Christian Churches of God
No. B2
Les Vaudois
(Édition 1.0
19980913-20060320)
Ce document est la
traduction de la condamnation des Vaudois et des arguments politiques
utilisés par le Clergé romain pour condamner les Barbes vaudois après leur
Inquisition par le moine anglais Raymond de Daventry,
alors qu'il se rendait au
Concile de Latran.
Christian Churches of God
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ã 1998, 2006 Wade Cox)
(Tr. 2013, 2026, rév.
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Les Vaudois [B2]
Préface
L'Église Sabbatarienne a longtemps existé en Europe,
où elle s'était établie dès les débuts de l'Église, au Ier et au IIe siècle.
Les grandes lignes de l’histoire de l'Église ont été présentées dans les
documents intitulés
La Distribution Générale des Églises observant le Sabbat (No. 122) et
Le Rôle du Quatrième Commandement dans l’Histoire des Églises de Dieu
observant le Sabbat (No. 170).
Comme nous l'avons dit dans le document No. 170 : "Nous
pouvons affirmer avec certitude que l'Église était appelée, par le système
catholique, de différents noms selon les lieux afin de dissimuler la
structure répandue et uniforme de ses doctrines. Cependant, les
organisations de l'Église de Dieu avaient des opinions divergentes quant à
son gouvernement et ses priorités (par exemple, les Presbytériens et les
Épiscopaliens parmi les Vaudois Occidentaux). Nous savons qu'elle a été
appelée Cathare ou
Cathari et, de là, Puritaine, en français. Elle a aussi été appelée
Bulgar, Khazzar, Vallenses,
Albigeoise, Vaudoise, Sabbatharier, Sabbatati, Insabbatati, Passaginienne,
parmi d'autres noms. Le terme Sabbatharier semble être une expression signifiant « Ariens
observant le Sabbat ».
Nous savons que les vues
communes populaires étaient généralement comprises et reflétées dans le
langage de tous les jours. Par exemple, le terme
poor bugger en anglais (pauvre
bougre) est une expression commune pour transmettre la sympathie envers
une personne malheureuse qui subit une épreuve ou un tourment. Cela prête
souvent à confusion pour les Américains modernes et même pour les
Australiens, puisque les termes bugger
et buggery ont des significations légales spécifiques liées à la
sodomie. Cependant, le terme a une autre signification qui montre son
application aux élus durant les Inquisitions. Le dictionnaire
Oxford Universal Dictionary soutient que ce terme est dérivé du
moyen anglais et du terme français
bougre et du latin Bulgarus ou
Bulgare ou encore « hérétique » (ou « usurier »). Il était soi-disant
utilisé en référence aux hérétiques,
particulièrement les Albigeois. C'était sa première signification. Le
deuxième sens, péjoratif, en rapport avec la sodomie, est apparue plus tard,
en 1555, apparemment pour dénigrer la secte qui avait été persécutée pendant
environ trois siècles. Le terme pauvre
bougre ou pauvre bulgare, tel
qu'appliqué aux Albigeois, est devenu
poor booger en anglais. L'utilisation du terme
bogle ou
boggle (frayeur) dans le nord de
l’Angleterre, autour de 1505, est d'origine incertaine. Le terme en est venu
à être associé aux fantômes et, de là, il est devenu presque un nom propre
pour désigner le diable (d'où bogieman,
etc.). Le terme poor bugger trouve
certainement son origine dans les Croisades Albigeoises. Cependant, on peut
se demander quel était le rapport entre les Bulgares et les Albigeois. La
réponse est simple. Les Églises de Dieu, issues de branches de ce qu'on
appelle l'ère de Pergame (Apocalypse 2:12 et suivants) appelées les
Pauliciens, sont arrivées en Europe à la suite des relocalisations, sous
Constantin Copronyme et Jean Tsimiskès (voir le document
La Distribution
Générale des Églises observant le Sabbat (No. 122)).
Ces relocalisations en Thrace se sont étendues aux Bulgares, aux Slaves du
Sud, particulièrement en Bosnie, ainsi qu’en Hongrie et en Roumanie. Ils se
sont répandus vers l'ouest et, à partir du
XVe siècle, ils se
sont joints aux restes des Sabbatati de l'Ouest, appelés Vallenses ou
Vaudois. Nous pouvons déterminer avec une certitude relative la mesure de
leurs doctrines, à partir du XIIIe siècle, et avec une certitude absolue ce
qu'étaient les branches orientales, particulièrement en Hongrie et en
Roumanie, du XVe au XIXe siècle.
Les Croisades Albigeoises
Le déroulement des
Croisades Albigeoises du XIIIe siècle est décrit dans le document
La Distribution
Générale des Églises observant le Sabbat (No. 122). Il ne
fait aucun doute que ces groupes observaient le Sabbat. Le désir de l'Église
Catholique Romaine de dissimuler ce fait a mené à quelques revendications
extraordinaires quant à la dérivation linguistique du nom
Sabbatati. Cependant, nous savons aussi qu'ils étaient unitariens.
Leur existence est attestée avant l’année 934, date à laquelle Atto, évêque
de Vireulli, s'est plaint à leur sujet, comme d'autres l'avaient fait avant
lui.
Ils ont d'abord été
appelés Vallenses, en 1179, dans
leur condamnation prononcée à leur encontre par Raymond de Daventry. Les
anciens ou barbes (oncles), Bernard
de Raymond et Raymond de Baimiac, ont été condamnés en tant qu'hérétiques
par Raymond de Daventry en 1179 devant le Concile de Latran, non pas pour
leur observance du Sabbat, mais pour leur Unitarisme. Le traité écrit contre
eux en 1180 par Bernard de Fontcaude a alors utilisé le nom de
Vallenses dans son titre, qui est
Adversus Vallenses et Arianos. Ils étaient donc des non-Trinitaires
subordinationistes. Cet ouvrage de 1180 semble avoir disparu au cours de ce
siècle, mais l’ouvrage Liber Contra
Vallenses écrit en 1190 par Bernard de Fontcaude existe toujours. Les
Vallenses de cette époque semblent être des Unitariens et être considérés
comme distincts des Ariens. C'est une vue correcte, sur laquelle l'Église de
Dieu insiste. L'Arianisme, qui selon les Catholiques considère l'Esprit
Saint comme une création du fils, est distinct de l'Unitarisme biblique. Les
catholiques considèrent ces deux doctrines comme une seule et même hérésie,
ou comme des hérésies similaires, et ils ont peut-être également inventé la
doctrine de la création de l'Esprit par le fils, étant donné qu'il n'existe
aucune trace de cette vue dans les textes attribués à Arius (voir également
les documents
L'Arianisme et le
Semi-Arianisme (No. 167)
et
Le Socinianisme,
l'Arianisme et l’Unitarisme (No. 185)).
Les Albigeois n'étaient
pas simplement une branche des Vallenses. Les Albigeois consistaient en deux
groupes, les Vallenses ou Vaudois et les Cathares ou Puritains locaux. Les Cathares avaient
des vues tout à fait distinctives et hérétiques du bien et du mal, basées
sur une forme de Gnosticisme et de Dualisme Manichéen. Cette distinction est
notamment faite par Ray Roenfeldt dans sa thèse (An
Historical Study of Christian Cosmic Dualism, Andrews University) (cf.
le document
Le Végétarisme et la
Bible (No. 183)). La foi était souvent
attaquée par cette tendance dualiste. Là où l'Église était établie, de
nombreux soi-disant convertis parmi les ordres monastiques développaient
souvent des vues bizarres. Les Bogomiles en sont un exemple. Chez les
Bogomiles et parmi les Bosniaques, l'ascétisme monastique s'accompagnait
d'un dualisme hérétique et tentait de saper le corps général de la foi. Des
erreurs apparaissent aussi dans les premières branches des Pauliciens. L'une
de ces erreurs était celle des Melchisédéciens, qui ont créé un autre ordre
structuré et développé à partir de la vue unitarienne. Melchisédek était
considéré comme le médiateur angélique et Christ comme le médiateur humain,
inférieur à lui. Les écrits catholiques s’emparent de ces groupes hérétiques
contemporains et les relient à l'Église de l’époque. Ils attribuent ces vues
erronées à l'Église, obscurcissant ainsi les véritables doctrines.
La croisade Albigeoise
entière a été menée contre ces deux éléments par Rome, au XIIIe siècle. Dans
le Sud de la France, les Albigeois bénéficiaient de la protection de
Raymond, Comte de Toulouse. Les Vallenses ou Sabbatati étaient les plus
nombreux et les plus répandus et ils s’étendaient jusqu'en Espagne. Nous
pouvons reconstituer les doctrines des Vallenses à partir de la branche
espagnole des Sabbatati en raison de l'intense persécution dont ils ont été
victimes."
Les doctrines réelles des Vaudois peuvent être
observées à partir de l'Inquisition espagnole et des édits pris à leur
encontre. Ces édits sont également contenus dans le document
Le Rôle du Quatrième Commandement dans l’Histoire des Églises de Dieu
observant le Sabbat (No. 170).
Ce qui est important dans cet ouvrage c’est la
direction politique et les condamnations de ces personnes, comme le montre
l'ouvrage traduit ici.
Il est affirmé, tout à fait à tort, que la secte est
apparue sous Lucius, ce qui est manifestement faux, comme nous le savons
grâce à d'autres conciles datant au moins du VIIIe siècle et à des récits
historiques antérieurs.
Nous voyons dans le prologue que l'Archevêque
Bernard de Narbonne les avait condamnés auparavant, mais qu'il n'avait pas
réussi à les éradiquer.
Le prologue raconte la condamnation sous Raymond de
Daventry.
Nous savons d'après ce texte, qui était très
sélectif et diffamatoire, qu'ils ont refusé d'accepter l'autorité de
l'Église de Rome et de ses évêques et prélats. Ils ont refusé d'adorer dans
ses églises et ont préféré adorer dans des chambres, des maisons et des
bâtiments non consacrés. Le symbolisme païen des Églises elles-mêmes n'est
pas examiné ici pour des raisons évidentes, mais il est clair que c'est le
cas d'après les arguments avancés contre leur refus de fréquenter ces
bâtiments.
La dignité des prévôts est discutée au Chapitre II
alors que la structure financière même de l'Église a été attaquée par un
autre système religieux et ils ont donc estimé qu'elle devait être détruite.
Le Chapitre III soutient que la dignité de l'Âme est
de la responsabilité des prêtres. Ce point même était au centre de la
contestation puisque la doctrine de l'Âme était un anathème pour l'Église
vaudoise qui dépendait entièrement de la Résurrection des Morts et faisait
valoir que les prêtres étaient devenus apostats et étaient disqualifiés en
raison de leur immoralité.
Ce chapitre consacre donc beaucoup de temps à la
calomnie parce que c'est cette question qui devait protéger les prêtres.
Néanmoins, cela n'a pas sauvé l'église romaine car elle a encore dû faire
face à la Réforme pour les mêmes raisons quelques siècles plus tard.
Dans le Chapitre IV, il est clair que les Vaudois
faisaient appel à des personnes ayant reçu une éducation rudimentaire, y
compris celles que les prêtres romains appelaient des laïques, pour
enseigner, et que l'autorité des apôtres était citée de cette manière.
L'église a condamné cette position puisqu’ils cherchaient à attribuer à
l'église romaine l'autorité de l'Écriture et son interprétation, ainsi que
le droit d'éduquer et de qualifier les enseignants.
Dans le Chapitre V, nous nous attelons à la vraie
question du pouvoir des évêques et des prélats dans les diocèses et dans les
paroisses. Les Vaudois ne reconnaissaient pas leurs systèmes et leurs
divisions et prêchaient partout où ils le pouvaient. Il est également
évident que lorsque ce texte a été écrit la question du mariage était
soulevée. Il faut se rappeler qu'en 1175, pendant la période des Conciles de
Latran, les sodomites monastiques avaient pris le contrôle de l'Église et
que les Vaudois constituaient une autre grande menace pour le pouvoir de ces
personnes. Il a fallu des siècles à l'Église romaine pour enlever les
prêtres mariés et, au cours de ce siècle, en 1175, elle y était enfin
parvenue.
Dans ce chapitre, nous voyons aussi une tentative
d'étouffer la compréhension des mystères de Dieu, comme si l'on soulevait le
couvercle d’une fosse sur des sujets dits obscurs de l'Écriture.
Le Chapitre VI montre que l'enseignement des Vaudois
était contraire à celui de l'Église romaine sur un certain nombre de points
et que les Vaudois s'attachaient à suivre Dieu plutôt que les hommes et à
obéir à l'Écriture. La défense romaine ici, c'est que l'église était
l'autorité chargée d’interpréter l'Écriture.
Comme il s'agissait d'un acte intrinsèquement
politique à cette époque, ils s'opposaient ainsi au pouvoir politique
sanctionné par le système romain.
Dans les Chapitres VII et VIII, ils s’attaquent au
rôle des femmes dans l'Église, car les Vaudois utilisaient les femmes de
manière très influente. Il y avait des maisons et des lieux où les hommes ne
pouvaient pas accéder et les femmes étaient ordonnées comme diaconesses et
envoyées dans ces régions pour prêcher et effectuer les sacrements. Les
Sodomites monastiques avaient passé des siècles à éradiquer les diaconesses
de l'Église romaine et venaient enfin d'y parvenir, mais les Vaudois
menaçaient cette victoire durement gagnée. Parce que les barbes n’étaient
pas belliqueux, ils les ont accusés d'être efféminés aussi. Beaucoup de ces
prêtres étaient des soldats et plusieurs ont assassiné les Musulmans en
Orient et les Chrétiens qui s’opposaient à eux en Occident.
Nous voyons ci-dessous la question centrale où ils
disent :
"Voyez qu'il est clair qu'ils n’induisent pas les
hommes fermes en erreur, mais les femmes corruptibles, qui méritent d'être
induites en erreur, en particulier celles qui sont accablées par les péchés.
