateurs ? Et comment les hommes prêcheront-ils sans être envoyés pour le faire ?" (Rom. x) De ce contexte, il est démontré que les autres n'ont pas invoqué Dieu s'ils ne croient pas en lui, ni ne croient-ils s’ils n'ont pas entendu, ni n'entendent à moins que d'autres leur prêchent ; et ces autres ne doivent pas prêcher sauf s’ils ont été envoyés. Il faut donc d'abord être envoyé par Dieu, de qui proviennent toutes les bonnes choses, et celui qui a été envoyé doit donc obéir et prêcher. De même, sans aucun doute, Moïse fut envoyé par Dieu pour les enfants d'Israël, et après avoir supplié à plusieurs reprises de ne pas être envoyé, Dieu ayant persisté dans son désir, il obéit. De même, Isaïe et d'autres prophètes bénis n'ont pas enseigné le peuple de Dieu sans avoir été envoyés.

 

VII. En outre, dans le Nouveau Testament, d’autres apôtres et disciples ont été envoyés par Dieu pour prêcher Sa parole. D’où ils sont appelés Apôtres, c'est-à-dire ceux qui ont été envoyés. Les apôtres Paul et Barnabas ont également été envoyés par le Saint-Esprit, mais quand les disciples jeûnaient. Ils ont prié pour eux et leur ont imposé les mains et leur ont réparti des tâches, qu’ils ont acceptées. Ils n'ont toutefois pas reçu pour mission de prêcher, ce qui avait toujours été la manière d'agir, tant de la part de Dieu que des disciples. Alors les apôtres ont nommé des anciens dans chaque église. Le bienheureux Paul a également ordonné à Tite de nommer des anciens pour chaque ville, c'est-à-dire des évêques.

 

VIII. Il ressort clairement de ce qui précède que certains hommes sont envoyés par Dieu seul, d'autres par Dieu et par les hommes, certains ni par Dieu ni par les hommes. Moïse, Jean-Baptiste, et le bienheureux Equitius mentionné ci-dessus sont des exemples d'hommes envoyés par Dieu seul. En effet, selon les paroles du bienheureux Grégoire : "La liberté de leur vie, affranchie des choses viles, ne doit pas être imitée, de peur que quelqu'un ne se présume également rempli du Saint-Esprit, méprise d’être un disciple des hommes, et devienne un professeur d'erreur". Il y a ceux qui sont envoyés par Dieu et par les hommes, tout comme les apôtres l’ont été par le Christ qui est à la fois un Dieu et un homme, et d'autres par des apôtres ou les évêques de leur région. C'est ce que l'Apôtre dit aux évêques qu'il avait lui-même nommés : "Prenez soin de vous-mêmes et de tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a placés pour diriger en tant qu’évêques l'Église de Dieu, qu'il a fondée par son propre sang." (Actes xx) Voyez, comme le confirme le livre des Actes, qu'il les a nommés lui-même, mais il dit qu'ils sont envoyés par le Saint-Esprit. Il y en a d'autres qui ne sont pas envoyés par Dieu, mais ils viennent de leur propre gré, avec leur propre présomption extrême, et afin de ne pas égarer les autres de manière trop flagrante, ils mentent en disant qu'ils ont été envoyés par Dieu, comme des gens qui sont en fait capables de faire et d’interpréter une prophétie. "Malheur à ceux qui prophétisent selon leur propre cœur, qui agissent à l'instigation de leur propre volonté, qui disent, ‘le Seigneur dit’, alors que le Seigneur ne les a pas envoyés." (Ézéch. xiii) À leur sujet, le Sauveur dit dans l'évangile de Jean : "Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands." (Jean x) Ceux qui sont venus n'avaient pas été envoyés. Car il a dit : "Ils sont venus, mais je ne les ai pas envoyés. "Venir implique une présomption d'arrogance. Être envoyé implique la soumission au service. C'est pourquoi il dit : ‘malheur’, c'est-à-dire la damnation éternelle, à ceux qui disent qu'ils sont envoyés et ne le sont pas, comme s’ils étaient des menteurs, des voleurs, des brigands et des hommes présomptueux. En effet, il existe des signes très clairs pour identifier ceux qui sont envoyés par Dieu : ils ont des vertus : la charité, la paix, la patience, la continence, la bonne volonté, l'humilité et l'obéissance comme compagnon inséparable. À ce sujet, le bienheureux Jacques a dit : "Cette sagesse qui vient d'en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, bonne conseillère, harmonieuse avec de bonnes actions, pleine de compassion et de bons produits, elle n'est pas critique et est sans hypocrisie." (Jacques iii) Voyez comme les signes d'une sagesse donnée par Dieu sont évidents!

 

IX. Ceux qui sont envoyés par Dieu et par les hommes ont des preuves claires qu'ils ont été envoyés. Ceux qui viennent de leur propre gré n'ont pas été envoyés, et ils n'ont pas la preuve de l'homme qui les a envoyés, ni celle de Dieu, s'ils manquent de charité, d'humilité et d'obéissance, qualités qui, selon Bède, sont les inséparables compagnons de l'humilité.

 

X. Et de toutes ces choses, il est plus certain que ceux qui ne font pas partie de l'ordre sacré ne doivent pas être facilement entendus par le peuple de Dieu, à moins qu'ils aient des preuves visibles qu'ils ont été envoyés par Dieu. Et s'ils ne veulent pas obéir aux gardiens de la Sainte Église, il est clair qu'ils n'ont pas été envoyés, mais qu’ils sont venus de leur propre chef. Car "parce que tout pouvoir vient de Dieu et que les choses qui viennent de Dieu sont ordonnées, ceux qui résistent à l’autorité agissent contre l'arrangement de Dieu, et ceux qui résistent à l'ordination de Dieu s’attirent la damnation." (Rom xiii)

 

XI. En outre, ceux qui ont une femme ou sont opprimés par le poids des soucis terrestres ne sont pas aptes à répandre la parole de Dieu. Car, selon le témoignage de l'Apôtre : "Celui qui a une femme a une préoccupation pour les choses du monde - comment il peut plaire à sa femme - et est donc divisé." (I Cor. vii) En effet, un prédicateur de la Parole de Dieu doit avoir un cœur libre de tout souci terrestre, de sorte que, étant perspicace, il puisse voir les choses qui échappent à d'autres, et qu'il puisse lui-même être disposé davantage à la connaissance et à la vie. Car l'œil n'observe pas correctement un défaut en quelque chose quand il est lui-même plein de poussière. À cet effet, le Seigneur dit au premier savant de la Sainte Église : "N’amène ni sac, ni bourse." (Luc x) Mais que pouvait-il signifier par « bourse », sinon les fardeaux de la laïcité ? Et le premier pasteur de l'Église dit : "Ce n'est pas bon pour nous, afin de nous occuper des tables d'argent, de laisser derrière la parole de Dieu. Choisissons pour ce travail, des hommes de bon témoignage, remplis d'Esprit Saint et de sagesse, et nous les exhorterons à prêcher et à administrer la Parole." (Actes vi)

 

XII. Par conséquent, une fois que tous les arguments présentés ci-dessus, concernant ceux qui sont érudits dans la parole divine, ont été pris en considération, on peut voir que c'est horrible de confier le poids de la Parole à un profane, d'autant plus qu’il a été confié aux prêtres d'enseigner toutes les questions concernant les lois que Dieu a enjointes aux enfants d'Israël par l’intermédiaire de Moïse, comme le dit Malachie: "Les lèvres du prêtres sont les gardiennes de la connaissance, et la loi doit être recherchée dans sa bouche, parce qu'il est l'ange du Seigneur des Armées." (Mal ii) Ces conditions s'appliquent si le profane est catholique ; il en résulte que sans la permission d'un évêque ou d'un ancien, il ne puisse envoyer sa faux de paroles dans son champ, c'est-à-dire le peuple, et il ne peut non plus donner une mesure de blé à une famille dont le Seigneur ne l'a pas nommé comme protecteur, ni nourrir le troupeau d'un autre s'il le rencontre, ni travailler dans un autre vignoble s'il n'a pas été appelé.

 

Chapitre VI

Je réponds à l'argument où ils utilisent les paroles de l’Apôtre : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes", et concernant certaines autres questions

 

I. Il ne fait aucun doute qu’un homme (qu’il soit religieux ou laïc) qui a sombré dans l'hérésie ne doit pas être entendu par les fidèles, mais doit être évité. Un hérétique est celui qui suit une hérésie ancienne ou plus ancienne, ou qui en crée une nouvelle. De ce genre sont ceux qui disent que l'on n'a pas à obéir aux évêques, aux prêtres ou, ce qui est horrible à dire, à la Sainte Église Romaine. En cela, il est convenu que les hommes de cette nature sont des hérétiques ou des incroyants. Il a été dit plus haut : "Car l'obéissance est la seule chose qui procure l'insigne de la foi." Sans cela, un homme se montre coupable d'être un incroyant, même s'il semble être fidèle.

 

II. Mais, disent-ils, nous sommes obéissants à Dieu, et non aux hommes, suivant Pierre qui dit : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes" (Actes v) Le Seigneur a en effet enjoint aux disciples, en disant : "Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toutes les créatures." (Marc xvi) Les chefs des prêtres et les grands prêtres du temple interdisaient même aux anciens d’enseigner ou de prêcher au nom de Jésus. Lorsque les chefs des Juifs ont interdit l'enseignement, Pierre a rétorqué que le Christ avait ordonné qu'ils enseignent à toutes les créatures : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes."

 

III. Mais les hérétiques mentionnés ci-dessus ne peuvent pas défendre leur propre erreur avec ce passage de l'Écriture. Car Dieu leur a ordonné d’enseigner. Car ceux que le Seigneur envoie (comme cela a été dit précédemment) montrent des signes clairement visibles d'humilité, de charité, d’autres vertus et de miracles, et dont le compagnon indivisible est l’obéissance : "Avec le Seigneur exerçant sa volonté, et confirmant la vérité de leurs paroles avec une preuve ultérieure." (Marc xvi) Ces hommes ne possèdent pas de tels signes. Par conséquent, ils ne sont pas envoyés par Dieu et ils ne devraient pas parler. D'où, lorsque le bienheureux Job a appelé ses amis, qui étaient des hérétiques, "fabricants de mensonges et adorateurs d'un dogme pervers", il a déclaré : "Si seulement vous vous taisiez, afin qu'on vous considère comme sages !" (Job xiii) Aussi : "Quelle utilité Dieu a-t-il de vos mensonges, que vous proférez des tromperies en son nom ?" (ibid.) Et plus loin : "Vos paroles creuses auront-elles une fin ?" (Job xvi) Et à son tour : "les regards perçants témoignent contre moi et les paroles mensongères sont enflammées contre mon visage, me contredisant." (ibid.) Et encore "mes amis verbeux" (ibid.) et aussi "prenez note de moi, et taisez-vous, et placez votre doigt sur ​​vos lèvres." (Job xxi) et "votre réponse s’est révélée contraire à la vérité." (ibid.) Le Seigneur a aussi dit à Eliphaz : "Ma colère s’est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous ne dites pas la vérité devant moi, comme l'a fait mon serviteur Job." (Job xlii) De l'avis du bienheureux Grégoire, Job est l'image de la Sainte Église et ses amis les personnages des hérétiques, qui sont dits être des amis parce que dans certaines observances ils font partie de la Sainte Église, mais par leurs erreurs, qu’ils commettent eux-mêmes ou en suivant d'autres, ils sont mentionnés comme des tisserands de mensonges. Et parce qu'ils s’efforcent de défendre leurs actions, ils sont appelés des adorateurs d'un dogme pervers. Et puisque leur malice est cachée, eux, ceux qui témoignent contre la Sainte Église sont appelés regards perçants, à condition qu'ils combattent ne serait-ce qu'une seule fois, non pas par des arguments rationnels mais par des discours faux et inutiles, c’est pourquoi ils sont appelés faux orateurs et verbeux, et leurs paroles creuses. Il est donc avantageux pour eux de se taire. D'où, Job voulait tant qu'ils se taisent et qu'ils mettent leur doigt sur ​​leurs lèvres et écoutent les gardiens de la Sainte Église quand ils parlent, satisfaisant ce qui est dit dans Jacques (V. chap. i) "Que tout homme soit prompt à écouter et lent à parler."