Ils induisent également en erreur les hommes avec une faiblesse féminine,
tout comme il est écrit : "Un rassemblement de taureaux parmi les vaches de
la population." (Psaume lxvii) Il appelle les hérétiques des
taureaux, ceux qui sont fiers et indomptables dans leurs défauts. Ce sont
ceux qui se rassemblent parmi les vaches de la population, c’est-à-dire
parmi ceux qui peuvent être facilement induits en erreur."
Le Chapitre IX vise le cœur des attaques vaudoises
contre l'hérésie et l'innovation catholiques romaines. L'aumône pour les
morts pour les faire sortir de situations difficiles inventées (telles que
le purgatoire et les limbes) est défendue dans ce chapitre et montre que le
refus des Vaudois de ces dogmes étaient les questions mêmes qui devaient
provoquer la Réforme plus tard. En effet, c'est avec ces gens que la Réforme
a débuté.
C'est le droit même de l'Église de contrôler
l'absolution qui nous préoccupe ici.
Le Chapitre IX se poursuit au Chapitre X avec le
concept du paradis, de l'enfer et du purgatoire. Ainsi, le déni du
purgatoire est considéré comme donnant un accès direct au ciel et à l'enfer.
Cette erreur indique que nous avons affaire avec le Puritanisme cathare
aussi et qu'il y a deux doctrines ici, celle de la Résurrection vue par les
Vaudois et l’erreur cathare du ciel et de l'enfer, qui néanmoins rejetait le
purgatoire.
Le Chapitre XI confirme ce point de vue, car ils
s’attaquent ensuite à l'autre point de vue, celui de la Résurrection, qui
rejette le Ciel et l’Enfer entièrement. C'était le point de vue des Vaudois
et celui de l'Église de Dieu depuis le début. En effet, c'était la vue
originale de l'Église de Rome comme nous le savons à partir du document R.
Ce document a été examiné dans le document
Les
Doctrines Originales de la Foi Chrétienne (No. 088).
Dans le Chapitre XII, nous nous attelons au rejet
des bâtiments de l'Église romaine et la référence à Étienne dans les Actes,
qui dit que le Très-Haut n'habite pas dans des bâtiments faits de mains
d’hommes. Notez l'utilisation du terme "prier à l'église" par l’auteur
romain ici comme si les idoles et les reliques sont elles-mêmes sacrées, ce
qui était la véritable objection des Vaudois à cette pratique.
Ainsi, le véritable problème n'était pas que les
églises ne devaient pas être utilisées pour se réunir, mais plutôt que la
pratique et les enseignements qui y étaient dispensés étaient contraires aux
lois de Dieu et relevaient de l'idolâtrie. Cependant, l’auteur catholique
romain n'a pas correctement examiné cette question, car cela pourrait
compromettre davantage son argumentation et révéler la véritable nature des
objections vaudoises.
Depuis cette époque, et à partir du Concile de
Gênes, les Sabbatariens ont été livrés enchaînés pour être brûlés.
***************
Prologue
I. Alors que le célèbre Lord Lucius présidait la
Sainte Église Romaine, de nouveaux hérétiques ont soudainement fait leur
apparition. Ils se faisaient appeler les Vaudois, ayant choisi ce nom d’un
certain prophète d'événements futurs, originaire de la dense Vallée, et de
plus ils se sont impliqués dans les profondeurs et les lourdeurs du péché.
Ces hommes, bien que condamnés par le pontifex maximus, ont, par
leurs actes téméraires, répandu le poison de leur perfidie partout à travers
la terre.
II. En raison de cela, l'Archevêque Bernard de
Narbon, honoré dans la religion et la grâce de Dieu, et zélé dans la loi de
Dieu, au nom de l'Église de Dieu, a établi cette défense solide contre eux.
Il a appelé autant de clercs que de laïcs, autant d'hommes religieux que de
païens, pour parvenir à un verdict. Que puis-je dire de plus ? Après une
enquête très minutieuse, leurs hérétiques ont été condamnés.
III. Néanmoins, par la suite, ils ont osé en privé
et publiquement répandre la semence de leur méchanceté. À cause de cela, ils
ont été appelés à revenir pour un débat entre les clercs et les laïcs, même
si cela était au-delà de ce qui était nécessaire. Et, de peur que l'affaire
ne se prolonge trop longtemps, un arbitre a été élu par les deux parties, un
certain prêtre, Raymond de Daventry, homme sans doute religieux et craignant
Dieu, de noble naissance, mais plus noble dans son comportement.
IV. Par conséquent, la date fixée pour l'affaire
étant arrivée, les parties se sont réunies, et ces hommes, tout autant des
clercs que des laïcs, ont été accusés par les vrais Catholiques d’appartenir
à cette fraternité même dans laquelle ils pensent du mal. Chacun plaidant sa
cause à tour de rôle, la question a été débattue pendant un certain temps,
dans un va-et-vient incessant, et des deux côtés de nombreuses autorités ont
été invoquées. Les allégations des deux parties ont été entendues, le juge
susdit a donné son opinion par le biais d’une décision écrite, et il
prononça qu'il y avait des hérétiques dans les chapitres, tout comme ils
avaient été accusés.
V. Ils ont défendu leur point de vue, cependant,
avec des preuves et des arguments, je me dois d’y répondre, en tant que
catholique. Afin que je puisse protéger la foi catholique par les
témoignages des Écritures, je les ai imbriqués dans ce présent petit
ouvrage, après l’avoir combiné avec d'autres œuvres contre d'autres
hérésies. Toutes ces choses, cependant, je les ai écrites surtout pour les
hommes afin qu’ils soient instruits : qu'il s'agisse de leurs confrères
clercs ou de ceux qui ont été amenés à offenser ou à scandaliser les fidèles
dont ils ont la charge, parce qu'ils travaillaient soit avec un manque
d'autorité soit un manque de livres, et n’ont pas résisté aux ennemis de la
vérité. Car ces hommes ne sont pas fortifiés par la foi catholique, ils ne
sont pas ravivés non plus par la nourriture des Écritures sacrées. De là,
abandonnés par les hommes spirituels, ils se rebellent, comme des mendiants
dans l'état de ce monde actuel, de peur qu'ils aient l’intention de revenir
à la patrie, en effet au Paradis. Car la cause qui empêche un plus grand mal
est juste, afin que soient chassés du troupeau de brebis de Christ les loups
affamés, c'est-à-dire les démons hérétiques et tyranniques, ni par la voix
de louange, ni la verge de la discipline et de la sévérité.
VI. Par conséquent, je les prie, s'ils le veulent
bien, d'accepter le modeste don de ce petit ouvrage, et de garder en mémoire
le témoignage des pères sacrés, de sorte que, par la miséricorde de Dieu,
ils puissent avoir l'armure impénétrable contre les gouverneurs de ténèbres,
contre les tisserands de mensonge, contre les cultivateurs de faux dogme,
c'est-à-dire, contre ces hérétiques païens ; afin que, par la grâce
originelle de Dieu, ils puissent aussi bien être forts pour triompher, et
mériter de recevoir la couronne de gloire impérissable du berger suprême, en
raison de ce cours et de l'enseignement de ces matières.
Chapitre I
Contre leur argument selon lequel il n'est pas
nécessaire d'obéir au Pape, ni aux autres prélats
I. Premièrement, par conséquent, ils débattent en ce
qui concerne la désobéissance, parce qu'ils ne sont pas en effet obéissants
à l'Église romaine qui est pleine du pouvoir de contraindre et de libérer,
et qui a l'autorité de gérer les autres Églises.
II. Pour cette raison, ils ne sont pas obéissants
aux évêques non plus, ni aux prêtres, puisque, selon le témoignage du
bienheureux Grégoire, ces évêques qui sont choisis pour mener ce genre de
vie prennent la place des disciples de Christ, et ont l'autorité de lier ou
de délier. C'est donc par ce pouvoir qu'existent l'Église romaine et les
autres évêques, tout comme il est dit : "Tout ce que vous lierez sur la
terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre
sera également délié dans le ciel." (Matt. xvi) Ils lient les
hérétiques susmentionnés avec la manille de l'excommunication, avec l'Apôtre
: "étant prêts aussi à punir toute désobéissance." (II Cor. x.) Comme
disait Augustin dans Contre Johannes, "ainsi un Chrétien ne doit rien
craindre plus fortement que d'être séparé du corps de Christ." Car si
quelqu’un doit être séparé du corps de Dieu, il n'en est pas un membre, et
il n'est pas nourri par Son Esprit. L'Apôtre dit : "Mais celui qui ne
possède pas une partie de l'esprit du Christ n'est pas de lui." (Romains
viii) Cela vient aussi des paroles de l'Apôtre : "Chaque Chrétien,
bien-aimés, qui est excommunié par les prêtres est considéré comme livré à
Satan. Comment cela se fait-il ? C'est parce que le Diable est en dehors de
l'Église, tout comme le Christ est à l'intérieur de l'Église. Et de ce fait,
c'est comme si celui qui a été retiré de la communauté ecclésiastique était
livré au Diable. Et ceux que l'Apôtre prêche comme ayant été livrés à Satan
sont montrés comme avoir été excommuniés de lui." C'est en effet ce que
l'Apôtre a également dit aux Thessaloniciens : "S'il y a quelqu'un qui
n'obéit pas à nos paroles dans cette lettre, notez ceci : ne vous associez
pas avec lui, afin qu'il puisse avoir honte." (II Thess. iii.) Prenez
note que l'Apôtre exige que la désobéissance soit condamnée, et que le
délinquant soit retiré de la société et de l'interaction avec les autres, de
sorte que, après avoir été jeté dehors, il puisse avoir honte.
III. L'Apôtre dit aussi aux Hébreux : "Soyez
obéissants à vos supérieurs et soyez subordonnés à eux car ils veillent sur
vos âmes, comme s’ils devaient en rendre compte." (Héb. xiii) Il a
également dit à Timothée : "Que ces anciens qui gouvernent bien soient
dignes d'un double honneur, et spécialement ceux qui travaillent en paroles
et en actes." (I Tim. v) Les anciens ont un double honneur, afin que
leur instruction puisse être obéie et qu’ils puissent administrer l’aide à
d'autres en leur témoignant le respect qui leur est dû. Le Seigneur a aussi
parlé, afin de montrer que l'obéissance doit être étendue aux prélats : "Les
scribes et les pharisiens occupent le siège de Moïse. Donc tout ce qu'ils
vous disent, obéissez-les et faites-le." (Matt. xxiii) Aussi : "Celui
qui vous écoute, m'écoute, et celui qui vous méprise, me méprise." (Luc X)
IV. C'est pourquoi le Christ et les Apôtres
déclarent que l'on doit obéir aux évêques et aux anciens : en conséquence
celui qui ne leur obéit pas vit dans la désobéissance au Christ et à ses
apôtres. Chaque erreur et chaque acte de désobéissance, comme l'Apôtre le
démontre, "reçoit comme récompense un juste châtiment." (Héb. ii.)
Comment donc doivent-ils fuir ceux qui ont négligé les enseignements du
Christ et de ses Apôtres ? Étant donné que ces rebelles existent, ils
doivent être considérés comme des païens et des collecteurs d'impôts, car le
Seigneur a dit : "si quelqu'un n'a pas entendu (les enseignements de)
l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen ou un publicain." (Matt.
xviii)
V. De plus, on doit s'abstenir de toute interaction
avec de tels hommes, comme le montrent clairement les paroles prescriptives
de l'Apôtre aux Thessaloniciens. Car même selon la Loi de Moïse, si un homme
n'est pas obéissant à l'ordre d'un prêtre, il doit être exécuté, de peur que
les gens soient corrompus par le mal de la désobéissance. Ainsi on trouve
dans le Deutéronome : "Que l'homme qui se montrera arrogant en n’obéissant
pas à l'ordre d'un prêtre qui sert à ce moment-là le Seigneur votre Dieu
soit mis à mort par décision judiciaire, et vous supprimerez ce mal du
peuple d'Israël : et tout le peuple, en entendant cela, aura peur, de sorte
qu'à l'avenir, personne ne s'enorgueillira." (Deut. xvii). Donc voyez
comment c’est clair, combien est grand le crime de désobéissance, quand un
homme qui n'obéit pas à un prêtre est mis à mort par l'épée corporelle. En
cette période de vraie grâce, car Dieu ne veut pas la mort des pécheurs,
mais qu'ils se convertissent et vivent (Ézéch. xxxiii), ils ne sont
pas tués physiquement, mais avec une épée spirituelle, et ils sont retirés
de la participation à la confiance par le décret de l'évêque, de sorte que,
puisqu'ils ont été rejetés, ils puissent avoir honte et se repentir.
VI. En effet, tous ceux qui sont désobéissants sont
regroupés comme des infidèles. Comme Samuel a dit : "se battre contre lui
c’est pratiquer la sorcellerie" et "ne pas lui obéir c'est commettre le
crime de l'idolâtrie." (I Samuel xv). Le bienheureux Grégoire s'est
également exprimé sur ce sujet : "L'obéissance est la seule chose qui
possède le mérite de la foi, un homme qui en est dépourvu s'avère être
infidèle, même s'il peut paraître digne de confiance." L'Apôtre mentionne
aussi le péché de désobéissance parmi les crimes capitaux (mortels)
lorsqu’il parle de "ces gentils qui regorgent de tout péché : la malice, la
fornication et l'avarice" (Rom i). Et un peu plus loin : "ceux qui
font le mal, qui n'obéissent pas à leurs parents" (ibid.). À leurs
parents, comme le commentent les Chrétiens orthodoxes cultivés, qu'ils
soient réels ou spirituels. Et un peu plus loin : "ceux qui commettent de
tels actes méritent la mort : pas seulement ceux qui font ces choses, mais
aussi ceux qui consentent à ce qu'elles soient faites." (ibid.)
D’après Ambrosius, le consentement se produit lorsque quelqu'un pourrait
censurer l'acte, mais reste silencieux, ou lorsqu’il en entend parler et
l’approuve.
VII. Il n'est pas étonnant que ceux qui sont
rebelles à la puissance ecclésiastique méritent la mort éternelle. Car selon
le témoignage de l'Apôtre : "Il n'y a pas de pouvoir, sauf par Dieu, et les
choses qui viennent de Dieu sont mises en place. Celui qui s'oppose à
l'autorité résiste à ce qui a été ordonné par Dieu. Ceux qui s'y opposent
s'attirent la condamnation." (Rom. xiii) Par conséquent, que ces
hérétiques susmentionnés, et ceux qui acceptent ces choses, écoutent
l'instruction de l'Apôtre, quand il dit : "Que chaque esprit soit soumis à
la puissance supérieure." (ibid.) Tout comme, en effet, l'Apôtre
écrit dans les Actes des Apôtres : "L'Esprit Saint a placé les évêques pour
régner sur son troupeau et l'Église de Dieu qu’il a acquise par son propre
sang." (Actes xx) C'est pourquoi, celui qui résiste aux évêques par
orgueil pèche contre l'Esprit Saint. Car même lorsque les Judéens
murmuraient contre Moïse et Aaron, la réponse était : "vos rancunes ne sont
pas dirigées contre nous, mais contre Dieu." (Exode xvi) Judas de
Jacobus a déclaré à cet effet : "Malheur à ceux qui meurent en mépris, avec
Koré !" (Jud. 11) Koré et ses complices se sont rebellés contre Moïse
et Aaron, les sacrificateurs du Seigneur, et sans délai le feu du Ciel a été
envoyé. Ils ont été consumés par les flammes. Par conséquent, ceux qui
contredisent l'ordre des prêtres périssent, comme Koré, dans la rébellion,
et pour cette raison sont brûlés par la chaleur du feu éternel. D'où le
"malheur", car il y a pour eux la damnation éternelle.
VIII. En outre, par la désobéissance d'Adam beaucoup
de pécheurs ont été créés, et par l'obéissance de Christ, qui était
totalement obéissant au Père même jusqu'à la mort, de nombreux hommes justes
ont été engendrés. C'est pourquoi, quiconque vit désobéissant porte l'image
de ce vieil homme. Contre cela l'Apôtre dit : "Tout comme nous avons porté
l'image d'un homme terrestre, portons l'image du céleste." (I Cor. xv)
Revêtus de la vertu d'obéissance, tout comme ils ont été chassés du Paradis
à cause de leur désobéissance, revenons d'autant plus par notre obéissance,
comme si nous empruntions une autre route. "L'obéissance vaut mieux que les
sacrifices, et obéir vaut mieux que d'offrir un bélier abattu." (I Rois
xv) En effet, par les sacrifices, c'est une autre chair qui est honorée,
mais par l'obéissance, c'est notre propre intention qui est légitimement
glorifiée. Salomon a dit : "l'homme obéissant parlera de victoires." (Prov.
xxi) C'est parce que pendant que nous sommes humblement subordonnés à la
voix de l'autre, nous conquérons notre propre cœur. Tout cela montre
clairement combien la vertu d'obéissance est grande, et combien le crime de
désobéissance est grand.
Chapitre II
On examine la dignité des prévôts, et comment ils
doivent être respectés et obéis
I. Afin de bien comprendre à quel point les prêtres
surpassent les autres, et quel respect et quelle obéissance leur sont dus,
il convient de considérer les paroles du Sauveur. Il a dit à un lépreux qui
avait été guéri : "va te montrer au prêtre et offre un don en témoignage,
comme Moïse l'a ordonné." (Luc v). En effet, il est du devoir des
prêtres de discerner et de juger qui est Catholique et qui a été contaminé
par une maladie hérétique. C’est pourquoi, puisque le Seigneur a guéri de
nombreux malades, il a souvent envoyé les lépreux aux prêtres. Le corps d'un
lépreux présente des couleurs variées, ce qui signifie que la vérité chez
l'homme hérétique est mêlée au mensonge. Il est clair que le Seigneur ne
voulait pas que le lépreux, même purifié, soit attaché à la société des
hommes sans le jugement d'un prêtre, afin qu'il puisse montrer à celui qui
s’était éloigné de l'unité du Catholicisme, et qui s’était peut-être repenti
par hasard, qu'il ne pouvait être attaché aux assemblées des hommes fidèles
sans la décision d'un prêtre. Il lui est ordonné de faire, en signe de
dévotion et d’humilité, une offrande au prêtre, de sorte qu’il puisse
pareillement se montrer obéissant au prêtre, il sacrifie sa victime, lui
baisant la main avec une connaissance divine [c’est-à-dire sous le regard de
l'Église].
II. En outre, certains clercs fournissent de la
nourriture, mais d'autres paissent comme des brebis : les premiers vivent de
l'autel, les derniers doivent vraiment faire des offrandes. Les premiers
sont en mesure de livrer les pécheurs à Satan, mais les autres sont assis
devant eux, ils ne devraient pas supporter ces choses, qui relèvent de Dieu
sans le conseil des premiers. D'où Jérôme a écrit à Héliodore : "Une
chose pour le clerc, une autre pour le moine. Les clercs nourrissent les
brebis, moi je les fais paître. Ils vivent de l'autel, pour moi, une hache
est placée comme à la racine d'un arbre stérile. Si je n’apporte pas une
offrande à l'autel, il ne m'est pas permis de m'asseoir devant un ancien.
Ils sont autorisés, si je pèche, à m'envoyer à Satan pour la destruction de
la chair, afin que mon esprit puisse être sauvé au jour du Seigneur." Il a
également écrit à Rusticus : "L'Église a un Sénat, un rassemblement
des anciens, sans le jugement duquel aucun moine n’est autorisé à agir.
Réhoboam le fils de Salomon a dévasté le royaume parce qu'il ne voulait pas
écouter ses anciens. Les Romains ont aussi un Sénat, et toutes les choses
sont faites avec son approbation, et nous avons notre propre Sénat, un
rassemblement des anciens."
III. En outre, celui qui doute de la loi divine doit
courir sans délai vers les prêtres et les questionner. Car ce sont des
hommes à travers lesquels le Créateur de tous les hommes fidèles a ordonné
que le peuple soit nourri. C’est ce que le Seigneur a fait à ses cinq
disciples quand il leur a donné sept miches de pain, afin qu'ils les
présentent à la foule. Il a fourni une doctrine spirituelle aux prêtres qui
succèdent aux disciples : afin qu'ils soient, comme de bons intendants, des
ministres de la nourriture aux âmes de la famille de Dieu, de sorte que les
affamés ne manquent pas de nourriture au cours de cette vie. C'est pourquoi
il est écrit : "Qui, pensez-vous, est l’intendant fidèle et prudent que le
Seigneur désigna encore au-dessus de sa propre famille, afin qu'il puisse
leur donner une mesure de blé de temps en temps ?" D'où le Seigneur frappa
Paul, et Saul en outre, dans la rue, mais il ne leur a pas enseigné ce
qu'ils doivent faire, il les envoya cependant, dans la ville d’Ananias
auprès des disciples, pour qu'ils soient instruits. Et l'ange, qui est
apparu au centurion religieux, n’a pas non plus laissé l'affaire en suspens,
mais il a ordonné d’aller chercher Simon pour que l'homme puisse être
instruit par celui qui devrait le faire.
IV. À partir de ces exemples, on peut clairement
comprendre que nul ne doit prétendre enseigner un autre le chemin de la
perfection, sauf s'il vit dans une communauté chrétienne, c’est-à-dire dans
la Sainte Église, et s’il est disciple du Christ. Puisque le Christ (ou son
messager) ne voulait pas enseigner Saul ou le Centurion, ils ont montré que
la tutelle de l'Église doit être détenue de manière invulnérable, et que
personne, sans exception, ne peut la détenir, en dehors de ceux qui ont
succédé à la voie des disciples, c’est-à-dire les évêques et les hommes de
l'Église, à qui le Seigneur a confié cette tâche. Comme il est écrit, et
comme en témoigne Malachie: "Les lèvres d’un prêtre gardent la connaissance,
et c'est de sa bouche que sort la loi, car il est le messager de l'Éternel
des Armées." Voyez combien est grand le mérite d'un prêtre. Car il est,
comme il est écrit dans Ézéchiel, le trésor dans la maison du Seigneur, il
garde le trésor de la sagesse et de la connaissance dans son propre sein, et
c’est de sa bouche, sur l’ordre du Seigneur, que la loi doit être
recherchée. C'est ce que le Seigneur lui-même a enseigné, par le témoignage
de l'Évangéliste, par l’exemple, quand il s'est assis dans le temple, parmi
les savants, et qu'il les a écoutés et leur a posé des questions. Il a
enseigné également dans la sainte Église que la connaissance la plus céleste
ne doit être apprise ni dans le forum ni dans les rues, de sorte que, dans
la mesure où elle est bien comprise et mémorisée, l'Église ait davantage de
temps pour étudier attentivement les questions non pas temporelles, mais
divines.
V. Dans quelle mesure est-il vrai qu'un prêtre, un
ange du Seigneur, est appelé un messager ? Certes, il est envoyé pour
annoncer la justice céleste, et donc, même s’il doit être méprisé
personnellement, il doit être honoré en tant que représentant du Seigneur.
D'après le témoignage du bienheureux Grégoire : "Souvent, un homme puissant
a un esclave méprisable, et il exige de lui une réponse, soit de la part
d’étrangers soit peut-être de sa propre famille ; une personne ne doit pas
être méprisée lorsqu'elle parle en tant que serviteur, parce qu'elle est
préservée dans le cœur révérenciel du Seigneur qui l'a envoyé." Et donc,
même si un prêtre est justement méprisé par quelqu'un, il doit conserver
dans son esprit la crainte du Seigneur qui l’a envoyé.
VI. Les pécheurs doivent confesser leurs crimes aux
prêtres, afin qu'ils puissent être absous des entraves de leur culpabilité.
Le Seigneur dit à ce sujet, à un homme mort depuis quatre jours : "Lazare,
viens dehors." (Jean xi) Puisqu'il était sorti vivant, il a été délié
de ses liens par les disciples, et le Seigneur leur a ordonné :
"Détachez-le, et laissez-le s’en aller." (ibid.) Les morts sortent
quand un pécheur confesse son crime. Les disciples l’ont délié quand il est
sorti (de la tombe). Les prédicateurs de l'Église devraient acquitter celui
qui le mérite, qui n'a pas honte d'avouer ce qu'il a fait. En effet, Judas a
avoué son crime, mais il n'était pas un disciple du Christ, mais des Juifs.
Il a dit : "J'ai péché, en livrant le sang noble." (Matt. xxvii) et
sa confession ne l’a pas aidé.
VII. Non seulement les presbytres doivent absoudre,
mais ils doivent également lier les coupables, et remettre à Satan la
destruction de la chair, afin que l'esprit puisse être sauvé. D'où le
Seigneur a dit : "Leurs péchés que vous remettrez seront remis, et ceux que
vous vous souviendrez, seront retenus." (Matt. xvi) En effet, selon
le témoignage de Grégoire, les disciples, dans l'étude desquels les évêques
s’occupent pour l'amour de Dieu, n’absolvent pas les péchés de quelques-uns,
mais absolvent ceux des autres. L'Apôtre dit aussi d'un fornicateur : "J'ai
décidé au nom de notre Seigneur Jésus-Christ," (c'est-à-dire, pour l'amour
de lui, et pour sa gloire) ; "de livrer (cet homme) à Satan, de sorte que
l'esprit soit sauvé au jour de notre Seigneur Jésus-Christ". (I Cor. v)
Il a remis l'homme à Satan pour qu'il puisse être physiquement harcelé et
qu'il puisse se repentir. Selon certains, il faut comprendre soit la mort du
corps, soit l’excommunication, qui est l'envoi à Satan ... Car de cette
façon le diable n'a pas de pouvoir sur un homme après qu'il ait été justifié
par sa foi. Mais après qu’un homme, à cause d'un péché, est coupé des
sacrements de l'Église, qui sont pour lui une liaison contre Satan, qu’il
soit alors attaché sous le joug de Satan.
VIII. En outre, le Saint-Esprit estime la dignité
d'un prêtre facilement (c'est-à-dire, ce qu'il mérite), et à travers lui
s'occupe du peuple élu, dont Caïphe prophétisa alors qu'il était évêque. Là,
l'Évangéliste a clairement accordé le don de prophétie au sacrement divin,
en disant : "puisqu'il était pontife" (Jean xi) (c'est-à-dire,
pontifex maximus). Il passa comme l'eau à travers les canaux de pierre
sur les lieux des marchands d'épices, c'est-à-dire, comme un arroseur de
grâce spirituelle, qui coule souvent dans les esprits obstinés et
insensibles des gouverneurs, il se déversait et arrosait les esprits des
vertueux, qui étaient semés et imprégnés avec le parfum.
IX. Le bienheureux Jacques a également montré
combien l'ordre des prêtres est nécessaire et utile, quand il a dit : "Qui
parmi vous est affaibli ? Qu'il appelle les anciens de l'Église et qu'ils
prient pour lui après l'avoir oint d'huile au nom du Seigneur. Car la
prière faite dans la foi sauvera le malade, et le Seigneur le guérira : et
s'il a péché, il lui sera pardonné." (Jacques v). Voyez aussi bien
que la prière du prêtre le sauve et que, grâce à elle, Dieu guérit le malade
et lui pardonne ses péchés. De même, par conséquent, il sauve, tant que la
prière des anciens aide le corps et l'esprit, en soulageant la maladie et en
remettant les péchés. De même, l'Apôtre punit ceux qui font venir les
hérétiques et désertent les anciens ; puisqu’il ordonne de faire venir les
anciens, et non les hérétiques. Silencieusement, il réprimande aussi les
Chrétiens mêmes qui, quand ils sont malades, ne vont pas vers les anciens,
mais appellent les médecins, et qui, avec l'ordre inversé, par la suite
appellent (les anciens) ; car, souvent, la faiblesse de l’esprit est la
cause d'une infirmité corporelle. D'où le Seigneur a résolu les péchés d'un
homme paralysé qui avait été amené à lui d'abord, en disant : "Mon fils, tes
péchés sont pardonnés ;" (Luc v) et par la suite son corps est devenu
en bonne santé. "Car une fois que la cause est discernée, l'effet est
soulagé."