 

IV. Ils provoquent la colère de Dieu contre eux-mêmes parce qu'ils enseignent une voie autre que celle de la Sainte Église. Par conséquent, Dieu ne répond ni à leurs sacrifices, ni à leurs prières. Toutefois, si la Sainte Église devait faire des offrandes ou prier pour ceux qui se repentaient, en leur nom, il leur répondrait. D'où le Seigneur a dit aux amis de Job : "‘Prenez sept taureaux pour vous-mêmes, et sept béliers, allez auprès de mon serviteur Job, et il offrira l'holocauste en votre nom, car Job est mon serviteur, il priera pour vous, je l’exaucerai, de sorte que vous ne considériez pas cela comme un acte stupide. Car vous n'avez pas dit la vérité devant moi, comme mon serviteur Job l’a fait.’ Et ils firent ce que le Seigneur leur avait dit, et le Seigneur a répondu à la figure de Job, et il céda à la pénitence de Job, quand il a prié en faveur de ses amis." (Job xlii)

 

V. Par conséquent que les hérétiques cessent d'être verbeux, et qu'ils reviennent, repentants, à la sainte Église, laissant derrière eux leurs principes arrogants, comme à travers le sacrifice des taureaux et des béliers. L'Église, avec des sacrifices et des prières, intercède en faveur de ceux qui s'égarent, puisque le sacrifice ou la prière de personne en dehors de l'Église ne sera pas accepté.

 

VI. L'Apôtre a donc été envoyé par Dieu et l'honnêteté de sa vie, le caractère extraordinaire de ses miracles et l'orthodoxie de sa doctrine sont attestés. Par conséquent, les Apôtres n'auraient pas dû obéir aux non-croyants juifs, aux crucifieurs du Seigneur, et aux persécuteurs des disciples, les membres d'autres religions, croyant en effet que le nom du Seigneur pouvait être étouffé, comme s’ils blasphémaient contre Dieu ; et Dieu l’a voulu, et a confirmé sa parole par des signes qui l’accompagnaient, et les a même envoyés. Mais ceux qui ne sont pas totalement obéissants à la volonté de Dieu, et qui obéissent en outre aux infidèles, c'est-à-dire aux représentants de l'hérésie ; ceux-là effectivement n’ont été envoyés ni par Dieu ni par les hommes. Il est convenu qu’ils n'obéissent pas à Dieu parce qu'ils ne sont pas obéissants à ceux que le Seigneur a ordonné qu’ils soient obéis ; ceux qui sont assis sur le trône de Moïse, c’est-à-dire les évêques et les prêtres, ceux qui occupent la place de Moïse. Alors qu'ils dominent sur ​​le peuple de Dieu, ils gouvernent et enseignent la volonté de Dieu, et corrigent les méchants. De là, il est écrit : "Sur le trône de Moïse sont assis les scribes et les pharisiens : obéissez et faites donc tout ce qu'ils vous demandent." (Matt. xxiii) De plus l'Apôtre dit : "Obéissez à ceux qui dominent sur vous, et soyez-leur soumis." (Hébreux xiii) Et Pierre : "Jeunes gens, obéissez à vos anciens." (I Pierre v) En effet, il a appelé les anciens les bergers du troupeau, à l'égard desquels il a dit précédemment : "Paissez le troupeau de Dieu qui est le vôtre." (ibid.)

 

VII. Il ressort donc très clairement que les hérétiques mentionnés ci-dessus ne sont obéissants ni à Dieu ni aux Apôtres. En effet, ils se consacrent à une notion répréhensible ; ils obéissent aux hommes perfides, propagateurs d'hérésie, et méprisent les prêtres catholiques. D'autres, comme un troupeau sans berger, n'obéissent à personne. Ces hommes, la loi de Dieu les appelle "les fils de Bélial" (III Rois xxi), c’est-à-dire "hors de l'étrier." En vérité, le Seigneur, sur le point de monter aux cieux, n'a pas laissé les brebis dont il se souciait sans pâturage, mais il les a confiés à la garde du bienheureux Pierre, en disant : "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ces autres hommes ? Pais mes brebis." (Jean xxi) Par cet exemple, l'apôtre et l'homme apostolique, les bergers de Dieu, ont été instruits et ont pris soin de commander les fidèles à travers le temps. Car un troupeau sans pâturage meurt, et une armée sans chef, comme une ville sans gouverneur et une région étendue sans surveillant, tout comme il est écrit : "Là où il n'y a pas de gouverneur, les gens vont à la ruine." (Prov. Xi)

 

VIII. De cela et d'autres exemples similaires, que les ennemis de la vérité prennent note à quel point sont folles les actions de ceux qui osent vivre sans Dieu ni homme pour les guider. Par conséquent, selon les mots du bienheureux Pierre, ils s'efforcent de montrer qu'ils obéissent à Dieu et non aux hommes, comme s’ils coupaient la gorge de Goliath avec leurs propres épées, alors qu'ils sont en fait reconnus pour n’obéir ni à Dieu ni aux hommes catholiques. À ce titre, ils doivent être évités, comme s’ils étaient des incroyants ou des condamnés, et ne doivent être ni salués ni accueillis dans la communauté, mais plutôt ils doivent être mis en fuite et retirés de la société ordinaire. L'Apôtre dit : "Ne vous mettez pas sous le joug avec les infidèles : car quel est le partenariat de la justice avec l'iniquité ? Ou quel lien commun la lumière a-t-elle avec les ténèbres ? Quel accord y a-t-il entre Christ et Bélial ? Ou quelle part la croyance a-t-elle avec l’incrédulité ? Quel consensus y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ?" (II Cor. vi) L'Apôtre ajoute : "Même si nous-mêmes, ou un ange venu du ciel, vous prêchait un évangile qui est différent de ce que nous avons (déjà) prêché, qu’il soit condamné. Tout comme nous l’avons dit auparavant, je le répète encore maintenant : "Si quelqu'un vous prêche quelque chose qui est différent de ce que vous avez reçu, qu'il soit condamné". (Gal i) Et aussi : "Après qu’un hérétique a été puni une première fois, puis une seconde fois, évitez-le, sachant qu'il est subversif et de quel type il est." C'est-à-dire que même celui qui est si incorruptible est ruiné, "et qu'il pèche, après avoir été condamné par le juge approprié." (Tite iii)

 

IX. D'autres sont jetés hors de l'Église par sa propre décision, en raison de leurs crimes, mais les hérétiques la quittent de leur propre gré. L’Apôtre a commandé aux Thessaloniciens : "Ne vous associez pas à celui qui n'obéit pas à la parole" de ce même Apôtre. (II Thess. iii) De plus, le bienheureux Jean : "Dieu n'a personne qui quitte [l'Église] et qui ne reste pas avec la doctrine de Christ." (II Jean ix) Et un peu plus loin : "Si quelqu'un vient à vous et ne suit pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, ne le saluez même pas. Car celui qui le salue communique avec les œuvres du mal." (II Jean x) Aussi le bienheureux Paul : "Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ, à vous éloigner de tout frère qui ne mène pas une vie ordinaire, ou ne vit pas selon la tradition qu’il a reçue de moi." (II Thess. iii) Et aussi : "Évitez les propos profanes et les discours oisifs, car ils conduisent à une grande impiété", et ainsi de suite. (II Tim ii) Encore une fois : "Ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères." (Héb. xiii) Et aussi : "Supprimez le méchant du milieu de vous." (I Cor. v) Cela se produit quand un homme mauvais est retiré de la communion de l'Église par une mesure disciplinaire de l'Église. Et aussi : "Vous alliez si bien. Qui vous a empêchés d'obéir à la vérité ? Vous avez conspiré avec aucun homme. La persuasion ne venait pas de celui qui vous a appelé (c'est-à-dire Dieu), mais du diable. Une petite quantité de levure fait lever toute la pâte." (Gal v.) Aussi : "Ne communiquez pas avec les instruments infructueux des ténèbres, mais confondez-les d'autant plus." (Éphésiens v.) Plus loin : "Que personne ne vous séduise par de vains discours." (Col ii) Et en effet, l’élévation de ce type n'existe que dans les mots. Comparez aussi Jean : "Ne croyez pas tout esprit, mais examinez l'esprit pour voir s’il vient de Dieu." (I Jean iv) Et le bienheureux Pierre : "Notre très charitable frère Paul, selon le don qui lui a été donné, vous a écrit, comme il le fait dans toutes ses lettres. Dans celles-ci il y a quelques points qui sont difficiles à comprendre, que les ignorants et les instables peuvent expliquer à tort, comme ils le font avec d'autres parties de l'Écriture, pour leur propre damnation. Vous frères, donc, puisque vous savez déjà cela, tenez-vous sur vos gardes, de peur que vous soyez séduits par les erreurs de l'insensé, et que vous perdiez votre propre position de sécurité." (II Pierre iii)

 

X. Nous avons choisi ces paroles de l'Écriture sainte, comme un rappel du salut à méditer par les hommes fidèles à Christ, à garder en mémoire, afin qu'ils sachent bien qu'il ne doit y avoir aucune participation ni aucune association avec ces hérétiques perfides. Il ne faut pas non plus les écouter, mais les traiter comme s'ils étaient condamnés, et les éviter comme s’ils étaient corrompus et clairement sans vergogne. Il ne faut pas non plus s’associer avec eux, mais les traiter comme des rebelles, et il ne faut pas non plus les saluer, ni les recevoir dans votre maison, mais les traiter comme des hommes qui sont contre le Christ, et les éviter, comme des gens qui prononcent des paroles profanes et stupides. En effet, ils s’adonnent à l'impiété à la manière d'un crabe ; peu à peu, ils infectent les membres sains, c'est-à-dire les fidèles, et tout comme le levain fait lever une masse de fine farine, ils gonflent d’orgueil ceux qui ont affaire à eux. Une fois que la douceur naturelle de l'unité catholique a été perdue, ils les rendent acides, c’est-à-dire avec leurs opinions remodelées, et ils sont à la fois corrompus, comme le dit l'Apôtre, et privés de la vérité, croyant que la piété est un profit, tout en prêchant pour le profit et non pour l'avenir. C'est pourquoi il ne doit y avoir aucune communication avec eux, et ils doivent être réfutés avec d'autant plus de vigilance.

 

XI. D'où l'Apôtre dit aussi, en reprenant les paroles d'Isaïe : "Le Seigneur dit : ‘sortez du milieu d’eux, et séparez-vous. Et ne touchez à rien d'impur. Je vous recevrai et serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur Tout-Puissant." (II Cor. vi) Celui qui se sépare des hommes mauvais n’imite pas leurs œuvres. Celui qui ne consent pas à la volonté des pécheurs ne touche pas au mal. Il fuit l'homme qui ne ménage pas sa bouche, mais il corrige autant que cela lui est permis. C'est la voix du ciel que Jean a entendue, disant : "Sortez d'ici, mon peuple, et ne participez pas à leurs crimes, et ne recevez pas une part de leur punition : puisque leurs péchés atteignent jusqu’au ciel et le Seigneur a pris note de leurs iniquités." (Apoc xviii) Ils ne nous souillent pas dans ces deux manières si nous n'avons pas acquiescé : mais nous les réfutons, car ils accomplissent ​​les œuvres des ténèbres et sont des spoliateurs des Saintes Écritures ; incrédules et insensés, corrupteurs des esprits et des loups métaphoriques qui arrachent et dispersent le troupeau du Seigneur, comme il est écrit : "À l’intérieur, il y a des loups voraces" (Matt. vii) Ils ont empoisonné l'esprit et ont l'intention, si l'occasion se présente, de poursuivre les personnes publiquement et de les corrompre intérieurement, et, à l’instar des buissons épineux ou des chardons, de faire couler le sang de ceux qui s’approchent d'eux, et de les mettre en pièces, comme il est écrit : "Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ?" (Matt. vii)

 

Chapitre VII

Ceux que les hérétiques induisent le plus facilement en erreur, et ceux qu'ils n’induisent pas en erreur

 

I. Je démontrerai ici à quel point les hérétiques nuisent au peuple de Dieu, et voyons, si le Saint-Esprit le veut, ceux qu’ils induisent le plus facilement en erreur.

 

II. Ils induisent en erreur les femmes, les hommes qui ne sont pas virils (mais qui agissent de façon efféminée), les ignorants, les menteurs, ceux qui ne sont pas obéissants à la vérité et qui tombent dans le péché, les avares, et enfin ceux qui n'ont pas le signe (de la vertu) sur leurs visages, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas la charité dans leur cœur. Ils induisent les femmes en erreur en premier, et à travers elles les hommes, tout comme le diable a premièrement séduit Ève, et ensuite à travers elle Adam. De même, il a essayé de ruiner Job par sa femme, quand elle a dit : "Gardes-tu toujours ta foi ? Maudis Dieu et meurs !" (Job ii) La même chose s'est produite à Pilate par sa femme quand elle lui a dit : "N'aie rien à voir avec cet homme juste. Car aujourd'hui, dans une vision, j’ai beaucoup souffert à cause de lui." (Matt. xxvii) Il voulait perturber le mystère de la passion de notre Seigneur, afin que par sa mort Satan perde son pouvoir. L'Apôtre dit à Timothée concernant les pseudo-christs et les hérétiques : "Ils ont en effet l'apparence de la piété, mais ils n'ont pas la vertu qui lui est associée. Évitez ces hommes. Parmi eux, il y a ceux qui vont envahir les maisons, capturer et prendre pour épouses des jeunes femmes qui sont accablées par les péchés et qui sont dirigées par différents désirs." (II Tim iii)

 

III. Voyez qu'il est clair qu'ils n’induisent pas les hommes fermes en erreur mais les femmes corruptibles, qui méritent d'être induites en erreur, en particulier celles qui sont accablées par les péchés. Ils induisent également en erreur les hommes ayant une faiblesse féminine, tout comme il est écrit : "Un rassemblement de taureaux parmi les vaches de la population." (Psaume lxvii) Il appelle les hérétiques des taureaux, ceux qui sont fiers et indomptables dans leurs fautes. Ce sont ceux qui se rassemblent parmi les vaches de la population, c'est-à-dire parmi ceux qui peuvent être facilement induits en erreur.

 

IV. Ils séduisent aussi les ignorants. D'où il est écrit dans les Proverbes : (L'ignorance) est comme "une femme stupide et bruyante, pleine d'incitations à pécher, et qui ne sait rien du tout" et ainsi de suite. (Prov. ix) Elle dit : "Que celui qui est léger vienne vers moi." La femme stupide et bruyante est la perversité hérétique. Elle est stupide à cause de son intellect imbécile et bruyante à cause de son babillage. Elle est pleine d’incitations à pécher, et ne sait rien du tout et ainsi de suite. Elle dit : "Que celui qui est léger vienne vers moi." Un homme léger est un homme très stupide, dépourvu de bon sens.

 

V. Ils induisent également en erreur l'innocent ou le simple. D'où l'Apôtre : "Grâce à des discours mielleux et de belles paroles, ils séduisent les cœurs des simples." (Rom. xvi) Ils ont même séduit ceux qui sont humbles de cœur, d'où des Proverbes : "Il y a ceux qui ont des épées à la place des dents et dévorent avec leurs molaires pour consommer les pauvres de la terre et les indigents de toutes choses." (Prov. xxx) Les hérétiques ont des épées à la place des dents, ils savent que leurs enseignants dépravés peuvent consommer plus facilement que d'être consommés, qu'ils peuvent tuer plutôt que faire vivre. Ils détruisent l’un après l’autre les nécessiteux de la terre tout en conduisant ceux qui ont encore moins de sens commun qu’eux-mêmes, les touchant comme s'ils étaient morts dans leur propre corps. De même, ils tentent de supplanter dans les assemblées de fidèles ces nécessiteux en toutes choses (c'est-à-dire ceux qui sont humbles de cœur).

 

VI. Ils s'efforcent d’induire en erreur ceux qui sont droits de cœur. D'où : "Regardez ! Les pécheurs ont bandé leurs arcs, préparé leurs flèches dans le carquois, afin de tirer dans l'ombre sur ceux qui sont droits de cœur." (Psaume x) Les pécheurs, c'est-à-dire les hérétiques, ont bandé leurs arcs ; autrement dit, ils ont déformé l'écriture des Ancien et Nouveau Testaments, l’interprétant en fonction de leurs propres erreurs, et ils ont préparé leurs flèches : cela signifie les paroles empoisonnées dans leur cœur, et ce, afin de tirer dans l'ombre sur ceux qui sont droits de cœur, cela est ambigu. Soit dans l'ombre signifie dans un sens naïf, et ténébreux puisqu'il y a des hommes charnels et ignorants. Soit cela pourrait se référer à la lune sombre, qui est l'Église, qui a été assombrie au début de la foi, ou qui est obscurcie par les nuages ​​des blasphémateurs, ou encore ensanglantée par le massacre des martyrs. Les hérétiques tirent leurs flèches dans cette obscurité, parce qu'ils savent que ces temps sont avantageux pour abattre un à un les malades. Une fois que les malades ont été induits en erreur, ils résolvent également d’emmener de force ceux qui sont droits de cœur. Or, les enfants de l'Église sont dits être comme une lune sombre alors qu'ils sont pécheurs. C’est là que les hérétiques tirent, quand ils préparent le sacrement à travers ces ministres de l'Église qui trompent les malades, quand ils proposent à ce qu’ils participent eux-mêmes à ces choses, qui sont le devoir de ces ministres.

 

VII. De cela, il est clair qu'ils égarent les infirmes et les ignorants. L'Apôtre met en garde contre ce qui se passe, en disant : "Ne soyons plus comme des petits enfants, dansant sur ​​les vagues et emportés à tout vent de doctrine, dans la débauche des hommes, à la ruse et l'oppression du péché." (Éph. iv) Nous ne serons pas, dit-il, bavards dans l'intellect, et nous serons emportés par tout autre vent urgent de doctrine. La doctrine du dépravé, comme le vent d’une tempête, contraint les ignorants et les infirmes à la perfidie, c'est-à-dire au naufrage. Cette doctrine naît de la débauche et de la ruse des hommes, c'est-à-dire à travers des hommes sans valeur intrinsèque et astucieux à tromper les naïfs. La doctrine de ces personnes mène toujours à errer dans l'erreur, c'est-à-dire qu’ils les conduisent en quelque sorte dans le péché. Sur ce, il a également dit ailleurs : "Ne devenez pas imprudents, mais plutôt intelligents quant à ce qu’est la volonté (de Dieu)" et ainsi de suite (Éph. v.) Et aussi : "Frères, ne soyez pas comme des garçons dans vos pensées, mais ayez la malice des petits enfants, et soyez bien formés dans cette pensée." (I Cor. Xiv)

 

VIII. Il est clair qu'ils ne trompent pas le brave et le sage. D'où cette phrase dans les Proverbes : "En vain un filet est étendu devant les yeux des oiseaux." (Prov i) Les yeux des oiseaux sont ici les cœurs des bienheureux, soutenus par les plumes de la vertu, qui, dans la contemplation des choses célestes avec une vue perçante, s’envolent vers les régions supérieures. En vain, les filets de la tromperie sont étendus par les impies en face de ces hommes. Car, avec l'aide divine, ceux-ci transcendent facilement tous leurs liens et atteignent la connaissance supérieure.

 

IX. Ils induisent également en erreur ceux qui n'ont pas reçu la charité ou la vérité. Ou, s'ils les ont reçues, ils ne sont pas sauvés grâce à elles. Ils séduisent aussi ceux qui acceptent l'iniquité. D'où l'Apôtre dit, souhaitant en ce qui concerne le diable, qui travaille déjà le mystère du péché par des pseudo-christs, faire remarquer ceux qu'il trompe : "Il va le détruire avec la révélation de sa venue. L'apparition de cet impie par l'activité de Satan sera accompagnée de toute la puissance et de signes et de prodiges mensongers, et de toute séduction pour ceux qui doivent périr. C'est en raison du fait qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité, afin d’être sauvés. C'est pourquoi Dieu va leur envoyer une puissance d'égarement, pour qu'ils puissent croire au mensonge, afin que tous ceux qui n’auront pas cru à la vérité, mais qui auront consenti à l’iniquité, soient condamnés." (II Thess. ii)

 

X. Et le Seigneur dit dans l'Évangile de Jean : "Je viens au nom de mon Père et vous ne me recevez pas ; si un autre venait en son propre nom, vous le recevriez." (Jean v) Voyez que celui qui ne reçoit pas la Vérité, qui est le Christ, avec la volonté stricte de Dieu, croit un menteur et reçoit le faiseur d'erreurs, et celui qui ne croit pas les vrais signes de Dieu, croit des menteurs, ce qui a comme résultat qu'il se retire de la vérité et de Ses signes, il est attaché à un menteur par des signes mensongers. D'où David dit au sujet des réprouvés : "Jugez un homme selon les œuvres de ses mains : rendez-leur ce qu'ils méritent, car ils ne prennent pas connaissance des œuvres du Seigneur, ni des œuvres de ses mains, vous les détruirez et ne les reconstruirez pas." (Psaume xxvii)

 

XI. Et enfin, ils induisent en erreur ceux en qui il n'y a aucun signe de Dieu, c’est-à-dire la charité ou la vertu de foi. D'où il est ordonné dans le livre de l'Apocalypse aux sauterelles, sous la forme d'hérétiques, à ce qu'elles ne touchent pas le foin de la terre, ni le bois vert, ni à aucun arbre, à l'exception seulement des hommes qui n'ont pas le signe de Dieu sur leurs visages. Que signifie la terre ici, sinon la sainte Église ? Tout comme il est écrit : "La terre se trouve dans l'éternité." (Eccl. i) Le foin de cette terre, ce sont les croyants d'origine, et ceux qui craignent le temps de la tribulation, mais jusqu'à maintenant adhèrent à la foi et l'unité de toute l'Église à partir des racines au nom du pouvoir. Que signifie d'autre le bois vert, sinon ceux qui font preuve de courage, qui présentent la vie des fidèles par les origines de leurs actes ? Que signifie donc l'arbre, sinon ces hommes nobles dans la contemplation ou dans l'excellence de la vertu de leurs œuvres ?

 

XII. Les hérétiques donc ne font pas de mal à ces trois types de fidèles, mais ils font du mal à ceux qui n'ont pas le "signe de Dieu", c'est-à-dire la charité. Comme le dit le bienheureux Jean: "dans ce (signe) se manifestent les enfants de Dieu et les enfants du diable." (I Jean iii) Et le Seigneur : "Qu'ils sachent ceci : vous serez mes disciples si vous avez de l'amour les uns les autres." (Jean xiii) Soit le signe de Dieu est la puissance de Dieu, à propos de laquelle Jean a également écrit : "C'est là la victoire, votre foi, qui conquiert le monde." (I Jean v) Par conséquent, ces hommes qui n'ont pas le signe méritent de souffrir, tout comme "ceux qui sont dans la poussière continueront d'être sales." (Apoc. xxii) "Il sera consumé par l'iniquité de ses péchés." (Ps. vii) Ils méritent d'avoir des enseignants tels que ceux qui méprisent Dieu, le seul enseignant, à travers lesquels, étant aveugles, les aveugles tombent dans un fossé. Ce qui est dit dans Osée aux Hérésiarques : "Vous êtes devenus un piège pour les espions, un filet tendu sur le Thabor." (Osée v) Ils sont des pièges et des filets dans lesquels sont pris ceux qui n'ont pas le signe de Dieu, dans leur recherche des choses célestes que les hérétiques leur ont promises.

 

XIII. C'est donc à juste titre que les hérétiques ont été qualifiés de sauterelles insatiables, d’insectes nuisant aux fruits avec leur bouche plus que d'autres petits animaux. Car "ils ne sont pas restés dans la vérité, mais se sont éloignés de nous, parce qu'ils n’étaient pas comme nous. S'ils l'avaient été, ils seraient restés tout le temps avec nous." Au cours du débat, ils se positionnaient comme s'ils sautaient, ayant été défaits dans une erreur, ils s’enfuyaient vers une autre parcelle de raison, toujours sautillant de peur de paraître vaincus. Vraiment ils font du mal avec leur bouche, parce que, tout comme il est écrit : "Ils ont aiguisé leur langue comme des serpents, et ils ont le venin des vipères dans leurs lèvres." (Psaume cxl) Ils aiguisent leur langue comme des serpents afin de séduire les cœurs des innocents par des paroles douces et des bénédictions. Et pour eux, le venin de la vipère n'est pas dans leurs lèvres, mais sous celles-ci, parce qu'ils font leur mal, pas ouvertement, mais secrètement et à la manière des serpents, à travers la langue, ils inoculent le poison mortel du péché avec une morsure. C’est pourquoi, plus que les autres hommes dépravés, qui sont décrits comme de petits animaux, ils nuisent aux fruits avec leurs bouches, c'est-à-dire qu’ils endommagent les œuvres et le pouvoir de certains hommes fidèles. Par conséquent, ils dépouillent et corrompent ces choses qu'ils ne portent pas en eux : et par conséquent, ils sont soit privés de toute la foi catholique, soit ils en doutent. Car la gravité de leur mal est évidente d’après les paroles du bienheureux Jacques, qui a dit : "celui qui hésite" (en effet, dans la foi) "est semblable à une vague de la mer, agitée par le vent ... cet homme ne doit pas s'imaginer qu'il recevra quelque chose du Seigneur." (Jacques i)

 

XIV. En effet, l’avare mérite aussi d’être séduit, pour la plupart, selon la mesure de ses propres péchés. D'où il est écrit que le diable s’est adressé à Achab, un roi, mais adorateur d'idoles. "Je vais tromper Achab. Et on lui demanda : ‘De quelle façon vas-tu le tromper ?’ Et il répondit : ‘Je vais avancer et je serai un esprit de mensonge dans la bouche de tous ses prophètes." (II Chron. xviii) Car le roi Achab, avec ses nombreux péchés passés, le méritait et devait être condamné par une telle tromperie : à ce jour celui qui voulait souvent tomber dans le péché, car il ne voulait pas être contraint de payer la pénalité. L’anarchie cachée dans le jugement est donnée aux esprits malins afin que ceux qu'ils veulent tourmenter dans les liens du péché, ils ne veulent pas encore les entraîner dans la récompense de leur iniquité.