X. C'est le rôle des prêtres de trancher les
questions qui se posent au sujet de la religion chrétienne. C’est pourquoi
Moïse, escaladant la montagne, a déclaré aux anciens d'Israël : "Attendez
ici, jusqu'à ce que nous revenions. Vous avez Aaron et Hur avec vous, et si
une certaine question se pose, vous la leur soumettrez." (Exode xxiv)
En effet les questions soulevées parmi les croyants, en ce qui concerne la
croyance ou le culte chrétien, doivent être adressées aux évêques et aux
anciens. C’est en raison de cela et d'autres nécessités que les évêques (de
différentes villes) et les anciens (de différentes églises) sont nommés par
la papauté. C'est pourquoi l'Apôtre dit à Tite : "Je t'ai laissé en Crète,
afin que tu puisses corriger les questions qui ont besoin d'attention, et
établir des anciens dans chaque ville, comme je te l'ai prescrit." (Tite
i) Dans les Actes des Apôtres, il est estimé que Paul et Barnabas ont
établi des anciens dans chaque Église.
XI. Vraiment, il faut observer que les évêques sont
reçus au nom des anciens, tout comme dans la Lettre à Tite ci-dessus,
et de même les prêtres, comme on l'a vu un peu plus haut dans les Actes. Car
la position peut être inversée et parfois, au nom des évêques, des prêtres
de rang inférieur sont nommés, tout comme dans Philippiens, où l'Apôtre dit
: "Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les gens pieux qui
sont à Philippes, aux évêques et aux diacres." (Phil. i) En une seule
ville, il n'y a pas beaucoup d'évêques, ou, en parlant des évêques, il place
les évêques silencieux dans un ordre inférieur, c'est-à-dire (l'ordre) des
diacres, sauf qu'il appelle les évêques prêtres. Parfois, les évêques sont
appelés de plus grands prêtres dans des contextes appropriés, comme le
démontre même la communication quotidienne.
XII. Cela dit sur les transgressions, il faut
savoir ce qu'il y a dans le Nouveau Testament, lorsque la question se pose
de savoir s’il incombe aux croyants de se faire circoncire et d’observer la
loi de Moïse : Paul et Barnabas ont décidé que les croyants devaient donc
rester tels qu’eux-mêmes et ces mêmes Apôtres le jugeaient bon, et qu'ils
(venant d’autres lieux) devaient se rendre auprès des apôtres et des anciens
de Jérusalem pour discuter de cette question. "Et ils ont décidé de
consulter les apôtres et les anciens à ce sujet." (Actes xv) Et
ensemble, les apôtres et les anciens tranchèrent la question, et ils ont
rédigé à ce sujet une lettre d'instruction nécessaire pour les croyants,
tout comme il est écrit dans les Actes des Apôtres.
XIII. De cet exemple, il est clair que lorsque le
doute surgit quant à la pratique de la foi chrétienne, il faut avoir recours
au plus haut patriarche, qui accomplit son devoir comme le bienheureux
Pierre, et à d'autres, les archevêques, qui représentent les apôtres, et les
évêques, qui préservent le cours d'autres pratiques, que Luc, dans les Actes
(comme cité ci-dessus) appelle les anciens (presbytres), et enfin aux
anciens. Car si les Apôtres Paul et Barnabas n’ont pas pris eux-mêmes la
décision de trancher une question aussi importante, sauf après avoir
consulté les apôtres et les anciens, et après avoir examiné la question de
manière approfondie, il faut considérer comme alarmant le degré de
présomption et de folie qui règne autour de ces questions qui concernent la
foi de Dieu et de Son système, au point que les gens ne questionnent pas les
prêtres du Christ, mais d'autres, et en particulier les hérétiques ou de
mauvais Catholiques.
XIV. À cela, l'Apôtre, dans sa lettre aux
Corinthiens, dit concernant les questions transitoires que le fidèle ne doit
pas faire juger ces questions devant des infidèles, mais devant les hommes
saints : "Est-ce que quelqu'un d'entre nous, ayant un différend avec un
autre, ose être jugé par des pécheurs plutôt que par les saints ? Ne
savez-vous pas que nous jugerons les anges ? À combien plus forte raison
cela vaut-il pour les questions profanes ? Mais si vous devez juger le
monde, êtes-vous incapables de juger des questions triviales ?" (I Cor
vi.) Et plus loin : "De même, n'y a-t-il pas un sage parmi vous, qui
soit capable de régler un différend entre ses propres frères ? Mais un frère
conteste un autre frère pour le jugement, et cela est fait devant des
infidèles ? En effet, cela tourne déjà à votre désavantage, que vous ayez
des procès entre vous." (ibid.) Si donc les saints (c’est-à-dire les
croyants, et non les incroyants) doivent se prononcer dans les affaires
mineures, à combien plus forte raison les non croyants sont indignes de
juger sur des questions relatives à la religion chrétienne et la foi.
D'autant plus que Moïse avertit chacun, en disant : "Interroge ton père et
il te racontera : interroge tes supérieurs, et ils te parleront" (Deut.
xxxii) Qui est le père, ou les supérieurs, que nous devons interroger,
sinon les gardiens des esprits qui nous éduquent à un comportement pieux,
comme s'ils élevaient des fils spirituels ? Et parce que, qu'ils nous
surpassent par leur dignité ou leur mérite, ils sont appelés nos
"supérieurs" ou par un autre nom, nos "aînés". À propos de qui, Saint Pierre
dit, écrivant aux fidèles : "Je supplie les aînés qui sont parmi vous, moi,
un ancien comme eux et témoin des souffrances du Christ. Nourrissez le
troupeau de Dieu qui est au milieu de vous." (I Pierre v) Et un peu
après : "De même, jeunes hommes, obéissez aux hommes plus âgés." (Ibid.)
XV. Voyez qu'il est clairement important que ce
troupeau de fidèles soit nourri, en effet, par ses propres aînés. Car, comme
dit le bienheureux Grégoire : "l'Écriture Sainte appelle vieillards ceux qui
sont matures à l'égard de la dignité de leurs habitudes, et non dans la
durée du temps, comme il est écrit : La vieillesse est vénérable, non pas
dans un âge long, ni dans le calcul du nombre d'années ; la vieillesse est
cependant la sagesse mûre d'un homme et la vieillesse marque une vie sans
tache." En outre, les jeunes hommes sont censés être ceux qui ne sont pas
alourdis par toute la dignité de la sagesse. Il est le premier à commander
quelques-uns des apôtres de se soumettre aux plus âgés, de sorte que la
légèreté extrême (littéralement, la légèreté des légèretés) soit
contrebalancée par la dignité des dignités, conformément au texte suivant :
"Vous serez saints lorsque vous serez avec un homme saint, et innocent avec
un innocent." (Psaume xvii) En ces mots, ces hommes qui ne respectent
pas les souhaits des aînés (c’est-à-dire les prélats) sont censurés, et sont
donc considérés par l'Apôtre Paul comme désobéissants.
XVI. Enfin, tout comme le Seigneur leur dit, à
travers le personnage du prêtre Aaron et de ses fils, "c'est la marque d'un
prêtre que de décider entre le sacré et le profane, entre ce qui est du
monde et ce qui n’est pas du monde (ou, "le pur et ce qui est impur"), et
d'enseigner toutes les choses licites que Dieu a dictées aux enfants
d'Israël par la main de Moïse." Tout comme il est écrit dans Lévitique : "Le
Seigneur dit à Aaron : vous ne boirez pas de vin ou toute autre boisson
enivrante, avant d’entrer dans la Tente de ma présence, toi et tes enfants,
sinon vous mourrez ; cette loi est éternelle pour vos descendants." (Lév.
x.) Et "Afin que vous ayez les connaissances nécessaires pour distinguer
entre le sacré du profane, le pollué du pur, et afin que vous puissiez
enseigner aux enfants d'Israël toutes mes lois, que le Seigneur nous a
transmises par la main de Moïse." (ibid.). Il ressort clairement de
cela que c'est le rôle des anciens, et à personne d'autre, de déterminer qui
est saint, c'est-à-dire catholique, et qui est profane, c'est-à-dire
hérétique, ou qui est pur de toute souillure criminelle, et qui n’est pas
pur (c’est-à-dire qui est criminel). En outre, il lui incombe d'enseigner
aux fidèles les lois de Dieu. Par conséquent, il est condamnable pour les
autres, qui ne sont pas de la tribu de Lévi (c’est-à-dire de l'ordre
clérical), d’usurper leur devoir de juger ou d’enseigner.
XVII. Voyez que j'ai recueilli un peu de matériel
sur de nombreuses choses pour montrer combien la dignité et l'autorité à la
fois des évêques et des prêtres sont grandes : grâce à cela, je pense que
ceux qui jusqu'à présent ont été rebelles contre eux doivent se soumettre
humblement à eux.
Chapitre III
Contre ceux qui dénigrent le gardien des âmes
I. Mais il y a ceux qui dénigrent les gardiens des
âmes, et ceux qui les censurent au péril de leur propre âme : permettez-moi
de vous dire quelques mots pour les corriger. Qu’ils écoutent ceux qui,
selon le témoignage de l'Apôtre : "sont des calomniateurs détestables de
Dieu, des pipelettes, et des fauteurs de troubles qui méritent la mort." (Rom.
i) Un calomniateur est celui qui diminue autant qu'il le peut les bonnes
qualités d'un voisin, et lui attribue des qualités mauvaises qu'il n'a
pas. Une pipelette est cependant celui qui transmet secrètement du mal de
voisin à voisin. Un fauteur de troubles est celui qui inflige volontiers une
certaine honte ou un déshonneur à un voisin, que ce soit en paroles ou en
actes. L'Apôtre dit aussi aux Corinthiens : "Si celui qui est appelé frère
est un menteur" (c'est-à-dire calomniateur), ne mangez pas avec lui." Et
ensuite : "Les calomniateurs n’hériteront pas le royaume de Dieu." (I
Cor. Vi)
II. Donc, puisqu’un calomniateur ou un menteur ne
doit pas être reçu dans une communauté de fidèles et mérite la mort ; vu que
c'est quelqu'un qui n’héritera pas le royaume de Dieu, il lui est toutefois
particulièrement interdit de calomnier un gardien du peuple. C'est pourquoi
Paul, quand il a été ordonné par le grand prêtre Ananias qu'il soit frappé
sur la bouche, ignorant qu'il était le grand prêtre, a déclaré : "Que le
Seigneur te frappe, toi, muraille blanchie à la chaux ! Et ceux qui étaient
présents dirent, est-ce que tu calomnies le grand prêtre de Dieu ?" Paul
répondit : "Je ne savais pas, frères, qu’il était le grand prêtre. Car il
est écrit que tu ne dois pas dire du mal du chef de ton peuple." (Actes
xxiii) Voyez, cependant, qu'il est ouvertement permis au chef du peuple
d’agir contre la loi, et qu’il lui est permis de décider qu'un homme soit
frappé, et Paul dit qu'il ne faut pas commettre de calomnie, et il le
démontre par l'autorité de l'Écriture. Par conséquent, ils pèsent
soigneusement le degré de condamnation que méritent ceux qui calomnient les
gardiens de l'Église ; si l’Apôtre s’abstient de calomnier un incroyant et
quelqu’un qui agit contrairement à la loi, à partir du moment où il s'est
rendu compte qu'il était un chef du peuple. Et il a dit qu'il avait commis
une calomnie parce qu'il ne savait pas qu'il était le chef du peuple.
III. En outre, Cham a vu les parties génitales nues
de son père Noé et s’est mis à rire, et il a été condamné avec ses
descendants, lorsque Noé dit : " Canaan, le calomniateur, sera l’esclave de
ses frères" (Gen ix) C'est pourquoi on ne doit pas ajouter aux maux
de ses supérieurs, ni les divulguer imprudemment, ni se réjouir en les
voyant : sinon il sera condamné à la postérité, c'est-à-dire dans le futur.
En vérité, les fils de Noé, venant avec le dos tourné, ont couvert les
parties intimes de leur père avec le manteau qu'ils portaient sur le dos,
qu'ils ont jeté sur lui. Comme le dit le bienheureux Grégoire : "Parce que
les bons (fils) étaient obéissants, ils étaient si malheureux des dommages
causés à leur supérieur qu'ils ont caché ses parties génitales aux autres,
et décidant de cette ligne de conduite et vénérant leur gardien, ils n’ont
pas souhaité voir ce qu'ils ont couvert."
IV. Et que ces calomniateurs mentionnés ci-dessus
prennent note que le saint David a obéi humblement à Saül qui était roi,
bien qu’arrogant, mais choisi par Dieu : mais Saül a persécuté et a voulu
tuer David ; mais finalement, une fois que ses propres crimes ont été pesés,
il a été réprouvé par Dieu, et David a été choisi par le Seigneur pour
gouverner le royaume. C'est pourquoi, les choses étaient ainsi, et puisque
David a obéi au roi méchant, il est écrit de lui : "Qui, comme David, a reçu
toutes choses, entrant dans ton royaume, le quittant, et procédant à la
puissance d'un roi ?" Par ailleurs, même s'il était capable de frapper le
roi qui le persécutait, il se prosterna dans une expression d'humilité, en
disant : "Qui persécutes-tu, Roi d'Israël, qui est-ce ? un chien mort et une
puce." Donc que les subordonnés en tirent une leçon, il est permis aux
hommes humbles, et aux innocents, une fois qu'ils ont préféré les pouvoirs
de Dieu aux leurs, de s'en remettre à des hommes sages contre leur propre
jugement, de ne pas les dénigrer, de leur obéir, de ne pas parler contre
eux. De même David, quand ses serviteurs voulaient attaquer Saül, qui était
entré dans la grotte où ils se cachaient, les réprima en leur répondant
qu'il ne devait pas envoyer une bande du Seigneur contre un Chrétien. Il se
révolta secrètement cependant, et coupa l'ourlet du manteau de Saül. Et
parce qu'il a fait cela, plus tard David s'admonesta. Voyez que, bien qu'il
se considérait comme oint par Dieu et élu, il lui était permis de chercher à
tuer, mais David ne voulut pas, et parce qu'il avait coupé le pan du manteau
de Saül, il le regretta. En ce qui concerne cet épisode le bienheureux
Grégoire a déclaré : "Les actes de ceux qui ont été placés en position de
pouvoir par l'épée des mots ne doivent pas être supportés, même quand ils
sont à juste titre jugés comme méritant une punition. Si une langue est dans
l'erreur, que ce soit à leur encontre ou dans des domaines moins importants,
il est nécessaire pour un cœur d'être ‘brûlé’ en lui infligeant la punition,
jusqu'au point où il se punit lui-même. Et quand ceux qui détiennent un
pouvoir élevé se trompent, qu’ils soient effrayés de Son jugement à leur
encontre, par lequel ils se sont placés aux commandes. Car, lorsque nous,
qui occupons des positions de pouvoir, nous nous égarons, nous nous opposons
au jugement de Celui qui nous les a offertes."