 

XV. Aussi celui qui ne s'écarte pas de la vie réprouvée, qui ne détourne pas son esprit de la pratique des péchés, chaque fois qu'il exige quelque chose d'un prophète, il entend ces choses que Dieu a placées là, que celui qui doit être damné mérite d'entendre. Voyez que même la maison d'Israël a abandonné l’adoration de Dieu pour se livrer à l’adoration des idoles. Ils se sont toutefois tournés avec espoir vers les prophètes, qui les ont souvent trompés, exigeant d’eux des messages favorables. Bien qu'ils (ceux qui faisaient quelque chose de mal) aient entendu des choses favorables de la bouche des prophètes, que pouvaient faire d'autre les jugements célestes, sinon agir afin que le pécheur soit pris au piège dans son propre cœur ? Ainsi, d’une telle manière un homme commet un crime en suivant la perfidie, dans la mesure où il a été trompé par les sermons flatteurs de ses prophètes, même s'il ne craint pas encore beaucoup d'avoir commis un crime, et autant qu'il puisse vivre en sécurité dans son péché, autant il peut ensuite être sévèrement arraché à sa punition.

 

XVI. Mais voyez que, par les largesses de Dieu, les humains confessent publiquement la vraie foi et refusent d'être subordonnés à d’autres créatures dans l'adoration. C'est pourquoi, quiconque consulte un prophète dans une position de foi le fait en toute sécurité, car il entendra ce qui est digne d’être entendu pour sa foi. Je parle avec confiance qu'il est sûr s'il se retire des autres personnes impures et des actes dépravés. Car, comme le proclame Paul: "et aussi l'avarice, qui est la condition d'un esclave aux idoles." (Gal. v) Celui qui est encore aujourd'hui l'esclave de l'avarice n'est pas libre de l'adoration des idoles. Si donc celui qui se lie à l'avarice, semble être fidèle, mais sollicite d'autres choses étranges, désire recevoir des récompenses terrestres, aspire à la gloire terrestre et, en ce qui concerne cette même gloire, consulte un prophète, il est plus juste que, en raison de son péché, il entende justement des paroles favorables de la bouche du prophète, dans la mesure où il ne veut pas entendre les paroles de Dieu dans l'éloquence sacrée sur la façon dont il devrait mépriser les affaires terrestres et aimer les affaires célestes ; que, par la volonté de Dieu, il entende cela de la bouche de son prophète, d'où il peut sombrer, lié plus fortement.

 

XVII. Voyez qu'il est clair à partir de là que ces hommes cupides dans le culte des idoles ne sont pas libres, même s’ils peuvent sembler avoir la foi. D'où, par la volonté de Dieu, ils entendent cela de la bouche de leur propre prophète, d'où ils tombent, liés. Et permettez-moi de dire en général qu'Il entend celui qui ne modélise pas sa vie réprouvée, et Dieu expose les choses que les damnés sont dignes d'entendre, en effet, c'est un cas où les guides des aveugles sont eux-mêmes aveugles.

 

Chapitre VIII

Contre leur déclaration selon laquelle les femmes peuvent prêcher

 

I. En plus de commettre les erreurs que j'ai déjà mentionnées, ils se trompent plus gravement, car ils permettent aux femmes, qu'ils admettent dans leur partenariat, d'enseigner, même si cela est contraire à la doctrine de l'Apôtre. Car il est écrit : "Que les femmes se taisent dans l'Église, car il ne leur est pas permis de parler, mais si elles veulent apprendre quelque chose, qu'elles interrogent leurs maris à la maison car il est malséant à une femme de parler dans Église." (I Cor. xiv) Voyez que l'apôtre commande aux femmes de se taire dans le bâtiment de l'église, ou dans les congrégations de fidèles, mais pas lorsqu'il s'agit de parler de Dieu ou de le louer. Il veut dire qu'elles ne doivent pas parler des questions de doctrine, et elles ne doivent pas poser de questions dans l'Église sur le sujet en discussion, mais plutôt à leurs maris à la maison. Il dit plus clairement ailleurs : "Que la femme apprenne en silence chaque sujet. Il n'est pas permis à la femme d'enseigner, ni de se rendre maître sur son mari, mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été créé d'abord, et Ève ensuite. Et Adam n'a pas été séduit, mais cette femme a été conduite à la honte." (I Tim. ii) Voyez que l'Apôtre dit clairement que la femme doit se taire quand elle apprend et ne doit pas remettre en question un érudit de l'Église. Il lui est également interdit d'enseigner, et de se rendre maître sur son mari, pour deux raisons : d'une part, parce qu'elle a été créée après l'homme, et d'autre part, parce qu'elle a été séduite dans la désobéissance à la loi de Dieu, comme s’il (l'Apôtre) avait dit : elle n'est pas un homme.

 

II. Donc, en raison de l'argument du temps (elle a été créée après), et de sa faute établie, une femme n'est pas autorisée à enseigner ou de se rendre maître sur un homme, et elle ne peut pas non plus remettre en question un érudit, car au service de son péché, qu'elle s’est infligée à elle-même, elle doit toujours être modeste et éviter l’apparition publique plutôt que de la rechercher. En outre, le bienheureux Pierre a dit : "Que les femmes soient soumises à leurs maris, afin que, même si certains ne croient pas en la Parole, ils puissent en tirer profit à travers le comportement muet de leurs femmes, ils réfléchiront avec révérence à votre mode de vie saint." (I Pierre iii) Voyez qu'il est clairement indiqué ici comment les femmes fidèles doivent apporter des bienfaits à leurs maris infidèles, en effet à travers l'exemple de leur mode de vie saint, et par l'exemple de leur prédication sans paroles. Pour cette raison, je soutiens que si elle ne peut pas éduquer son mari par la parole (mais par l’action seulement), elle est encore moins en mesure d'enseigner aux autres en utilisant des mots. Car il est fort à craindre que le vieil ennemi, faisant usage d'un art primitif, pourrait séduire un homme à travers le discours de son épouse. C'est ce qu'il a dit à Job par l'intermédiaire de sa femme : "Restes-tu toujours dans ta simplicité ? Loue Dieu" (c'est-à-dire, maudis Dieu) "et meurs". (Job ii) Mais son mari, parfait en toute sérénité et patience, l’a repoussé en disant : "Tu parles comme l'une des femmes stupides." (ibid.) Et aussi, bien que placé dans le tas de fumier, il a conquis le (diable) qui a renversé le premier homme dans le paradis. C’est ce qui est dit dans les lois aux femmes : "Vous vivrez sous le pouvoir d'un homme." Toujours dans le témoignage de l'Apôtre : "Si une femme prend soin de ses cheveux, elle sera glorifiée, car ses cheveux lui ont été donnés pour servir de voile." (I Cor. xi) Voyez quelle doit être l'ambition d'une femme : elle doit se voiler comme un signe certain de sa soumission : "Car le chef d'une femme est un homme." (Éph. v) Et aussi : "Toute femme qui prie ou qui prophétise sans tête voilée souille sa tête." (I Cor xi.) Et plus loin : "L'homme n'a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l'homme. Par conséquent, à cause des anges une femme ne doit pas avoir le pouvoir sur la tête [c'est-à-dire sur l'homme]." (ibid.) Pour ces hommes, le signe de la piété et de la sainteté est réjouissant.

 

III. Avec quelle audace une femme se permet-elle d'enseigner la parole de Dieu en public, alors qu'elle ne devrait ni prophétiser ni prier Dieu lui-même, à moins d’être voilée. Et si le chef d'une femme est un homme, de quel droit ose-t-elle enseigner un homme, qui est son propre chef, en effet ? Et si elle doit porter le voile en signe de soumission et de chasteté, afin de se souvenir de son péché, pour lequel elle a été punie dès son premier acte de désobéissance, et afin d’être soumise à son mari. De même, puisqu'elle est soumise, elle ne doit pas prétendre enseigner la loi de la liberté. Ainsi en est-il ordonné dans les décrets de la division 23, par le sixième Concile de Carthage : "Une femme, aussi instruite et sainte soit-elle, ne doit pas se permettre d'enseigner aux hommes dans une assemblée. Mais un homme laïc, en présence de dignitaires religieux, ne doit pas oser enseigner à moins que ces clercs ne le lui demandent."

 

IV. En outre, la glorieuse Vierge, mère de Dieu, qui "gardait précieusement chaque parole" se montra capable de "les transférer dans son propre cœur." (Luc ii) et on ne dit pas qu'elle a prêché ; en outre, pas plus que Marie-Madeleine, ni aucune autre de ces femmes qui ont suivi le Seigneur.

 

V. Mais, disent les ennemis de la vérité, les femmes devraient prêcher, à cause de ce que l'Apôtre dit à Tite. Il a dit d'instruire "les femmes âgées afin qu'elles vivent de manière similaire à ceux qui mènent une vie sainte, qu'elles ne soient pas criminelles, ni esclaves du vin, mais enseignantes du bien, afin qu'elles puissent enseigner la prudence aux jeunes femmes afin qu'elles aiment leurs maris et prennent soin de leurs enfants, afin qu'elles soient prudentes, chastes, sobres, et prennent soin de leur maison, de bonne humeur, soumises à leurs maris, afin qu'il n’y ait aucun blasphème contre la Parole du Seigneur." (Tite ii) Cela doit être noté. L'Apôtre ne dit pas que les femmes âgées doivent enseigner à leurs maris en public, mais qu'elles devaient instruire les jeunes femmes en privé, et ce, uniquement dans le but de leur enseigner la modestie qu’elles adopteront par la suite. Il permet, cependant, seulement aux femmes âgées, qui devancent les adolescentes en âge et en maturité de comportement, d'enseigner ces choses qui sont communes aux hommes âgés, que l'Apôtre considère comme supérieurs : que les hommes soient sensibles, modestes, chastes, sains dans leur foi et dans leur amour et leur patience. Qu'ils aient ces qualités que l'Apôtre leur attribue, au nom de leur sexe, quand il leur commande de mener "un mode de vie saint", et ainsi de suite. Les hérétiques sont donc réfutés, en ce sens que les femmes ne peuvent pas enseigner l'hérésie aux sages, mais selon les mots prêchés, cependant, elles ne peuvent pas enseigner, à l'exception des femmes âgées et expérimentées, et celles-ci ne peuvent à leur tour enseigner personne d'autre que les jeunes femmes. Non, plutôt, il est clairement décrété qu'elles (les jeunes femmes) ne peuvent pas enseigner ; c'est parce qu'elles ne sont pas solides dans la foi, et il a été prouvé de manière irréfutable que celui qui n’est pas solide dans la foi n'est pas obéissant, comme cela a été démontré ci-dessus.

 

VI. Ils s'efforcent en outre de confirmer cette erreur à travers l'exemple de la prophétesse Anne, qui (par le témoignage de l'Évangéliste) à l'heure même où le Seigneur a été amené au temple, est apparue subitement et a commencé à confesser le Seigneur et à parler de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël.

 

VII. Mais qu'ils prennent note de ce qu’Anne était. Son mari était mort, et elle était veuve depuis quatre-vingt-quatre ans, "qui n'a pas quitté le temple, jour et nuit, adorant par le jeûne et la prière." (Luc ii) Donc à juste titre une prophétie lui a été donnée pour son abstinence quotidienne, sa continence et sa prière ininterrompue. Que quelqu’un me présente une femme d’une telle nature et je l’écouterai volontiers, non pas pour écouter son enseignement, mais pour l’entendre confesser ses péchés à Dieu, ou confesser au Seigneur dans une confession de louange. Et il n'est pas dit ici, qu’elle a enseigné ou prêché, mais qu'"elle a parlé de Christ à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël." (ibid.) Prêcher et parler ne sont pas la même chose. Car tous ceux qui prêchent ou enseignent parlent, mais ce n’est pas tous ceux qui parlent qui prêchent ou enseignent. Car un homme parle quand il prie, mais on ne dit pas qu’il enseigne. Elle parlait donc au sujet du Christ en confessant, c’est-à-dire, en louant ou en prophétisant, et non en enseignant. Car les dons de l'Esprit, la prophétie et la doctrine, sont différents, ce qui peut être évalué à partir des paroles de l'Apôtre quand il dit : "Maintenant, frères, si je viens à vous, parlant en langues, à quoi vous servirais-je, à moins que je ne m'adresse à vous dans la révélation, dans la connaissance, dans la prophétie ou dans la doctrine ?" (I Cor. xiv) Et aussi : "Lorsque vous vous assemblez, frères, l'un d'entre vous a un psaume, un autre un enseignement, un autre une révélation, un autre un message en langues étrangères et un autre une explication pour cela. Tout cela contribue à l'édification de l'Église." (ibid.) Et aussi : "Vous êtes tous le corps de Christ, chacun en est une partie. Et Dieu a en effet placé ceux-ci dans l'Église ; d'abord les Apôtres, puis les prophètes, puis les hommes érudits, puis les vertueux, et après eux les gens qui ont le pouvoir de guérir, ceux qui offrent de l'aide, les dirigeants, et ceux qui parlent des langues étrangères." (I Cor. xii) Et aussi "Certains reçoivent par l'Esprit une parole de sagesse, tandis que d'autres reçoivent, par ce même Esprit, une parole de connaissance. Ce même Esprit donne la foi à un, à un autre le même Esprit donne le pouvoir de guérir, à un le pouvoir de faire des miracles, à un autre la prophétie. À l’un il donne la possibilité de distinguer les dons qui sont donnés par l'Esprit de ceux qui ne le sont pas, à un autre il donne la capacité de parler en langues étrangères, à un autre la capacité d'interpréter ce discours." (ibid.) Donc puisque l’un est le don de prophétie, mais l'autre est le discours d'enseignement, j'affirme avec certitude qu’Anne, ou d'autres femmes comme elle, étaient des prophètes, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il faille les considérer comme des enseignants. À d'autres égards, l'Apôtre interdit cela, car les deux choses sont différentes.

 

Chapitre IX

Contre leur argument selon lequel les aumônes des vivants n'aident pas les morts ; le jeûne, les rites de la Messe et d’autres arguments

 

I. Et puisque c'est la mauvaise tendance des pécheurs de tomber dans des choses bien pires (à moins qu'ils récupèrent leurs sens), "de sorte que ceux qui font le mal continuent à faire le mal, et ceux qui sont dans la poussière continuent à être sales, de sorte que le mal des pécheurs soit épuisé," (Apoc. xxii) ces hérétiques insensés osent déjà dire à ceux qu'ils séduisent : les aumônes des croyants vivants ne sont d'aucune aide pour les morts, pas plus que le jeûne, la prière, ni même la célébration des messes, ni les prières faites en leur nom. Cette hérésie doit être réfutée d’abord par les autorités canoniques, ensuite par les écrits des pères catholiques et par le raisonnement catholique.

 

II. Il est écrit dans le Livre des Maccabées : "Judas était un homme d'une telle force morale de sorte que quand une collecte d'argent a été faite, il envoya douze mille drachmes d'argent à Jérusalem, afin que le sacrifice puisse être offert pour les péchés des morts." et ainsi de suite (II Macc. xii) Voyez que cet homme était plein de foi, brûlant de zèle pour la Loi de Dieu, priant beaucoup pour le peuple de Dieu, consacré à Dieu, résistant aux tyrans, luttant au nom de la Loi de son Dieu jusqu'à la mort, pour ceux "qui ont reçu la mort avec piété." (ibid.) Il envoya douze mille drachmes à Jérusalem en guise de don. L'Église catholique lui a donné une nomination afin qu'il puisse prêcher publiquement et servir d'exemple, en faisant des offrandes au nom des croyants morts, afin qu'ils puissent être absous de tous leurs péchés et se réjouir en Dieu sans fin.

 

III. Certes, nous lisons dans le Nouveau Testament que nous devons cesser la circoncision et certaines autres pratiques de l'Ancien Testament, mais nulle part on peut lire que les sacrifices au nom des fidèles morts ne sont pas autorisés. En effet, il est plutôt vrai que parmi les péchés de beaucoup de croyants, certains sont absous ici (sur terre), mais certains le seront dans l'avenir. D'où il est écrit dans le Livre des Maccabées : "Il est saint et approprié de décider de prier pour les morts, afin qu'ils puissent être absous de leurs péchés." (ibid.) Mais aussi le Seigneur a dit : "Mais celui qui prononcera des paroles contre le Saint-Esprit ne sera pas pardonné, ni dans cette vie ni dans l'avenir." (Matt. Xii) Cet argument permet de comprendre que certains péchés peuvent être pardonnés dans cette vie et d'autres dans l'avenir. Par conséquent, il peut être clairement reconnu que ce qui est refusé à l'un est donné à d’autres qui ont péché moins, ou moins gravement. Il s'agit par exemple des paroles incessantes et futiles, des rires inconvenants, des péchés concernant les affaires familiales, ce qui se fait presque sans faute, ou par ceux qui savent s'efforcer d'éviter ce genre de fautes. Sont également incluses les erreurs commises par ignorance dans les domaines qui ne sont pas graves. C'est ce que dit le bienheureux Augustin dans son Enchiridion : "Il ne faut pas nier que les esprits des morts sont apaisés en raison de leur piété alors qu'ils étaient en vie, chaque fois qu’un intermédiaire offre un sacrifice en leur nom ou que des aumônes sont offertes dans une église." Et aussi : "chaque fois que des sacrifices sont offerts, que ce soit sur ​​les autels ou sous forme d’aumônes, au nom de tous les baptisés, ce sont des actions de grâce pour les très bons hommes, ceux qui sont destinés aux très mauvais, même s’ils ne sont d'aucun secours pour les morts, sont une sorte de consolation pour les vivants, et ceux qui sont offerts pour les pas très mauvais sont miséricordieux. Mais ils les aident, ou au moins leur apportent cette aide, afin que leur rémission soit complète, ou au moins que la damnation elle-même soit plus tolérable.

 

IV. En outre, il existe de nombreux exemples montrant comment les prières des vivants aident les Chrétiens qui sont morts. Considérons, d'après le témoignage du bienheureux Grégoire, l'évêque Germain de Capoue, qui a visité les thermes d’Angulanum pour le bien de son corps, sur les conseils de ses médecins, afin qu'il puisse être lavé. Il a rencontré Paschasius, le diacre du siège apostolique, déjà mort, qui était un homme d’une sainteté miraculeuse, disponible pour les plus grandes œuvres de l'aumône, aideur des pauvres et humble, debout en prière dans le bain chaud. Il a demandé ce qu’un si grand homme comme lui faisait là. Paschasius a répondu qu'il avait été envoyé à cet endroit en guise de punition parce qu'il avait pris le parti de Laurence contre Symmaque, et parce que Symmaque avait été rejeté, Laurence avait été nommé Pape, bien que de nombreux autres croyants s'y soient opposés, et qu'ils fussent d'une plus grande autorité. Il a dit cependant, "Je vous demande de prier le Seigneur pour moi, et en cela vous savez que vous serez exaucé. Si alors vous revenez à ces bains, vous ne me trouverez pas ici." Germain, homme de Dieu, se mit à prier. Quelques jours plus tard, il revint, mais il n'y trouva personne, tout comme Paschasius l’avait prédit.

 

V. Dans le même livre, le bienheureux Grégoire répond à l'épisode où Pierre demande ce qui peut être fait pour aider les âmes des morts. "Même si les péchés ne peuvent pas être pardonnés après la mort, la sainte offrande d'un sacrifice sain bénéficie néanmoins habituellement aux âmes après la mort, même que les âmes des morts semblent parfois le souhaiter elles-mêmes." Car, quand un certain prêtre, dans le diocèse de la ville de Centumcellensis, avait l'habitude de se laver dans les bains chauds aussi souvent que la nécessité de son corps l'exigeait, un homme inconnu enlevait les chaussures de ses pieds avec une grande déférence, et il admirait ses vêtements et lui fournissait des serviettes lorsqu’il sortait du bain chaud, et s’occupait de tous ses besoins. Et comme cela se produisait de plus en plus souvent, un jour, comme il priait pour lui-même, il donna à l'homme deux couronnes de l’offertoire, espérant qu’elles seraient acceptées avec reconnaissance, parce qu'elles étaient offertes dans un élan de charité, mais l'homme a refusé humblement cette offrande, et dit, entre autres choses : "Si vous voulez me soutenir, faites une offrande de ce pain à Dieu Tout-Puissant en mon nom, et vous intercéderez en faveur de mes péchés, et vous saurez que vous avez été entendu lorsque vous reviendrez aux bains pour vous laver et que vous ne me trouverez pas ici." Après ces mots, il disparut, et celui qui semblait être un homme fut reconnu comme ayant disparu, parce qu'il était un esprit. Et ce même prêtre pendant sept jours consécutifs s’est affligé en larmes au nom de l'autre homme, et tous les jours a offert un animal sain en sacrifice. Quand il est retourné aux bains après, il n'a pas trouvé l'homme là-bas. Cet exemple montre à quel point les sacrifices et les aumônes font du bien aux âmes, lorsque ceux qui sont parmi les vivants recherchent eux-mêmes les esprits des morts et déclarent les signes par lesquels, à travers les aumônes, ils semblent être absous.

 

VI. Un certain moine aussi, dans le monastère du bienheureux Grégoire, pleurant amèrement la perte de trois pièces d'or qu'il avait cachées comme si elles étaient les siennes, était méprisé par ses frères, qui ne voulaient pas s’intéresser à sa mort, et il n'a pas eu droit à l'enterrement de ses frères. Trente jours après sa mort, après que le bienheureux Grégoire eût délibéré sur la question, une victime saine a été sacrifiée pendant trente jours consécutifs. Et après cela, lui apparaissant dans un rêve, il a dit qu'il allait bien et qu'il avait reçu la communion, puisque les offrandes avaient été faites en son nom pendant trente jours.

 

VII. Voyez qu'il ressort clairement de ces exemples que les prières et le sacrifice d'une victime saine apportent une grande aide aux âmes des défunts, car à travers ces choses le Paschasius susmentionné a été absous du péché de discorde et de division, comme le fut ce moine de l'erreur de la convoitise, à la suite de l'amertume logée dans son âme après la mort et à la suite des feux purificateurs de trente jours de tourment.

 

VIII. Cet argument est renforcé et confirmé par cette preuve, qui dissipe tout doute, ainsi que par la pratique établie de longue date de l'Église catholique, qui est, comme le dit l'Apôtre, "l’appui et la colonne de la vérité." (I Tim. iii) Il prie pour les âmes des croyants défunts, tant dans les cérémonies sacrées de la messe qu’ailleurs. Et en effet, si aucune autre autorité n’était à portée de main, cet exemple ou cet argument devrait suffire : c'est-à-dire la coutume de la Sainte Église qui est en vigueur depuis longtemps. Car si "dans la bouche de deux ou de trois témoins chaque mot est valable," (II Cor. xv), combien plus important est-il que toute l'Église dans le monde entier le proclame ensemble, car l'Esprit Saint, comme le Seigneur l'a dit, enseigne toute la vérité. Cela remplit le globe de la terre, c’est-à-dire la Sainte Église, qui est partout dans le monde, et ne permet pas que la vérité soit cachée. Car la vérité est les sept cierges au-dessus du candélabre du tabernacle. Elle a sept parties parce que par la grâce de l'Esprit Saint, elle est synonyme de l'Église catholique, de sorte qu'elle ne soit pas placée dans les ténèbres du péché.