V. Voyez que j'ai démontré, avec l’autorité des
Saintes Écritures et avec des exemples sacrés, combien il faut faire preuve
de révérence, une fois que le dénigrement a été retiré, et qu'il faut faire
preuve de déférence envers le prélat, et non de dénigrement ou de
diffamation. Sinon, nous allons à l’encontre des ordres de Dieu et ne
suivons pas les traces des saints.
Chapitre IV
Contre leur argument selon lequel tous, même les
laïcs, doivent prêcher. Et ce qu'ils disent à ce sujet, et ce que nous
disons contre eux.
I. Les hérétiques affirment que tout le monde,
partout, doit prêcher, sans égard pour la condition, l'âge ou le sexe. Et
comme beaucoup de ceux qui se disent Chrétiens sont induits en erreur,
certains d'entre eux ayant été ramenés dans le droit chemin par la grâce, et
les autres s'étant révélés hérétiques, voyons, si Dieu le veut, sur quels
arguments ou autorités ils s’appuient, ce qui peut être dit par les
Catholiques pour affaiblir ces arguments qui sont creux à l'intérieur, et
enfin sur quoi les Catholiques s’appuient dans leur propre argumentation.
II. Tout d'abord, ils disent que chaque personne qui
sait comment semer la parole de Dieu parmi le peuple doit prêcher. Jacques
dit à ce sujet : "C'est un péché pour quelqu'un de savoir comment faire le
bien, et de ne pas le faire." (Jacques iv) Toutefois, si nous savons
prêcher un sermon, et cessons de le faire, avons-nous péché gravement ?
Quand en effet les hérétiques s'appuient sur l'Écriture pour étayer leurs
arguments, celle-ci apporte une réponse : il est écrit dans l'Évangile que
le Diable s’est adressé au Seigneur Jésus en disant : "‘Je sais qui tu es,
Saint Fils de Dieu.’ Et Jésus le menaça, disant : ‘Tais-toi’." (Marc i)
Voyez que le Seigneur ne voulait pas prêcher par la bouche du Diable, bien
qu’il ait dit qu'il le connaissait, de peur que par hasard en offrant un
mensonge il puisse tromper les imbéciles quant à la vérité, comme s’il avait
séduit une femme pour la dégrader. De même, étudiant, le nom du Christ ne
doit pas être sortir de votre bouche, même si vous savez comment, de peur
que, à la manière d'un empoisonneur, alors que vous pensiez offrir, avec
toute la candeur du monde, des gobelets enduits avec du miel, vous y ayez
versé du poison et l’ayez mélangé. En ce qui concerne les méchants en effet
il est écrit : "la bile des dragons est leur vin, et le poison incurable des
vipères". (Deut xxxii) Le poison incurable des vipères est le dogme
des hérétiques, parce que celui qui le boit, c’est-à-dire l’apprend en
écoutant attentivement, est sans doute condamné à la mort.
III. En outre, l'Apôtre ne dit pas que c'est bon
pour ceux qui ont la connaissance d’enseigner, mais plutôt que c'est bon
pour eux d'agir. (Jacques iv) Par conséquent, cette déclaration doit
être comprise comme concernant celui qui sait ce qui est bon et n’agit pas
en conséquence, et qui pèche dans cette affaire. Cela ne s'applique pas à
celui qui sait enseigner ce qui est bon et qui ne le fait pas. Car tout
homme ne pèche pas quand il n'enseigne pas ce qu'il sait : il pèche d’autant
plus profondément, s'il enseigne alors qu'il est lui-même un menteur. Car
David dit : "Dieu a dit au pécheur, ‘pourquoi expliques-tu ma justice et
proclames-tu mon testament par ta bouche ?’" (Ps. xlix) Et l'Apôtre
dit ceci : "Vous, qui enseignez aux autres, ne vous enseignez-vous pas
vous-mêmes ? Vous, qui êtes glorifiés dans la Loi, déshonorez-vous Dieu à
travers la fausse promulgation de cette Loi ?" (Rom. ii)
IV. En outre, ils s'appuient sur cela pour obtenir
des applaudissements pour leur erreur : "Celui qui entend cela doit dire,
‘viens !’" (Apoc. xxii) À cela le bienheureux Grégoire a dit : "Plus
il recevait dans son cœur la voix de l'amour céleste, plus il devait rendre
la voix de l'exhortation à la porte de ses voisins." Grégoire a également
déclaré : "Dans la mesure où vous bénéficiez de la générosité divine, donnez
des louches de bonnes paroles à vos voisins."
V. À cela nous répondons : si ces choses sont
diligemment examinées par eux, les passages ne leur sont d'aucune utilité
dans leurs observations erronées. Quand il a dit : "celui qui entend cela
doit dire 'viens !" il faut comprendre par là que l'homme qui n'entend pas
la voix de l'amour fraternel intérieurement dans son cœur, ou qui n'entend
pas la voix de Dieu à travers les oreilles de son corps ou dans son cœur
(bien que ce soit une partie du corps), ou encore quelqu'un qui n'est pas
rempli de ce service, ne devrait pas dire "viens". Car qui, quand il ne se
soumet pas à la parole de Dieu et ne l’accomplit pas par ses œuvres, est
capable d'attirer un autre à cette obéissance par son apparence ? Ou,
comment peut-il construire l'obéissance chez un autre, qu'il démolit en
lui-même ? Donc, ceux qui ne tiennent pas compte de la parole de Dieu vivent
dans la désobéissance d'autant plus profonde, comme cela a été démontré
ci-dessus, et ne doivent pas enseigner aux autres. D'où le bienheureux
Grégoire a donné cette homélie : "Même si vous pensez avoir progressé,
attirez les autres avec vous et ayez le désir d'avoir des compagnons sur le
chemin de Dieu." Et il ressort clairement de ces paroles que le bienheureux
Grégoire conseille aux gens d'exhorter leurs voisins, ceux qui ont progressé
et qui étaient sur le chemin de Dieu, et il leur conseille d’attirer les
autres avec eux, quel que soit leur niveau de progression. Mais les
hérétiques ne progressent pas, ils reculent plutôt, et ils ne sont pas sur
le chemin de Dieu, au contraire, comme il est écrit : "Il les fait errer
dans le désert, loin du chemin." (Psaume. cvi) Par conséquent, ils ne
doivent pas encourager les autres. Car leurs œuvres, si la foi leur fait
défaut, sont de cette nature, même si elles sont d'une grande puissance et
constituent un raccourci sur la route.
VI. En outre, pour leur raisonnement, ils font appel
à ce qui est dit dans l'Évangile de Marc : Jean répond au Seigneur, en
disant : "‘Maître, nous avons vu quelqu'un qui chassait les démons en ton
nom, une personne qui ne nous suit pas, et nous lui avons interdit de le
faire.’ Jésus a dit, cependant, ‘Ne le lui interdisez pas. Car il n'y a
personne qui fasse un acte vertueux en mon nom et puisse facilement dire du
mal de moi, car celui qui n'est pas contre vous est avec vous". (Marc ix)
VII. Ils disent : Voyez qu'ils disent qu'il ne suit
pas les apôtres, et cependant, parce qu'il chasse les démons au nom de
Christ, le Seigneur leur a ordonné de ne pas l’en empêcher. Par conséquent,
si nous prêchons le nom du Christ, même si nous ne suivons pas les évêques
ou d'autres prêtres, ils ne doivent pas nous en empêcher.
VIII. Mais nous répondons à cela que ce passage ne
les aide pas, mais leur nuit plutôt. Car cet homme a fait le bien, parce
qu'il a chassé les démons, et il l’a fait au nom du Christ, comme s'il avait
la foi, et il n'a pas parlé méchamment. En ce qui concerne cette question,
même si un homme ne suit pas les apôtres physiquement, il ne doit pas être
empêché de faire de bonnes actions, car en vivant spirituellement, selon la
foi, et en accomplissant des (bonnes) œuvres, il suit les apôtres et
n'introduit pas de dogme contraire. Mais ces hommes sont à la fois des
incrédules et sans obéissance, "ce qui possède le mérite de la foi seule."
Vu que, selon l'Apôtre : "Il est impossible de plaire à Dieu sans la foi." (Héb.
xi) Et les œuvres les éloignent en fait du chemin de la foi, et à
travers elles, ils ne s'approchent pas de Dieu, mais s’éloignent de lui, et
deviennent des conteurs de mensonges, et des cultivateurs de dogmes
contraires. Donc, ceux qui agissent contre les prêtres du Christ doivent
être empêchés de le faire. Des Catholiques cultivés ont également écrit sur
ces sujets, en disant que le sacrement communal, qui existe chez nous,
n'existe pas chez les hérétiques et les mauvais Catholiques, mais que nous
devons détester cela et mettre un terme à la division et à la notion
opposant la paix et la vérité, par laquelle ils s'opposent à nous et ne
suivent pas, avec nous, le Seigneur.
IX. En outre, ils affirment que l'Apôtre les
soutient quand il dit : "Certains prêchent Christ à cause de leur jalousie
et par esprit de querelle, mais certains à cause de leur bonne volonté." (Phil.
i) Car certains envient la gloire de l'Apôtre et visent à la gagner, en
essayant d'apporter la paix à eux-mêmes par l'action louable de prêcher.
D'autres prêchent Christ parce qu'ils veulent que tous les hommes
parviennent à la reconnaissance de la vérité. Un peu plus loin, l'Apôtre dit
: "Qu'importe ? Pourvu que Christ soit annoncé de toutes les manières
possibles, que ce soit par la vérité ou par opportunisme. Je me réjouis à
cause de cela, et je vais continuer de m’en réjouir. " (ibid.) Voyez
qu'ils disent, "l'Apôtre se réjouit", quelle que soit la manière dont Christ
"est prêché, que ce soit par les hommes jaloux ou par des hommes bons, avec
de bonnes intentions ou avec des intentions déformées." Par conséquent,
pourquoi les évêques ne se réjouissent-ils pas également quand Christ est
prêché par nous, mais nous contredisent-ils au contraire ? Pour cela, je dis
qu’il importe beaucoup de savoir par qui Christ est prêché : par les
Catholiques ou par les non Catholiques. Que Christ soit prêché parfois par
de bons Catholiques, parfois par de mauvais (c'est-à-dire par ceux qui sont
jaloux ou ayant de la haine pour leurs frères), c’est la même chose que si
les brebis de Christ étant prises en charge tantôt par des bergers, tantôt
par des mercenaires. En ce qui concerne ceci, il est dit : "Sur la chaire de
Moïse s’assoient les scribes et les pharisiens ; faites ce qu'ils vous
disent, mais ne faites pas ce qu'ils font." (Matt. xxiii) En ce qui
concerne les hommes de bien, cependant, l'Apôtre dit : "Rappelez-vous vos
anciens dirigeants, qui vous ont annoncé la parole de Dieu. Imitez leur foi,
en prenant note de leur manière de vivre et de leur mort." (Héb. xiii)
En ce qui concerne les non-catholiques, c'est-à-dire les hérétiques, il est
dit : "Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent vers vous en vêtements de
brebis. En dedans, cependant, ils sont des loups ravisseurs." (Matt. vii)
Et comme si quelqu'un avait demandé comment distinguer les vrais prophètes
des faux, le Seigneur a répondu : "Vous les reconnaîtrez à leurs fruits." (ibid.)
Parce qu'ils oppriment les fidèles, ils blasphèment contre Dieu par leurs
actes, sinon par leurs paroles. Mais le plus facile est de les reconnaître à
leur manque de patience dans l'adversité. Ils sont identiques aux hommes
bons dans le jeûne, la parole et les choses de ce genre. C'est pourquoi on
ne les reconnaît pas à leurs feuilles (c’est-à-dire à leurs discours), mais
à ce qu’ils produisent. D'où cette parole de l'Apôtre : "Je viendrai bientôt
vers vous, si le Seigneur le veut, et je prendrai connaissance non seulement
du discours de ceux qui sont fiers, mais de leur pouvoir. Car le royaume de
Dieu ne réside pas dans les paroles, mais dans la puissance." (I Cor. iv)
Comme s'il disait : "Je ne prendrai pas connaissance de leur feuillage, mais
de leurs fruits."