 

IX. Et ainsi, ces exemples viennent étayer la raison catholique. Car, comme l’a dit saint Augustin: " Il existe une manière de vivre qui n’est pas si bonne au point de ne pas avoir besoin de ces choses, et une autre qui n’est pas si mauvaise au point que ces choses ne puissent lui être utiles après la mort. Il existe une vie bonne qui pourrait ne pas avoir besoin de ces choses, et aussi, il y a quelque chose dans le mal qui peut ne pas être aidé par ces choses quand il quitte cette vie. Par conséquent, ces choses sont bénéfiques pour ceux qui ne sont pas très mauvais, et elles sont les actions d'une bonne vie. Il n'y a rien qui puisse aider les très mauvais après la mort, à l'exception du réconfort (quel qu'il soit) des hommes vivants."

 

X. Il n'est pas étonnant que la bienveillance ou les prières des vivants soient d'une aide physique pour les morts dans l'absolution de leurs crimes, alors qu’elles sont d'un avantage spirituel aux morts pour l'abolition de la tache criminelle de la fausseté ou d'autres péchés. Le Saint-Étienne a prié pour ceux qui sont tombés, et Paul a été converti. Ils ont prié pour un homme boiteux, que quatre hommes portaient, et ses péchés ont été retirés de lui et la santé a été restaurée à son corps.

 

XI. En outre, le Christ a été placé physiquement dans le sépulcre, mais spirituellement, lorsqu'il est descendu aux enfers, il a fait sortir ses propres hommes : quoi d'étonnant donc à ce que les élus, descendant au purgatoire, en soient ensuite ressortis lorsqu'une victime est sacrifiée en leur nom, qui permettra de sauver l'âme de chacun de la ruine éternelle, dont nous sommes sauvés par la mort mystérieuse du fils unique ? Et si une prière faite au nom d'un autre lui est profitable, quoi d'étonnant à ce que l'aumône ou le jeûne se révèlent bénéfiques ? Il y a ces paroles de l'Apôtre : "Priez sans cesse". (I Thess. v) Saint Augustin a dit : "Il n'est jamais bon de cesser de prier, à moins que l'on cesse d'être juste. Celui qui fait toujours de bonnes choses prie toujours."

 

XII. Et aussi : "Tout comme nous avons beaucoup de membres dans notre seul corps, mais que tous les membres ne font pas la même chose, de même nous sommes plusieurs, mais nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres, mais Dieu gouverne le corps, afin qu'il n'y ait pas de division (c’est-à-dire de discorde) dans ce corps." (Rom. xii) Le corps signifie l'Église, où il devrait y avoir unité, "mais dans ce corps lui-même les membres prennent soin les uns des autres." (I Cor. xii) Ils doivent prendre soin, dis-je, dans ce corps, qui lui-même a la particularité de se soucier des autres, c’est-à-dire qu'il ne faut pas agir au profit d'un autre moins qu’au profit de soi-même. "Si un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui, et si un membre est glorifié, tous les autres membres se réjouissent." (ibid.)

 

XIII. Il est donc clair que, tout comme les différents membres sont rassemblés et vivent dans le même corps, de même différents membres sont dirigés dans le même Esprit du Christ et sont conservés dans Son unité. D'où il est que tous les hommes fidèles ont soin les uns des autres, fondés dans le corps de Christ : ainsi, si l'on souffre, les autres sont compatissants. Et en effet, puisque certains souffrent les feux du purgatoire, les autres doivent les aider et leur montrer de la compassion "avec une sollicitude qui n'est pas du tout paresseuse." (Rom. xii) Ils doivent travailler comme s'ils travaillaient pour leur propre compte, afin que d'autres puissent être absous. C’est pourquoi, par le jeûne, la veillée, l'aumône et d'autres actions pieuses, ces remèdes apportent une aide à la fois pour les vivants et pour les morts, établis dans le corps du Christ, à travers l'unité de la foi et le lien de l’amour.

 

XIV. Et rien d'étonnant : "Il est le saint et le véritable, qui a la clef de David, qui ferme et personne n'ouvre, qui ouvre et personne ne ferme, qui a les clefs de la mort et de l'enfer, qui entend les désirs des pauvres et prête une oreille à leurs prières." (Apoc. iii), de sorte qu'Il puisse absoudre ceux que l'Église absout et lier ceux que l'Église lie, tout comme Lui-même l’a dit : "Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les cieux." (Matt. xvi) Donc, s’il y a ceux que l'Église a libérés sur la terre, ils sont libérés dans le ciel, qu’ils soient vivants ou morts, (tant qu'ils sont ou étaient) des croyants. Car il a dit tout.

 

XV. Pourtant, il est écrit dans le livre des Dialogues que le bienheureux Benoît, à cause d'un péché de la langue, a excommunié deux femmes chastes à moins qu'elles ne se corrigent ; celles-ci, n'ayant pas modifié leurs habitudes antérieures, moururent peu de temps après et furent enterrées dans l'Église. Mais quand le sacrifice dans la Sainte Communion fut accompli, on les vit quitter l'église. Le jugement fut prononcé par le Bienheureux Grégoire : il fit une offrande de sa propre main, ordonnant qu'elle soit offerte en leur faveur. Une fois que l'offrande fut faite pour elles, aucune d'entre elles ne fut vue quitter l'église. En effet, elles reçurent la communion du Seigneur par l’intermédiaire du serviteur du Seigneur. On voit donc clairement à quel point les offrandes aident considérablement les âmes des fidèles défunts. Il fut jugé digne d’accorder cela, car Dieu s'est fait chair pour les hommes, afin de pouvoir juger la chair à partir des âmes.

 

XVI. Les ennemis de la vérité s’y opposent cependant. Ils disent que rien ne peut nous aider après la mort. Ils apportent ce témoignage à la preuve de leur propre erreur. Car le Seigneur a dit : "Marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent." (Jean xii) Et l'Apôtre dit : "Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut." (II Cor. vi) Et aussi : "Même si nous en avons le temps, faisons du bon travail pour tous, mais surtout pour les membres de la famille de la foi." (Gal. vi) Et Salomon : "Fais immédiatement tout ce que ta main peut faire, parce que ni le travail, ni la raison, ni la science, ni la sagesse n’existeront dans l’enfer où tu te précipites." (Eccles. ix) Et David : "Puisque Sa miséricorde est sur la terre." (Psaume cxvii) Il ressort clairement de ces paroles que celui qui a méprisé de marcher dans la voie de Dieu pendant cette vie est consumé après la mort par l'obscurité du châtiment, car la miséricorde de Dieu est accordée à ceux qui font de bonnes œuvres. Pour les hommes méchants, cependant, il n'y aura pas de pitié après que leurs vies soient terminées, mais le jugement de Dieu, car ils ne sont alors plus en mesure de se procurer de l’aide ni la sécurité. Dans ces circonstances, les morts ne sont pas en mesure de bénéficier de la protection ou de la considération de la bonté des vivants. Car, d’après le témoignage de l'Apôtre : "Nous devons tous comparaître devant le tribunal de Christ afin que chacun reçoive le bien ou le mal, selon ce qu'il a fait avec son corps." (II Cor. v) Voyez que, selon ces termes, chaque homme recevra en jugement le bien ou le mal qu'il a fait avec son corps. On peut en déduire qu’après la destruction du corps, il n'y a aucun avantage pour un homme si un autre fait quelque chose en son nom.

 

XVII. Pour comprendre cela, nous devons convenir que ces autorités affirment qu'aucun homme n'est capable, après la mort, de s'aider lui-même. Car aucun homme qui a négligé Dieu et qui meurt par la suite ne peut mériter le mérite. Cependant, si quelqu'un, faisant une offrande fidèle par charité, ferme le dernier jour, il peut être sauvé par les prières des fidèles ou par des actes pieux. Car il mérite cela de sorte qu'il puisse être aidé par les fidèles eux-mêmes, afin de pouvoir préserver sa foi dans une vie fidèle, et exister en tant que membre du corps du Christ parmi les autres membres. En ce qui concerne cela le bienheureux Augustin disait : "Que chaque désert soit préservé, à partir duquel une personne peut être libérée après la fin de cette vie, ou avec lequel elle peut être submergée. Que personne qui a négligé cela ne se prépare à être pardonné par Dieu après avoir quitté le monde." Par conséquent, ces choses, auxquelles l'Église s’attache trop souvent pour la consolation des morts, ne sont pas contraires à l'opinion apostolique, car, comme il est dit : "Nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ, afin que chacun puisse recevoir soit le bon soit le mal, en fonction des actions qu'il aura accomplies," (Rom. xiv) que chacun établisse pour lui-même ses mérites, tandis qu'il vit corporellement, de sorte que ces choses puissent lui être utiles. Car celles-ci ne sont pas bénéfiques à tous. Et pourquoi ne profitent-elles pas à tous, si ce n’est en raison des différents modes de vie que chacun a menés dans son corps ? Le bienheureux Grégoire a déclaré : "Il faut savoir que chacun n’obtiendra rien des péchés mineurs qui justifient le purgatoire, à moins qu'il ne le mérite par les bonnes œuvres qu'il a accomplies au cours de sa vie, de sorte qu'il puisse l’obtenir." C’est pourquoi il dit que le Paschasius susmentionné "a obtenu cela à travers les largesses de ses propres aumônes, de sorte qu'il a alors pu mériter la grâce, car il ne pouvait maintenant plus rien faire [pour lui-même]." Il faut comprendre que ce que l'Apôtre dit dans le corps signifie le temps où nous vivons dans le corps.

 

Chapitre X

Contre ceux qui nient le feu du purgatoire et disent que les esprits, une fois libérés du corps, vont immédiatement au ciel ou en enfer

 

I. Il y a de ces hérétiques qui prétendent que les âmes, une fois délivrées du corps, montent immédiatement au ciel ou descendent pour subir le châtiment de l'enfer, et ils nient l’existence du feu du purgatoire. Les autorités, les preuves et la doctrine du catholicisme orthodoxe s’opposent à cela. Car l'Apôtre dit que le Christ est le fondement. Et il ajoute : "Si quelqu'un bâtit sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, de la paille, le feu éprouvera la qualité de l'œuvre de chacun. Si ce qu'il a bâti subsiste, il recevra une récompense ; mais si son œuvre est consumée, il en subira la perte, mais lui-même sera sauvé, comme s’il avait traversé le feu." (I Cor. iii) Cet argument donc, en ce qui concerne le feu du purgatoire à venir, doit être accepté.

 

II. Il faut donc considérer attentivement ce qui suit : il dit qu'un homme peut être sauvé par le feu ; pas celui qui a construit au-dessus de la fondation en utilisant le fer, le bronze ou le plomb, c’est-à-dire les péchés les plus grands, et donc les plus permanents, et alors ceux qui ne peuvent pas être rachetés, mais plutôt celui qui construit avec du bois, du foin ou de la paille, c'est-à-dire les péchés moindres et moins graves, que le feu consume facilement. Augustin, dans son Enchiridion, a écrit : "Il n'est pas invraisemblable qu'un certain nombre de fidèles restent insensibles ou soient mis en lumière à travers ce feu du purgatoire, selon qu'ils aiment plus ou moins les bonnes choses qui périssent, ils sont sauvés plus ou moins lentement ou rapidement ; cependant, les hommes dont je parle n'hériteront pas du royaume de Dieu, à moins qu’ils ne soient remis de leurs péchés, avec l'accord des repentants.  Je dis ‘en accord’ afin qu'ils soient sincères dans leurs aumônes." Le bienheureux Jean-Baptiste a également dit aux gens au sujet de Christ : "Il vous baptisera lui-même dans l'Esprit Saint et dans le feu." (Marc i) En effet, le Seigneur purge les péchés par le baptême et par le feu, soit par les souffrances du monde, soit par le purgatoire. Il est également écrit : "Place un pot vide sur les charbons ardents jusqu'à ce que le bronze s'échauffe, fonde et soit consumé par la flamme ardente." (Ézéch.) Le pot représente toute âme fidèle, tantôt pleine de vertus et de bonnes œuvres, tantôt vide, c'est-à-dire imparfaite. Et parce que l'esprit n'est évidemment pas parfait dans les désirs et les œuvres sacrés, mais qu’il est souillé par le rouge des péchés véniels, il est ordonné de le placer au-dessus des charbons ardents du feu du purgatoire, afin qu'il soit tourmenté par la chaleur du feu et que, dans ce feu, la souillure des péchés moins importants soit consumée. Plus la tache du péché est grande, plus la période séjour dans le feu est longue.

 

Chapitre XI

Contre ceux qui disent que les esprits des morts n'entrent ni au ciel ni en enfer avant le jugement, mais sont contenus dans un autre lieu de refuge

 

I. Il y a, cependant, ceux qui disent que les âmes n’entrent ni au paradis ni en enfer avant le jugement. Ils affirment que les âmes des justes sont détenues dans un lieu agréable de refuge et celles des réprouvés dans un lieu de punition. Le refuge pour les âmes pieuses, disent-ils, s'appelle le Paradis, tout comme le lieu de châtiment pour les méchants s’appelle l'Enfer. Après le jugement dernier, les élus habiteront les palais divins et les pécheurs seront précipités dans les tourments de l'Enfer.

 

II. Mais ces hommes ne sont pas corrects dans leur affirmation. Il existe en effet trois endroits qui accueillent les esprits délivrés du corps. Le Paradis reçoit les esprits des parfaits, et l'enfer ceux des très méchants. Le feu du purgatoire accueille ceux qui ne sont ni très bons ni très méchants. Et tout comme un très bon endroit reçoit les âmes des très bons, et un endroit plus mauvais reçoit les esprits les plus mauvais, ceux qui sont moyennement perfides vont à un endroit qui est modérément douloureux, un endroit moins sombre que l'enfer, mais pire que la terre. L'Apôtre était l'un des très bons hommes, comme il l’a dit : "Je veux être libéré et être avec Christ" (Phillip. i) Le Christ, cependant, est à la droite de Dieu le Père, où par ailleurs il intercède pour nous. Par conséquent, il ne fait guère de doute que celui qui veut être avec le Christ, après la dissolution du corps, veut être dans les cieux, où le Christ est. C’est pourquoi il a clairement dit aux Corinthiens : "Nous savons que si notre demeure terrestre est détruite, nous avons un édifice fait par Dieu, une maison qui n'a pas été construite, éternelle dans le ciel." (II Cor. v) Voyez que l'Apôtre sait sans aucune ambiguïté qu’après la dissolution de la maison terrestre, c'est-à-dire du corps, qui est issu de la terre, il a une maison éternelle dans les cieux, non faite à la main, (c’est-à-dire à l'aide d'un autre homme), mais plutôt par Dieu, c’est-à-dire par l’œuvre divine. C'est pourquoi le Seigneur dit : "Là où il y a un corps, là se rassembleront les vautours." (Luc. xvii) Parce que les âmes montent au ciel une fois que la masse du corps a été dissoute, là où le Christ se trouve, non seulement en fonction de la nature divine, mais aussi en fonction de la nature humaine, par laquelle le corps monte vers les cieux.

 

III. Et aussi : "Si quelqu'un m'aide, s’il me suit, là où je suis, là aussi sera mon aide." (Jean xii) Et aussi : "Si je m'en vais et que je vous prépare une place, je reviendrai ensuite et vous prendrai avec moi, afin que vous soyez aussi là où je suis" (Jean xiv) Et encore : "Père, ceux que tu m'as donnés, je souhaite les avoir avec moi, afin qu'ils voient ma gloire, que tu m'as donnée." Grande est donc la récompense de l'amour et des bonnes œuvres, et d'être avec Christ.

 

Chapitre XII

Contre ceux qui ne veulent pas prier à l'église et affirment qu'il n'est pas nécessaire de faire des vœux à l'église. Ici, il est prouvé qu’il faut prier à l'Église, qu'il faut y faire des prières et qu'il faut la vénérer grandement. On répond ici aux objections de ces hérétiques, qui disent, selon les paroles du bienheureux Étienne, ‘que le Très-Haut n'habite pas dans des bâtiments faits de main d’homme,’ (Actes vii) et donc pas dans l'église.

 

I. Alors qu'ils empilent péché sur péché, condamnant dans leur discours à la fois la maison de Dieu et la maison de prière, ils préfèrent prier dans des étables, ou dans leur propre chambre, ou dans des chambres au trésor, plutôt que dans une église. Pire encore, ils s'efforcent de persuader les femmes et le stupide qu'il n'y a pas d'église, et qu’ils ne doivent pas prier.

 

II. Contre ces hommes, j'offre le témoignage des Écritures sacrées, comme le bienheureux Pierre l’a enseigné : "de sorte que ceux des fidèles qui ont la prescience de cela puissent se mettre sur leurs gardes, de peur qu’ils ne soient entraînés dans l'erreur des insensés et déchoir de leur propre position de sécurité." (II Pierre iii) Donc il faut faire attention au fait que la maison de Dieu et l'église sont appelées une maison de prière. Il est écrit dans les livres des Évangélistes combien de révérence doit être démontrée. Le Seigneur a découvert des hommes vendant des moutons et du bétail dans le temple, et des pigeons, il a trouvé les changeurs assis, et quand il a fait une sorte de fouet à partir de cordes, il les chassa tous hors du temple, les moutons et le bétail aussi, et renversa les tables bondées des changeurs d’argent. Et il a dit ceci à ceux qui vendaient des pigeons : "Allez-vous-en d'ici, et ne faites pas des affaires dans la maison de mon Père." (Jean ii) Cela se trouve dans Jean. Marc dit que le Seigneur ne permettrait à "personne de transporter un vase à travers le temple, et il enseignait, en leur disant : ‘N'est-il pas écrit que ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations ? Et vous en faites une caverne de voleurs.’" (Marc xi) Selon Luc, après avoir fait cela, "chaque jour, il enseignait dans le temple." (Luc xxi)

 

III. Voyez qu'il appelle clairement le temple la maison de son père et sa maison, et la maison de prière non seulement pour lui-même ou les apôtres, mais aussi pour tous les hommes, c'est-à-dire ces Juifs et Gentils choisis. Les hérétiques, cependant, ne l’appellent ni la maison de Dieu, ni la maison de prière, et ils ne prennent pas soin de prier avec les personnes choisies. Ils préfèrent prier dans leurs propres maisons plutôt que dans la maison de Dieu. De cela, il est clair qu'ils ne suivent le Seigneur Jésus-Christ, ni en paroles ni en actes, tout en blasphémant le temple, qu'Il vénérait tant en paroles qu'en actes ; ils ne prient pas non plus dans ce lieu où il est ordonné de prier. Car ils suivent la bête (c'est-à-dire l'Antéchrist), qui comme il est dit dans l'Apocalypse : "apparaît dans le blasphème de sa propre bouche, pour blasphémer Son nom, Son tabernacle et ceux qui habitent dans le ciel." (Apoc. Xiii)

 

IV. Ils blasphèment contre le tabernacle de Dieu quand ils disent qu'ils préfèrent prier dans leur propre chambre ou dans une étable plutôt que dans la maison de Dieu. Ils blasphèment le nom de Dieu quand ils disent qu'Il n'a pas créé le monde et ne le gouverne pas. Ils parlent en mal de ceux qui vivent dans le ciel quand ils disent que les apôtres, les martyrs et les citoyens des cieux ne peuvent pas soulager quelque souffrance des suppliants.

 

V. De plus, Il avait l’habitude d’enseigner dans le temple, comme il est dit : "Il passait chaque jour à enseigner dans le temple." (Luc xxi) Là, il écoutait les érudits, tout comme il a été écrit au sujet de Ses parents : "Ils le trouvèrent dans le temple assis parmi les érudits, les écoutant et les interrogeant." (Luc ii) Et quand ils ont dit : "Nous te cherchions avec inquiétude," (ibid.) Il a répondu : "Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas que je dois être là où est mon père ?" (ibid.) Voyez que quand il a été découvert dans le temple, il a répondu que c'était le temple de Son Père et qu’il devait être là.

 

VI. À ce sujet, il est écrit dans l'Évangile de Luc à propos des disciples après l'ascension du Seigneur : "Ils étaient toujours dans le temple louant et bénissant Dieu." (Luc xxiv) Et après la venue du Saint-Esprit, tout comme il est écrit dans les Actes des Apôtres : "Chaque jour, ils veillaient dans le temple." (Actes ii) Et aussi : "Pierre et Jean montaient ensemble au temple, à l'heure de la prière, la neuvième heure," (Actes iii) quand ils ont guéri un homme boiteux depuis sa naissance.

 

VII. En outre, un ange du Seigneur, faisant sortir les Apôtres de prison, leur a dit : "‘Allez, et debout dans le temple dites à toute l'assemblée les paroles de Sa vie.’ Et quand ils ont entendu cela, ils entrèrent dans le temple à l'aube et se mirent à enseigner." (Actes v) Et aussi : "Il est arrivé à Paul comme il priait dans le temple qu'il tomba dans un état ​​de transe et vit Jésus." (Actes xxii) La veuve Anna aussi "ne quittait pas le temple, adorant jour et nuit." (Luc ii) Il y avait aussi Siméon, "homme juste et pieux, attendant la consolation d'Israël, et l'Esprit Saint était sur ​​lui. Lui aussi vint dans le temple, inspiré par l'Esprit, et reçut Jésus dans ses bras et loua Dieu." (ibid.)

 

VIII. De cela, il est clair que les Apôtres priaient et louaient Dieu dans le temple, que Paul y a vu Jésus, qu’ils y enseignaient sur l'ordre de l'ange, et qu’Anna ne quittait pas le temple, mais adorait le Seigneur nuit et jour. Siméon aussi, un saint homme, rempli de l'Esprit Saint dans son âme, est venu dans le temple et a reçu Jésus et le bénit. Pourquoi, donc, les hérétiques impies se vantent-ils de servir l'Évangile et de suivre les apôtres alors qu’ils ne prient pas dans le temple mais dans leur propre chambre, et qu’ils n’enseignent pas dans le temple, mais dans le forum et même en privé à la maison ?

 

IX. Ô quelle stupidité ! Cela vous dérange-t-il que Dieu ait une demeure dans chaque ville, chaque ferme et chaque château, afin qu'il puisse être honoré par son propre peuple, alors que beaucoup d'entre vous n’ont pas une seule maison mais plusieurs selon leurs caprices ? Vous avez également des maisons, une pour manger, une autre pour dormir et d'autres pour d'autres usages. Pourquoi êtes-vous jaloux du peuple chrétien s'ils ont une maison de prière, pour louer Dieu ou pour enseigner les paroles de la vie ? Aussi, parce que Dieu est de toutes choses, et non pas d'une seule chose, Il est loué par toute la communauté.

 

X. Le fait qu'une église soit considérée comme une maison de prière sera prouvée par la raison et par les autorités. L’Église est considérée tantôt comme le rassemblement des fidèles, tantôt comme la congrégation des hommes mauvais, tantôt comme la maison de Dieu, où se rendent les uns et les autres. L'église est considérée comme le rassemblement des fidèles, où il est écrit : "Paul, prisonnier de Jésus-Christ, et le frère Timothée, à Philémon, notre bien-aimé compagnon d’œuvre, à Appia, notre chère sœur, à Archippe, notre compagnon d'armes, et à l'église qui est dans votre maison. Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ." (Philémon i) L'église est dite être une congrégation de malfaiteurs par David : "Je déteste l'église de la malveillance." (Psaume xxv) Une église est également considérée comme une maison de prière, d’où l'Apôtre dit aux Corinthiens : "Car, quand vous vous réunissez dans l'église, j'entends dire qu'il y a des divisions, et je le crois en partie." (I Cor. xi) Et un peu plus loin : "Quand vous vous réunissez en assemblée, ce n'est pas la Cène du Seigneur que vous prenez pour manger. Car chacun prend son propre repas, et alors que l’un a faim un autre est ivre. N'avez-vous pas vos propres maisons pour manger et boire ? Ou méprisez-vous l'Église de Dieu et humiliez-vous ceux qui n'ont rien ?" (ibid.) Il dit clairement que les Corinthiens, dont certains sont bons et certains sont mauvais, se réunissent à l'église, c’est-à-dire dans la maison de prière, tout comme les vrais exégètes nous disent. Puis il déclare : "quand vous vous réunissez tous ensemble". Que signifie se réunir tous ensemble, sinon se rassembler tous en un seul endroit, et quel endroit peut-on considérer comme supérieur à une église ? Et puisque c’est dans ce lieu, c'est-à-dire l'église, qu’ils se rassasiaient, il les réprimanda en disant : "N'avez-vous pas vos propres maisons pour manger et boire ? Ou méprisez-vous l'église de Dieu ?" Autrement dit, n'avez-vous pas d'autres endroits où vous restaurer ? Ou bien, puisque vous avez d'autres endroits, vous méprisez l'église de Dieu, qui est la maison de prière, en mangeant et en buvant dans ce lieu ? C'est comme s'il disait : "une église n'est pas une maison pour manger ou boire, mais pour prier, et donc si vous avez une maison pour manger ou boire, rafraîchissez-vous là-bas, et non dans la maison de prière, c’est-à-dire dans une église. Par ce raisonnement, celui qui mange ou boit dans une église de Dieu la méprise, surtout s’il a sa propre maison pour manger. Car une église de Dieu n'est pas une maison pour manger et boire, mais une maison de prière.