X. De plus, Christ est la vérité, tout comme il a
dit : "Je suis le chemin, la vérité et la vie." (Jean xiv) C'est
pourquoi celui qui invente et propage des dogmes contradictoires ne prêche
pas Christ. C'est pourquoi l'Apôtre a parlé de ces mauvais Catholiques
(c’est-à-dire les mercenaires) qui parlent néanmoins sur le Christ
(c'est-à-dire de la vérité). Toutefois, ces hommes fabriquent leurs propres
mensonges et, à cause de cela, il faut leur prêter attention, conformément
aux commandements de l'Éternel, c'est-à-dire que l'on doit se méfier d’eux
avec diligence. Et donc nous ne nous réjouissons pas dans leur prédication,
parce qu'ils ne prêchent pas Christ, mais le mensonge, et parce qu'ils ne
sont pas des gardiens, ni des mercenaires, mais des loups, puisque les
bergers doivent être entendus et imités, comme nous venons de le prouver à
l'aide du témoignage de l'Apôtre. Les mercenaires doivent être entendus, de
sorte que les questions qu'ils enseignent à travers la Parole puissent
arriver, mais ils ne doivent pas être imités dans leur travail, tout comme
le Seigneur l’a dit. Il faut prêter attention aux loups et les éviter. D'où
cette parole de l'Apôtre : "Je vous demande, mes frères, que vous preniez
garde à ceux qui causent des dissensions et des obstacles à la doctrine que
vous enseignez, et je demande que vous vous détourniez d’eux car de cette
façon ils ne servent pas le Seigneur Christ, mais leur propre ventre, et par
des discours doux et des bénédictions ils séduisent les cœurs des
innocents." (Rom. xvi) Veillez à éviter ce genre de personnes. Et
pourquoi ? Parce qu'elles sèment la discorde, éloignant ceux qui leur font
confiance dans le sentiment des fidèles, et même offensant leur prochain,
car il est écrit : "Vivez sans offenser les Juifs, les Gentils et l'Église
de Dieu." (I Cor. x) En cela, en effet, prenez soin de "plaire à tout
le monde en faisant tout" ce qui est autorisé de faire ou interdit de faire
(c'est-à-dire ce que vous faites ou ne faites pas). À ce titre, il associe
l'opposition et les pierres d'achoppement, parce que quiconque croit autre
chose va à l'encontre de nombreux autres croyants, "se heurtant à la pierre
d’achoppement et au rocher de scandale." D'où l'Apôtre les a appelés "de
pécher contre leurs frères et de blesser leur conscience faible. "On en voit
un exemple chez eux : "vous péchez contre Christ", dont ils sont les
membres. (I Cor. viii) C'est pourquoi l'Apôtre ordonne que les
dissensions soient évitées, quand il dit : "Je vous exhorte, frères, au nom
de notre Seigneur Jésus-Christ, à dire tous la même chose et à ne pas avoir
de divisions parmi vous. Mais soyez plutôt unis dans le même sentiment"
(c'est-à-dire souhaitant la même chose) "et dans la même connaissance"
(c'est-à-dire la même croyance). (Cor. i) Par ailleurs, il leur
ordonna de se méfier de l’offense, quand il a dit : "Résolvez d'autant plus
de ne jamais mettre une pierre d'achoppement devant votre frère, ni de lui
donner occasion de tomber." (Rom xiv)
XI. Par conséquent, les hérétiques qui sèment la
discorde et posent des pierres d'achoppement agissent contrairement à la
doctrine de l'Apôtre, et doivent donc être évités.
XII. Par ailleurs, ils utilisent comme preuve de
leur propre position ce que Moïse a dit à Josué. Car quand Josué a voulu
faire obstacle aux deux hommes qui étaient restés dans le camp et qui
étaient prophètes, Moïse lui a dit : "Rivalises-tu avec mes intérêts ? Si
seulement quelqu'un accordait à tout ce peuple le pouvoir de prophétie ; et
si seulement le Seigneur leur donnait son Esprit." (Nom. xi) Voyez ce
que les hérétiques disent : "Moïse n'a rien à envier aux prophètes, au
contraire, il désire que toute la population soit des prophètes. L'ordre des
clercs nous résiste, cependant, et envie les prophètes, c'est-à-dire les
représentants des mystères de la parole de Dieu." La prophétie est la
prescience des événements futurs, la révélation des choses cachées ou
l'exposition de sombres mystères. Il y a donc des clercs similaires non pas
à Moïse, mais à Josué, à la fois parce qu'ils ne suivent pas les traces des
saints, mais celles des jaloux, et parce qu’ils pêchent et ne doivent pas
être écoutés quand ils parlent contre nous.
XIII. Pour cela, nous répondons que, tout comme
Moïse, nous souhaitons que toute la population prophétise, et que le
Seigneur leur donne son Esprit, ainsi que la vérité, dont nous ne pouvons
assez parler, et que la bouche de tous se fasse entendre. "Mais tout le
monde a reçu un don particulier de Dieu [c'est-à-dire un don qui lui est
propre], un ceci, un autre cela. Il a donné le don de l'apostolat à
certains, à d'autres celui de prophète, à d’autres celui d’évangéliste, à
d’autres celui de pasteur et d’enseignant". (I Cor. vii) Ceci est
similaire à ce que l'Apôtre dit : "Je souhaite que tous les hommes soient
comme moi" (ibid.), comme des récipients, mais "chacun a un don
particulier de Dieu." La marque de Dieu n'est cependant pas la dissension,
mais la paix, tout comme l'enseigne l'Apôtre dans chaque Église sainte. Par
conséquent la prophétie n'est pas donnée à tous. Et je dis que la prophétie
ne leur est pas donnée, car la prophétie est un don de Dieu
; eux, cependant, ils créent des dissensions et des
pierres d'achoppement, comme il a été dit ci-dessus. C'est pourquoi Dieu
n'est pas avec eux, car il vit dans la paix et la concorde. D'où l'Apôtre :
"Ayez la paix, et le Dieu de paix et d'amour sera avec vous." (II Cor
xiii.) Et ailleurs : "Vous soutenant les uns les autres dans l'amour,
soyez soucieux de préserver l'unité de l'Esprit par les liens de la paix." (Éph.
iv) Ces hommes, cependant, n’ont pas et n’aiment pas la paix catholique,
mais ils créent plutôt des dissensions et des discordes parmi le peuple
chrétien. Et donc parce que certains les suivent, d'autres sont indécis
quant à savoir s'ils doivent les suivre ou suivre les vrais hommes
catholiques. Par conséquent, il n’y a pas en eux l'unité de l'Esprit, qui
est préservée dans les limites de la paix.
XIV. Par conséquent, je ne suis pas jaloux de leur
prophétie, parce qu'ils ne sont pas prophètes, sauf peut-être de faux
prophètes, à propos desquels le Seigneur a dit : "Méfiez-vous des faux
prophètes" (Matt. vii.) et ainsi de suite. Jérémie aussi s’est
adressé aux Israélites à ce sujet : "Vos prophètes vous ont montré des
choses fausses, ils ne vous ont pas montré votre péché, dans le but de vous
encourager à vous repentir." (Lam. ii) Tels sont ceux qui sont
voyants pour le peuple chrétien, et ils affirment des mensonges. Comme il
est écrit : "Criez, ne vous arrêtez pas de dire à mes gens leurs péchés et
les péchés de ceux de la maison de Jacob." (Ésaïe lviii) Les
hérétiques, au contraire, n’annoncent pas aux fidèles les péchés qu'ils ont
commis, et ils ne leur demandent pas de se repentir. C'est pourquoi ils sont
rejetés à juste titre, comme de faux prophètes. Le Seigneur a dit aussi :
"De faux Messies et de faux prophètes s'élèveront, et ils donneront de
nombreux signes prodigieux afin qu'ils puissent induire en erreur, si
possible, même les élus." (Matt. xxiv) Même dans les temps à venir,
de faux Messies donneront des signes et donc tromperont beaucoup de gens. Il
n'est pas étonnant alors que ceux qui ne donnent aucun signe trompent la
confiance de beaucoup et séduisent les cœurs des innocents par de doux
discours.
XV. À cela, ils répondent : plusieurs laïcs
répandent la parole de Dieu au sein de la population croyante, comme le
bienheureux Honorat et le bienheureux Equitius, que le bienheureux Grégoire
mentionne dans son livre de dialogues, et à notre époque, le saint Raymond,
connu sous le nom de Paul, dont la sainteté est attestée par de nombreux
miracles. Enfin, les premiers apôtres étaient à la fois monoglottes (idiotae)
et analphabètes. (Actes iv) Et tous ces hommes, bien que laïcs,
prêchent ou ont prêché la parole de Dieu. Et nous sommes donc imitateurs de
leurs actes et ne devons pas être rejetés, mais plutôt écoutés.
XVI. À cela, je répondrai que les vrais apôtres
étaient analphabètes avant leur vocation, mais "le Seigneur leur apparut
dans leur esprit, afin qu'ils puissent comprendre les Écritures." (Luc
xxiv) Il leur insuffla le Saint-Esprit, et il les envoya lui-même
prêcher le royaume de Dieu. En outre, ils n’ont pas prêché des
contre-vérités, mais la foi catholique et la volonté du Seigneur. Et à cause
de cela, ils ont fait de nouveaux et inhabituels miracles, par la grâce de
Dieu, "avec la volonté de Dieu, en confirmant leur parole par des signes qui
l’accompagnaient." (Marc xvi) Mais ces hommes ne comprennent pas les
écrits sacrés, comme le dit l'Apôtre : "certains se sont égarés du chemin,
et s’adonnent aux mensonges, ils souhaitent être versés dans les lois, mais
ils ne comprennent ni ce qu'ils disent ni les arguments qu'ils avancent." (I
Tim. i) Ils ne comprennent pas parce qu'ils n'ont pas la foi, sans
laquelle nul n'est en mesure d'avoir le don d'intelligence, tout comme il
est écrit : "Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas." (Ésaïe vii)
En outre, ils ne comprennent pas, car ils n'agissent pas. S'ils faisaient ce
qui est écrit, ils comprendraient bien, tout comme il est écrit : "L'homme
bon arrive à comprendre en faisant tout." (Psaume cx) Il en va de
même quand la vigne est retirée aux vignerons qui ne produisent pas de
fruits et donnée à d'autres qui produisent des fruits en temps voulu. Et un
talent a été retiré à un serviteur gras qui ne souhaite pas faire de
commerce. Ainsi, le Seigneur dit aux Juifs : "Que le royaume de Dieu vous
soit enlevé" (c'est-à-dire la compréhension des Saintes Écritures) "et il
sera donné à la tribu qui produit des fruits." (Matt. xxi) Ils n'ont
pas vraiment le Saint-Esprit parce qu'ils s’éloignent de la Sainte Église,
en dehors de laquelle il (c’est-à-dire le Saint Esprit) n’est donné à
personne. D'où ce que le Seigneur dit à ses disciples : "Restez dans la
ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance d'en haut." (Luc
xxiv) L'Église est en effet la cité d'un grand roi, dont les dirigeants
sont revêtus de la puissance du Très-Haut. D'où l'Esprit passionné : "Il
remplit toute la maison où ils sont assis." (Actes ii) C’est-à-dire
(il remplit) la Sainte Église où les humbles reçoivent l'Esprit Saint. Car
il est écrit : "Sur qui mon esprit repose-t-il, si ce n’est sur les humbles,
les doux et ceux qui tremblent à mes paroles ?" (Ésaïe lxvi) Ils ne
sont pas vraiment humbles aussi longtemps qu'ils se placent devant les
gardiens de l'Église. Au contraire, l’humble David, qui a placé le roi
orgueilleux avant lui-même quand il a dit : "Qui persécutes-tu, Roi
d'Israël, qui est-ce ? Un chien mort et une simple puce ?". (I Rois xxvi)
Il convient de noter à quel point il se considère humble quand il
s’identifie à un chien mort et une simple puce. Et que dire de Saül, bien
que réprimandé par Dieu, qu'il (David) a appelé le Roi d'Israël ? À ceci que
les hérétiques autant que les autres Chrétiens arrogants prennent note à
quel point ils doivent s'en remettre aux pouvoirs de l'Église ou aux
autorités laïques, dont ils ne tiennent pas compte du mérite aux yeux de
Dieu, si le saint David a eu du respect pour le roi orgueilleux, qu'il
savait avoir été réprimandé par Dieu, et a lui-même été élu au poste de
gouverneur du royaume.
XVII. En outre, ils marchent sans relâche, "ne
faisant rien", comme le dit l'Apôtre concernant leurs semblables, et "ne se
mêlent pas de leurs propres affaires." Et aussi en ce qui concerne les
autres, à qui l’Apôtre ordonne "d’adorer en silence, en mangeant leur propre
pain" (II Thess. iii) (c’est-à-dire de leur propre travail, et non
celui d'un autre.) Comme ils sont arrogants et agités, l'Esprit Saint, qui
réside dans les humbles et les doux, ne repose pas en eux.
XVIII. Leurs arguments concernant les saints
laïques, selon lesquels ils ont prêché la Parole de Dieu, ne seraient en
aucun cas mis en avant s'ils prenaient note des paroles du bienheureux
Grégoire. Car il dit concernant le bienheureux Honorat qu'il brillait de
miracles même d'en haut par la vertu de l'abstinence, par humilité et par
ses autres vertus. Il a également transpercé le monticule d'un énorme
rocher, qui venait du ciel et sur le point de détruire ses frères, par une
invocation au nom du Christ et le signe de la croix, en tendant sa main
droite en opposition. Grégoire témoigne qu'il n'avait pas entendu dire que
Honorat avait reçu l'enseignement d’un autre. Les hérétiques s'accrochent à
lui, disant qu'ils reçoivent sa ressemblance en raison des disciples, mais
ils n'ont pas de professeurs. Mais qu'ils prennent note de l'argument que le
bienheureux Grégoire applique. Car il dit : "L'application de la manière
correcte de vivre est pour lui de ne pas oser être leader qui n'a pas appris
à être subordonné." Le même homme a déclaré : "Cette liberté ne doit pas
être réduite à l'imitation, de peur que quelqu'un ne prétende être également
rempli de l'Esprit Saint, c’est-à-dire qu’il prétend ne pas avoir été
enseigné par un instructeur humain, puisqu'il méprise d'être l'élève d'un
homme, et qu’il devient alors un professeur de l'erreur" et ainsi de suite.
Et aussi : "Cela devrait être vénéré par les faibles, mais pas imité."