 

XI. Il est donc clair que l'église de Dieu peut être considérée comme une maison de prière. D'ailleurs, si quelqu'un dit que l'église de Dieu désigne des hommes fidèles, qu’il prenne conscience de l'absurdité de son propos. L'Apôtre, en effet, réprimande ces Corinthiens qui mangeaient dans l'église de Dieu. En outre, si l'Église de Dieu est comprise comme étant le rassemblement des fidèles, par conséquent, il semble réprimander ces hommes qui mangent dans un rassemblement des fidèles, et de cette manière, le Seigneur punira ceux qui mangent et boivent avec les disciples. Il s'ensuit donc qu'il ne faut pas manger avec un autre, ou que l'on ne doit manger qu’avec les infidèles et accepter cet argument est la folie la plus élevée. Il est donc important de comprendre que l'église de Dieu est la maison de prière. C'est pourquoi, d'un point de vue étymologique, l'église (ecclesia) est considérée comme le "bâtiment des clercs" (aedes clericorum), non pas parce qu’ils sont les seuls à fréquenter cet endroit, mais parce qu'il est fréquenté par d'autres croyants et parce que leur occupation consiste à le garder, à le fermer, à l'ouvrir et à y célébrer les mystères divins.

 

XII. Il n’est pas étonnant alors que l'église de Dieu soit appelée à la fois une assemblée des fidèles et la maison de prière où ils se rencontrent, tout comme le mot maison désigne à la fois le bâtiment et les gens qui y vivent. Quand il est dit que le Seigneur entra dans la maison du prince des Pharisiens pour manger du pain le jour du Sabbat (Luc xiv), la maison signifie les bâtiments. Toutefois, quand on parle du prince, que "il crut, lui et toute la maison" (ibid.) la maison désigne ici ceux qui vivent dans le bâtiment. Le mot ville (civitas) signifie également à la fois le lieu où les citoyens vivent et les citoyens qui y vivent. Il désigne le lieu dans le passage "quand il vit la ville, Jésus pleura." (Luc xix) Il signifie les gens ici : "Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut émue, disant : ‘qui est-il’" (Matt. x) Car ce n’est pas le cercle des murs ou le lieu lui-même qui a dit, "Qui est-il", mais les citoyens eux-mêmes.

 

XIII. Une synagogue est également considérée comme une maison de prière où tous les Juifs s'assemblent. Et les Juifs eux-mêmes dirent au Seigneur en ce qui concerne le centurion : "Il a construit la synagogue pour nous." (Luc vii) Ils entendaient par ce mot la structure de la synagogue, qu'il avait construite pour eux afin qu'ils puissent prier. Jean a également dit à l'ange de l'église de Smyrne : "Vous avez été blasphémés par ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas, mais qui sont de la synagogue de Satan." (Apoc. ii) Dans ce passage, sans aucun doute, il appelle les Juifs la synagogue de Satan.

 

XIV. Il est donc tout à fait clair à la fois par le témoignage de l'Apôtre et par le raisonnement des autres autorités similaires que l'église de Dieu est appelée autant la maison de prière que l'assemblée des fidèles. Car dans la structure physique d'une église, la variété ou la multitude de pierre ou de bois symbolise les divers types de fidèles. Le sol et le toit reflètent les serviteurs et les maîtres, les fenêtres par lesquelles la lumière du ciel se déverse sont les érudits à travers lesquels d'autres croyants sont éclairés, qui sont mis en lumière par la lumière de Dieu. La fondation sur laquelle repose tout le poids de l'Église est le Christ, qui soutient nos coutumes. La porte est la foi ; l'autel, Dieu ; la largeur du bâtiment de l'église, l’amour ; sa hauteur, l'espoir ; sa longueur, sa persévérance ; ses lampes ou bougies, l'Écriture ou les vertus ; les cymbales, le signe de jubilation. Par conséquent, puisque la structure matérielle d'une église reflète la structure spirituelle, ce n’est pas à tort que son nom est donné, parce que de nombreux signes représentent la chose dont ils sont le signe. Le Prophète a parlé en ce qui concerne la manne : "L'homme a mangé le pain des anges" (Psaume lxxvii) non pas parce que c’était le pain des anges, mais parce que c'était une métaphore pour le désigner. En outre, l'Apôtre dit aux Juifs à propos du rocher qui était la source de l'eau : "le Rocher les a suivis, et ce Rocher était Christ" (I Cor. x), non pas parce que le Rocher était réellement le Christ, mais parce que c'était une métaphore pour désigner le Christ qui nous fait boire de l'eau de la sagesse.

 

XV. Bien que nous parlions de la maison de prière, c'est-à-dire l'église où l’on prie, les ennemis de la vérité citent les paroles de l'Évangéliste contre nous : "Toi, cependant, quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père dans le secret, et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra." (Matt. vi) De ce fait, ils disent que l'on doit prier dans sa propre chambre, et non pas à l'église.

 

XVI. Si, toutefois, il faut prier dans sa propre chambre, et non pas à l'église, Jésus-Christ, dont les paroles ne contiennent aucune tromperie, a péché quand il l'a appelée une maison de prière, si l'on n’y prie pas. Si, toutefois, il a dit la vérité, d'autant plus que la Vérité dit la vérité, c'est la maison de prière parce que les gens doivent y prier. Par ailleurs, si l'on ne doit pas prier dans l'église, Jean et Pierre ont péché quand ils sont entrés dans le temple à l'heure de la prière, à la neuvième heure de la journée. Pierre a aussi péché, tout comme Anna, qui ne quittait pas le temple, adorant jour et nuit à travers le jeûne et la prière. Penser qu'il en est ainsi est la folie la plus élevée. Il est convenu, par conséquent, que l'on doit prier à l'église, d’après l'autorité du Christ, à partir de l'exemple des apôtres et de beaucoup d'autres personnes saintes.

 

XVII. La prière doit être faite partout, cependant, tout comme l'Apôtre dit : "Je souhaite que les hommes prient en tout lieu, levant leurs mains pures, sans colère ni hypocrisie, et que les femmes fassent de même." (I Tim. ii) Et le Prophète a dit : "Dans toutes les régions de Son royaume, que mon esprit loue le Seigneur." (Psaume cii) Par conséquent, bien que l'on doive prier partout, Dieu a voulu surtout qu'il y ait un endroit réservé à la prière, spécialement et uniquement pour prier et adorer Dieu, de sorte que la prière puisse être faite avec plus d'attention, et que ce lieu soit réservé à Dieu, afin que d'autres activités n'y aient pas lieu. En effet, d'autres endroits sont souvent utilisés pour de nombreux autres types d’activités. Et donc si quelqu'un venait à y prier, il serait souvent interrompu, qu’il le veuille ou non. "Car les mouches mortes polluent l'odeur du parfum." (Eccles. x) Les affaires du monde, tout comme des mouches, se font intrusives et confondent les cœurs de ceux qui prient, et en conséquence les prières, qui par leur propre nature ont un parfum agréable, ne renvoient pas à Dieu la bonne odeur du suppliant.

 

XVIII. Par conséquent, lorsque le Seigneur a dit que l'on doit aller dans sa chambre pour prier, il ne conseille pas que le lit physique soit le lieu de prière, car Il n'a jamais fait cela : Il n'appelle jamais le lit ou la chambre à coucher la maison de prière. Pourtant, il appelle le temple la maison de Dieu et la maison de prière. Il ne faut pas comprendre cela comme signifiant le lit physique, mais le lit spirituel. C'est pourquoi on l'appelle sa chambre, ou l'endroit secret du cœur, où, si la conscience est bonne, une personne pèse favorablement, mais si elle est mauvaise, alors elle est très accablée. Celui qui veut prier, par conséquent, doit entrer dans les lieux secrets de son cœur afin de prier non seulement avec sa voix mais aussi avec son cœur. Qu’il entre dans la chambre de son cœur de peur que l'esprit, submergé par les affaires extérieures, ne pollue les fruits de la prière. Puis tourné vers lui-même, plus il aura rejeté les autres affaires pour se consacrer uniquement à Dieu, plus il pourra obtenir facilement des choses par la prière. Et donc tant qu’on insiste sur le fait que la bouche doit être fermée pour la prière, c'est-à-dire que le sens de l'ouïe doit être protégé par la mise en garde du cœur, de sorte que les désirs illicites soient sobres et les désirs charnels empêchés, mais que le Père du ciel soit diligemment prié avec toute l’intention du cœur, et que, par cette fermeture de l'entrée du cœur, les questions inattendues ne viennent pas interrompre la prière. C'est cette prière qui atteint le ciel. Elle frappe les oreilles du Père céleste. Elle apporte des avantages si quelque chose a été demandé. D'où il est dit : "Ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera." (Matt. vi)

 

XIX. En outre, parce qu'ils ne veulent pas prier dans l'église, ils étendent contre nous ce plaidoyer dans leur péché, et citent comme preuve ce que le bienheureux Étienne a dit dans les Actes des Apôtres : "Salomon a construit une maison pour Dieu, mais le Très-Haut n'habite pas dans des maisons faites de mains d’hommes, comme dit le prophète : ‘Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur ? Ou quel sera le lieu de mon repos ? Mes mains n’ont-elles pas fait toutes ces choses ?’" (Actes vii) Et ils disent que si le Très-Haut n'habite pas dans des bâtiments construits de main d'homme, Il ne vit pas non plus dans les églises, qui sont faites par les mains des hommes. Mais s'Il n’y vit pas, pourquoi devons-nous nous y rendre pour prier ?

 

XX. À cela nous répondons : nous devons comprendre que Dieu n'habite pas dans des endroits faits par les hommes tels que ces bâtiments, qui ne sont pas fermés ou qui ne sont pas contenus par les choses construites par l’homme. Car Dieu est incommensurable et ne peut être circonscrit ; Il est indéfinissable et ne peut donc pas être limité ou confiné à un seul endroit. Pour celui dont le ciel est un trône, et la terre un marchepied - comment pourrait-Il être contenu dans une maison ? Quand vous vivez dans votre propre maison, vous y êtes confinés et vous ne pouvez aller nulle part ailleurs. Mais Dieu ne vit pas ainsi dans des temples faits par les humains, pour y être enfermé, pour ne jamais être ailleurs.

 

XXI. En outre, "Dieu est l’Esprit" (II Cor. iii). Il a également dit que Dieu n'est pas retenu dans un lieu corporel, mais que par la Grâce, il vit dans le cœur des élus. D'où l'Apôtre dit aux Éphésiens : "Que le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ vous accorde que le Christ habite dans vos cœurs par la foi." (Éphésiens iii) La foi est la vôtre par le Christ et le Christ est dans votre cœur. Le Prophète a dit : "Il abandonna la demeure de Silo, Sa propre tente, où Il a vécu parmi les gens." (Psaume lxxvii) Voyez comment Dieu a vécu dans sa propre tente, et Il y vécut parmi le peuple. De cette manière, Dieu vit dans les églises, habitant parmi les hommes, et c'est pourquoi Il préfère y vivre qu'ailleurs, parce que de temps à autre beaucoup s'y rassemblent : avec une grande dévotion et une foi ardente, ils se réunissent. Dieu est adoré par des supplications et par la compréhension de la nourriture sacrée, c'est-à-dire le corps du Christ, et la compréhension de la Parole divine. Par conséquent, puisque Dieu est toujours dans le cœur des élus, toujours et partout, qu’Il les satisfasse plus pleinement et plus complètement dans les églises, quand Il les voit plus fermes dans leur prière. Si, en revanche, Dieu est partout, comme il le dit : "Je remplis le ciel et la terre" (Ésaïe xxiii) Il est dans les bâtiments faits par les hommes, les contenant et régnant sur eux, mais Il ne vit pas là, comme dans le cœur des élus : Il ‘vit’ là par la grâce, et en eux, Il existe par l’essence, la puissance et la présence.

 

 

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