XIX. Le bienheureux Equitius a également été inspiré
par un ange et a été envoyé. La nuit, l'imposant jeune homme se tenait près
de lui dans une vision et a placé sur sa langue une lancette, en disant :
"Vois que j'ai mis mes paroles dans ta bouche : va et répand-les." Ce même
Esprit a brillé par sa chasteté, sa franchise, son zèle, sa doctrine, son
humilité, sa prophétie et son pouvoir de chasser des esprits impurs. Il
n'est donc pas étonnant s'ils soient instruits et envoyés par Dieu, et que
tant d'entre eux, forts en vertus, prêchent, même s’ils ne sont pas membres
d'un ordre sacré. En effet, que les hérétiques apprennent de l'exemple de
cet homme qu’ils doivent sans tarder obéir à la fois au pontifex maximus
et aux évêques. Car, appelé par le Pape de Rome par l’intermédiaire du
protecteur Vitalien, Equitius a continuellement donné louange à Dieu, et
ordonna immédiatement que quelques juments soient préparées dans l'heure, et
il commença à exhorter Vitalien avec véhémence à partir immédiatement. Mais
comme Vitalien était fatigué de son voyage, ils sont restés cette nuit-là
sur son ordre. Le lendemain, le pontifex maximus décréta par une
autre annonce qu’Equitius, le serviteur de Dieu, ne devait pas quitter son
monastère. Ayant entendu cela, le serviteur de Dieu, assombri cependant
parce qu'ils ne s’étaient pas hâtés, resta. Voyez que ce saint homme était
obéissant au Pape romain, à la fois en partant et en restant.
XX. En outre, l'évêque Cadorius ordonna à ce même
serviteur de Dieu d'accueillir dans sa congrégation un homme du nom de
Basile, qui était le plus doué dans les arts magiques et, fuyant Rome,
cherchait Valeria, vêtu d’un habit de moine. C'est pourquoi, après avoir été
interrogé, le bienheureux Equitius répondit à l'évêque : "Cet homme, que
vous, me recommandez, mon père, je ne le considérerai pas comme un moine,
mais comme le diable." Et l'évêque dit : "Vous cherchez une raison pour ne
pas avoir à accomplir cet acte pour lequel vous êtes un candidat." À qui le
bienheureux Equitius répondit : "Je proclamerai que c'est lui quand je le
verrai, mais ne vous imaginez pas que je ne veux pas vous obéir. Je ferai ce
que vous commandez." Il a donc été admis au monastère. Après seulement
quelques jours, lorsque le serviteur de Dieu était absent, ce même Basil
trompa avec ses arts magiques l'une des chastes vierges dont Equitius était
gardien. Cette vierge est tombée fiévreuse et a dit qu'elle mourrait
immédiatement, à moins que Basil (le moine) vienne la guérir. On alla
chercher le serviteur de Dieu (Equitius), et l'affaire lui a été racontée,
et il guérit complètement la vierge. Il a veillé à ce que Basile soit jeté
hors de la congrégation dès qu’il a été reconnu qu'il était un malfaiteur.
Voyez que l'homme était obéissant à l'évêque en acceptant Basile, bien qu'il
ait reconnu à travers l'esprit de prophétie que l'homme était mauvais. Par
ces exemples, les hérétiques enseignent que l'on doit obéir à la fois au
pontife romain et aux autres évêques.
XXI. En effet, il est vrai, ce qu'ils prétendent sur
le bienheureux Raymond Paul, qu'il prêchait quand il était un laïc, et que
l'Église l'a accueilli. Mais cet homme, qui menait une vie catholique, a
honnêtement prêché avec la permission des évêques, ne conduisant personne en
erreur, mais orthodoxe dans tous les domaines, obéissant aux gardiens de
l'Église, brûlant d’un effort total de collecter des âmes pour Dieu, un
adversaire très acharné des hérétiques au nom de la connaissance et de la
possibilité, sur ce fleuve très rapide, qui est appelé Difficulté,
construisant un pont à partir des aumônes des fidèles et un gué de chaque
tribut, rendant, pour ainsi dire, un chemin libre pour les vagabonds et tous
les voyageurs. Il a accompli une œuvre pieuse dans un endroit qui s'appelle
le Boni Pas, avec d’autres personnes dans le besoin, en fonction de la
pertinence de l'époque. Donc, que les hérétiques renoncent à faire appel à
cet homme catholique pour défendre leur propre erreur, un homme des traces
duquel ils se sont manifestement beaucoup écartés.
XXII. Je vous ai dit ces choses pour réfuter les
arguments des hérétiques, en montrant l’autorité certaine des Saintes
Écritures. Par le témoignage de l'Apôtre Paul, ils faussent la manière dont
elles doivent être comprises, pour leur propre ruine. Maintenant, j'ai
l'intention de publier, si l'Esprit Saint le veut, à la fois la preuve et
les raisons par lesquelles il est clairement évident qu'ils ne doivent pas
prêcher la parole de Dieu, et qu'ils doivent être entendus par les fidèles.
Chapitre V
Qu'il ne leur est pas autorisé de transmettre la
parole de Dieu aux fidèles
I. En ce qui concerne les laïcs, la question se pose
de savoir s'ils sont capables de répandre la parole de Dieu parmi le peuple,
et sur ce point, il faut distinguer les Catholiques des non-Catholiques.
Il ne fait aucun doute s'ils sont catholiques et si l'honnêteté de leur vie
les en félicite, si leur discours est fondé sur le sel de la sagesse ; et
s’ils savent faire varier le degré de difficulté de leur discours en
fonction de la capacité de chaque auditeur, et s’ils préfèrent suivre une
certaine voie d'étude ou obéir à un Catholique de foi véritable, selon leur
niveau de connaissances ou de travail, soit à la volonté des évêques ou des
anciens dans leur région, ils sont capables, je pense, d’encourager ceux qui
les entourent. Et si, par ailleurs, ils n'étaient pas mariés, le poids des
ennuis terrestres ne les opprimerait pas. En effet, si leur vie était
répréhensible, il ne serait pas nécessaire de les écouter. Car le Seigneur
dit ceci : "Faites ce qu'ils disent." Cela n'a été dit que de ceux qui sont
assis au-dessus du siège de Moïse, c'est-à-dire des enseignants et des
érudits dans la loi divine, que Dieu a rendus supérieurs à son peuple. "Dieu
dit au pécheur, cependant : "Pourquoi expliques-tu mes justices et
assumes-tu mon testament par ta bouche ?" (Psaume xlix) Pourtant,
David a également parlé ainsi : "Tu ne bâtiras pas une maison pour moi parce
que tu es un homme sanguinaire." (II Reg xvi) Un homme sanguinaire
n'est pas autorisé à construire un temple de Dieu, parce qu'il se livre à
des actes charnels et il est nécessaire qu'il déshonore l'esprit de ses
voisins en construisant spirituellement.
II. Selon l'Apôtre : "Que votre discours aussi soit
ancré dans la grâce et dans le sel de la sagesse afin que vous sachiez
comment il faut répondre à quelqu'un." (Col. iv) En effet, on répond
d'une certaine manière à un monolingue, d'une autre manière à un homme
instruit, de différentes manières à différentes personnes. Mais comment un
profane peut-il être en mesure de distinguer ces modes, lorsque les clercs
n'ont guère cette connaissance ? Et en effet, la nourriture n'est pas
agréable au goût à moins d’être assaisonnée de sel ; de même, la parole
n'est pas utile sans preuve de sagesse. D'où cette phrase dans Lévitique :
"Mettez du sel dans toutes vos offrandes." (Lév. ii) C'est-à-dire,
puissiez-vous avoir la sagesse apostolique dans chaque parole et chaque
action. Par conséquent, si un homme n'a pas la sagesse apostolique dans ses
paroles et ses actes, son discours n'est pas utile, et il doit de ce fait
être évité. Car l'Apôtre a dit à Timothée : "Évite les injures"
(c'est-à-dire les hérésies) "et les discussions folles." (II Tim ii)
C'est-à-dire les choses qui sont sans fruit, même si elles ne sont pas tant
mauvaises que profanes. "Car elles progressent vers une grande impiété",
c’est-à-dire contre l’adoration de Dieu, "et leur discours se traîne comme
un crabe," peu à peu, corrompant les choses qui sont saines.
III. À cet égard, un enseignant doit tenir compte de
la capacité de son auditoire, afin de distribuer la juste mesure de blé
(c’est-à-dire de paroles divines), "tout comme Dieu a exposé les limites de
chaque homme fidèle." (II Cor x) D'où l'Apôtre commande que la
prophétie, c'est-à-dire la révélation de questions spirituelles, soit
fournie par ceux par qui les choses mystiques doivent être fournies, selon
la capacité (c’est-à-dire la mesure) de leur foi, de peur qu'il n'y ait une
situation où la discussion des questions rudimentaires soit étouffée par des
préoccupations de choses plus élevées, ou inversement, lorsque la discussion
de points plus avancés est frustrée par la nécessité de discuter des
arguments les plus simples. Sinon, il arrivera que si l'auditeur est offensé
par les paroles de l'enseignant, alors aux yeux de Dieu, le coupable sera
tenu pour être un savant. D'où il est écrit dans la loi : "Si quelqu'un
découvre une fosse, ou en creuse une et ne la recouvre pas, et qu’un taureau
ou un âne y tombe, le propriétaire de la fosse doit donner à titre
d'indemnisation le prix des animaux." (Exode xxi) Découvrir une
fosse, c’est lever intellectuellement le voile sur les mystères de
l'Écriture Sainte. Celui qui s'y est engagé touche aux sens sublimes de
l'Écriture, mais ceux-ci s'appréhendent par la contemplation silencieuse, et
non publiquement. Mais celui qui ne touche pas le cœur brut de ses
auditeurs, doit répondre en tant que défendeur à la charge, si à travers ses
paroles, un esprit, qu’il soit pur ou souillé, est pris dans le scandale.
IV. En outre, si les hommes supervisent un certain
domaine, ou sont obéissants, ils deviennent bien connus, et parce qu'ils
sont obéissants à la Sainte Église, cela est clairement révélé, puisque
presque tous sont situés dans un diocèse, et que presque chaque diocèse a
ses frontières individuelles. Non seulement cela, mais dans certains
diocèses, les Églises établies se distinguent de différentes façons par
leurs propres frontières, pour autant que l'évêque n'a pas de juridiction
épiscopale, sauf dans son propre diocèse. Un prêtre n’a pas plus le pouvoir
dans une autre paroisse, car il est écrit : que personne n’envoie une faux
dans la récolte d'un autre homme, c’est-à-dire que personne ne se permette
de juger les croyants qui sont confiés à un autre. Et l'Apôtre dit : "Qui
es-tu pour juger le serviteur d'un autre homme ? Il se tient debout ou tombe
au gré de son propre maître." (Rom. xiv) Si donc il n'est pas
possible à un évêque ou un prêtre d'exercer son pouvoir dans le cours normal
des événements lorsqu’il est à l'extérieur de son diocèse ou de sa paroisse,
à combien plus forte raison un homme ignorant et profane ne peut-il envoyer
sa faux dans la récolte d’un autre, c'est-à-dire parmi les personnes
confiées à un autre, sans l'autorisation d'un évêque ou d'un prêtre, à qui
la question concerne ? Et en effet, ils ne travaillent pas dans le vignoble,
comme l'Évangéliste en témoigne, sauf s'ils sont issus de la même famille.
Et dans un autre endroit, il est écrit comment le chef d'un ménage loua sa
vigne à des vignerons, qui lui rendraient les fruits en leur temps. En
effet, cependant, ils n’ont pas rendu les fruits à leur seigneur, mais ils
ont tué ses serviteurs (ils ont jeté des pierres à l’un et tué l'autre) et à
la fin ils ont également tué le fils du maître. Pas un seul d'entre eux,
cependant, n'osa s’approprier la vigne, tant que le maître tolérait leur
oisiveté et leurs méfaits. Puisqu'ils ont été dévoués à une communauté, bien
que oisifs, bien que mauvais, tant qu'ils étaient tolérés par l'Église, sans
la permission et l'autorisation de celui à qui a été confiée la vigne, pas
un seul d'entre eux présumait travailler, c'est-à-dire se débarrasser des
vignes mortes et en planter de nouvelles, utiliser la houe de la Parole,
considérer la vigne comme superflue et cultiver le nécessaire.
V. Enfin, qui est assez stupide pour s’occuper de
nourrir les brebis d’un autre sans avoir consulté son maître ? Car le fait
même qu'il s'en charge est suspect, surtout s'il est de naissance modeste.
Et c'est lui, qui "n'entre pas par la porte, mais qui monte par un autre
chemin, et qui est un voleur et un bandit. Mais un voleur ne vient que pour
voler, tuer et causer la destruction." (Jean x) Et en effet, comme
disent les savants, on entre par la porte en faisant confiance au Fils de
Dieu, et en imitant son humilité, et en prêchant pour son amour, et non pas
pour obtenir la récompense des autres. Par ailleurs, s'il est un incroyant,
arrogant ou cherche ses propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ (Phil.
ii), il est un voleur qui prétend que ce qui appartient à autrui est à
lui, et un bandit est celui qui tue pour s’emparer des biens d'autrui.
VI. De toutes ces choses, on peut voir qu'il n’est
permis à aucun prêtre ni laïc dont le lieu d'habitation est inconnu (et même
si l'on sait où il réside), de cultiver une vigne (c’est-à-dire un peuple)
et de paître le troupeau d’un autre sans la permission d’un évêque ou d’un
ancien, dont c’est la responsabilité. Et si par hasard quelqu'un osait le
faire, on pourrait lui opposer cette objection : "Qui t'a établi chef et
juge sur nous ?" (Actes vii) On peut lire dans le testament de
l'Évangéliste que le même homme a dit ceci à Jésus au sujet d'une foule :
"‘Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage.’ Et Jésus lui
dit : ‘qui m’a nommé juge sur vous ou pour distribuer les biens ?’" (Luc
XII) Et s'il est décidé que, dans les affaires séculières, un juge doit
être choisi, de sorte qu'un homme ne se nomme pas soudainement, combien plus
important ça l’est dans les choses divines. Toujours dans le récit de
l'Apôtre : "Nul ne doit s'attribuer cet honneur, si ce n’est celui qui est
appelé par Dieu, comme le fut Aaron" (Héb. v) Et pourtant, voulant
montrer sa foi dans l'invocation de Dieu après avoir entendu la Parole de
Dieu, et désireux de répandre sa prédication à partir de la source de la
grâce divine, il dit : "Comment vont-ils prier celui en qui ils ne croient
pas ? Comment croiront-ils en celui dont ils n'ont pas entendu parler ?
Comment vont-ils entendre sans prédicateurs ? Et comment les hommes
prêcheront-ils sans être envoyés pour le faire ?" (Rom. x) De ce
contexte, il est démontré que les autres n'ont pas invoqué Dieu s'ils ne
croient pas en lui, ni ne croient-ils s’ils n'ont pas entendu, ni
n'entendent à moins que d'autres leur prêchent ; et ces autres ne doivent
pas prêcher sauf s’ils ont été envoyés. Il faut donc d'abord être envoyé par
Dieu, de qui proviennent toutes les bonnes choses, et celui qui a été envoyé
doit donc obéir et prêcher. De même, sans aucun doute, Moïse fut envoyé par
Dieu pour les enfants d'Israël, et après avoir supplié à plusieurs reprises
de ne pas être envoyé, Dieu ayant persisté dans son désir, il obéit. De
même, Isaïe et d'autres prophètes bénis n'ont pas enseigné le peuple de Dieu
sans avoir été envoyés.
VII. En outre, dans le Nouveau Testament, d’autres
apôtres et disciples ont été envoyés par Dieu pour prêcher Sa parole. D’où
ils sont appelés Apôtres, c'est-à-dire ceux qui ont été envoyés. Les apôtres
Paul et Barnabas ont également été envoyés par le Saint-Esprit, mais quand
les disciples jeûnaient. Ils ont prié pour eux et leur ont imposé les mains
et leur ont réparti des tâches, qu’ils ont acceptées. Ils n'ont toutefois
pas reçu pour mission de prêcher, ce qui avait toujours été la manière
d'agir, tant de la part de Dieu que des disciples. Alors les apôtres ont
nommé des anciens dans chaque église. Le bienheureux Paul a également
ordonné à Tite de nommer des anciens pour chaque ville, c'est-à-dire des
évêques.
VIII. Il ressort clairement de ce qui précède que
certains hommes sont envoyés par Dieu seul, d'autres par Dieu et par les
hommes, certains ni par Dieu ni par les hommes. Moïse, Jean-Baptiste, et le
bienheureux Equitius mentionné ci-dessus sont des exemples d'hommes envoyés
par Dieu seul. En effet, selon les paroles du bienheureux Grégoire : "La
liberté de leur vie, affranchie des choses viles, ne doit pas être imitée,
de peur que quelqu'un ne se présume également rempli du Saint-Esprit,
méprise d’être un disciple des hommes, et devienne un professeur d'erreur".
Il y a ceux qui sont envoyés par Dieu et par les hommes, tout comme les
apôtres l’ont été par le Christ qui est à la fois un Dieu et un homme, et
d'autres par des apôtres ou les évêques de leur région. C'est ce que
l'Apôtre dit aux évêques qu'il avait lui-même nommés : "Prenez soin de
vous-mêmes et de tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a placés
pour diriger en tant qu’évêques l'Église de Dieu, qu'il a fondée par son
propre sang." (Actes xx) Voyez, comme le confirme le livre des
Actes, qu'il les a nommés lui-même, mais il dit qu'ils sont envoyés par
le Saint-Esprit. Il y en a d'autres qui ne sont pas envoyés par Dieu, mais
ils viennent de leur propre gré, avec leur propre présomption extrême, et
afin de ne pas égarer les autres de manière trop flagrante, ils mentent en
disant qu'ils ont été envoyés par Dieu, comme des gens qui sont en fait
capables de faire et d’interpréter une prophétie. "Malheur à ceux qui
prophétisent selon leur propre cœur, qui agissent à l'instigation de leur
propre volonté, qui disent, ‘le Seigneur dit’, alors que le Seigneur ne les
a pas envoyés." (Ézéch. xiii) À leur sujet, le Sauveur dit dans
l'évangile de Jean : "Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et
des brigands." (Jean x) Ceux qui sont venus n'avaient pas été
envoyés. Car il a dit : "Ils sont venus, mais je ne les ai pas envoyés.
"Venir implique une présomption d'arrogance. Être envoyé implique la
soumission au service. C'est pourquoi il dit : ‘malheur’, c'est-à-dire la
damnation éternelle, à ceux qui disent qu'ils sont envoyés et ne le sont
pas, comme s’ils étaient des menteurs, des voleurs, des brigands et des
hommes présomptueux. En effet, il existe des signes très clairs pour
identifier ceux qui sont envoyés par Dieu : ils ont des vertus : la charité,
la paix, la patience, la continence, la bonne volonté, l'humilité et
l'obéissance comme compagnon inséparable. À ce sujet, le bienheureux Jacques
a dit : "Cette sagesse qui vient d'en haut est premièrement pure, ensuite
pacifique, modérée, bonne conseillère, harmonieuse avec de bonnes actions,
pleine de compassion et de bons produits, elle n'est pas critique et est
sans hypocrisie." (Jacques iii) Voyez comme les signes d'une sagesse
donnée par Dieu sont évidents!
IX. Ceux qui sont envoyés par Dieu et par les hommes
ont des preuves claires qu'ils ont été envoyés. Ceux qui viennent de leur
propre gré n'ont pas été envoyés, et ils n'ont pas la preuve de l'homme qui
les a envoyés, ni celle de Dieu, s'ils manquent de charité, d'humilité et
d'obéissance, qualités qui, selon Bède, sont les inséparables compagnons de
l'humilité.
X. Et de toutes ces choses, il est plus certain que
ceux qui ne font pas partie de l'ordre sacré ne doivent pas être facilement
entendus par le peuple de Dieu, à moins qu'ils aient des preuves visibles
qu'ils ont été envoyés par Dieu. Et s'ils ne veulent pas obéir aux gardiens
de la Sainte Église, il est clair qu'ils n'ont pas été envoyés, mais qu’ils
sont venus de leur propre chef. Car "parce que tout pouvoir vient de Dieu et
que les choses qui viennent de Dieu sont ordonnées, ceux qui résistent à
l’autorité agissent contre l'arrangement de Dieu, et ceux qui résistent à
l'ordination de Dieu s’attirent la damnation." (Rom xiii)
XI. En outre, ceux qui ont une femme ou sont
opprimés par le poids des soucis terrestres ne sont pas aptes à répandre la
parole de Dieu. Car, selon le témoignage de l'Apôtre : "Celui qui a une
femme a une préoccupation pour les choses du monde - comment il peut plaire
à sa femme - et est donc divisé." (I Cor. vii) En effet, un
prédicateur de la Parole de Dieu doit avoir un cœur libre de tout souci
terrestre, de sorte que, étant perspicace, il puisse voir les choses qui
échappent à d'autres, et qu'il puisse lui-même être disposé davantage à la
connaissance et à la vie. Car l'œil n'observe pas correctement un défaut en
quelque chose quand il est lui-même plein de poussière. À cet effet, le
Seigneur dit au premier savant de la Sainte Église : "N’amène ni sac, ni
bourse." (Luc x) Mais que pouvait-il signifier par « bourse », sinon
les fardeaux de la laïcité ? Et le premier pasteur de l'Église dit : "Ce
n'est pas bon pour nous, afin de nous occuper des tables d'argent, de
laisser derrière la parole de Dieu. Choisissons pour ce travail, des hommes
de bon témoignage, remplis d'Esprit Saint et de sagesse, et nous les
exhorterons à prêcher et à administrer la Parole." (Actes vi)
XII. Par conséquent, une fois que tous les arguments
présentés ci-dessus, concernant ceux qui sont érudits dans la parole divine,
ont été pris en considération, on peut voir que c'est horrible de confier le
poids de la Parole à un profane, d'autant plus qu’il a été confié aux
prêtres d'enseigner toutes les questions concernant les lois que Dieu a
enjointes aux enfants d'Israël par l’intermédiaire de Moïse, comme le dit
Malachie: "Les lèvres du prêtres sont les gardiennes de la connaissance, et
la loi doit être recherchée dans sa bouche, parce qu'il est l'ange du
Seigneur des Armées." (Mal ii) Ces conditions s'appliquent si le
profane est catholique ; il en résulte que sans la permission d'un évêque ou
d'un ancien, il ne puisse envoyer sa faux de paroles dans son champ,
c'est-à-dire le peuple, et il ne peut non plus donner une mesure de blé à
une famille dont le Seigneur ne l'a pas nommé comme protecteur, ni nourrir
le troupeau d'un autre s'il le rencontre, ni travailler dans un autre
vignoble s'il n'a pas été appelé.
Chapitre VI
Je réponds à l'argument où ils utilisent les paroles
de l’Apôtre : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes", et concernant
certaines autres questions
I. Il ne fait aucun doute qu’un homme (qu’il soit
religieux ou laïc) qui a sombré dans l'hérésie ne doit pas être entendu par
les fidèles, mais doit être évité. Un hérétique est celui qui suit une
hérésie ancienne ou plus ancienne, ou qui en crée une nouvelle. De ce genre
sont ceux qui disent que l'on n'a pas à obéir aux évêques, aux prêtres ou,
ce qui est horrible à dire, à la Sainte Église Romaine. En cela, il est
convenu que les hommes de cette nature sont des hérétiques ou des
incroyants. Il a été dit plus haut : "Car l'obéissance est la seule chose
qui procure l'insigne de la foi." Sans cela, un homme se montre coupable
d'être un incroyant, même s'il semble être fidèle.
II. Mais, disent-ils, nous sommes obéissants à Dieu,
et non aux hommes, suivant Pierre qui dit : "Il faut obéir à Dieu plutôt
qu’aux hommes" (Actes v) Le Seigneur a en effet enjoint aux
disciples, en disant : "Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à
toutes les créatures." (Marc xvi) Les chefs des prêtres et les grands
prêtres du temple interdisaient même aux anciens d’enseigner ou de prêcher
au nom de Jésus. Lorsque les chefs des Juifs ont interdit l'enseignement,
Pierre a rétorqué que le Christ avait ordonné qu'ils enseignent à toutes les
créatures : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes."
III. Mais les hérétiques mentionnés ci-dessus ne
peuvent pas défendre leur propre erreur avec ce passage de l'Écriture. Car
Dieu leur a ordonné d’enseigner. Car ceux que le Seigneur envoie (comme cela
a été dit précédemment) montrent des signes clairement visibles d'humilité,
de charité, d’autres vertus et de miracles, et dont le compagnon indivisible
est l’obéissance : "Avec le Seigneur exerçant sa volonté, et confirmant la
vérité de leurs paroles avec une preuve ultérieure." (Marc xvi) Ces
hommes ne possèdent pas de tels signes. Par conséquent, ils ne sont pas
envoyés par Dieu et ils ne devraient pas parler. D'où, lorsque le
bienheureux Job a appelé ses amis, qui étaient des hérétiques, "fabricants
de mensonges et adorateurs d'un dogme pervers", il a déclaré : "Si seulement
vous vous taisiez, afin qu'on vous considère comme sages !" (Job xiii)
Aussi : "Quelle utilité Dieu a-t-il de vos mensonges, que vous proférez des
tromperies en son nom ?" (ibid.) Et plus loin : "Vos paroles creuses
auront-elles une fin ?" (Job xvi) Et à son tour : "les regards
perçants témoignent contre moi et les paroles mensongères sont enflammées
contre mon visage, me contredisant." (ibid.) Et encore "mes amis
verbeux" (ibid.) et aussi "prenez note de moi, et taisez-vous, et
placez votre doigt sur vos lèvres." (Job xxi) et "votre réponse
s’est révélée contraire à la vérité." (ibid.) Le Seigneur a aussi dit
à Eliphaz : "Ma colère s’est enflammée contre toi et contre tes deux amis,
parce que vous ne dites pas la vérité devant moi, comme l'a fait mon
serviteur Job." (Job xlii) De l'avis du bienheureux Grégoire, Job est
l'image de la Sainte Église et ses amis les personnages des hérétiques, qui
sont dits être des amis parce que dans certaines observances ils font
partie de la Sainte Église, mais par leurs erreurs, qu’ils commettent
eux-mêmes ou en suivant d'autres, ils sont mentionnés comme des
tisserands de mensonges. Et parce qu'ils s’efforcent de défendre leurs
actions, ils sont appelés des adorateurs d'un dogme pervers. Et puisque leur
malice est cachée, eux, ceux qui témoignent contre la Sainte Église sont
appelés regards perçants, à condition qu'ils combattent ne serait-ce
qu'une seule fois, non pas par des arguments rationnels mais par des
discours faux et inutiles, c’est pourquoi ils sont appelés faux orateurs
et verbeux, et leurs paroles creuses. Il est donc avantageux
pour eux de se taire. D'où, Job voulait tant qu'ils se taisent et qu'ils
mettent leur doigt sur leurs lèvres et écoutent les gardiens de la Sainte
Église quand ils parlent, satisfaisant ce qui est dit dans Jacques (V.
chap. i) "Que tout homme soit prompt à écouter et lent à parler."
IV. Ils provoquent la colère de Dieu contre
eux-mêmes parce qu'ils enseignent une voie autre que celle de la Sainte
Église. Par conséquent, Dieu ne répond ni à leurs sacrifices, ni à leurs
prières. Toutefois, si la Sainte Église devait faire des offrandes ou prier
pour ceux qui se repentaient, en leur nom, il leur répondrait. D'où le
Seigneur a dit aux amis de Job : "‘Prenez sept taureaux pour vous-mêmes, et
sept béliers, allez auprès de mon serviteur Job, et il offrira l'holocauste
en votre nom, car Job est mon serviteur, il priera pour vous, je
l’exaucerai, de sorte que vous ne considériez pas cela comme un acte
stupide. Car vous n'avez pas dit la vérité devant moi, comme mon serviteur
Job l’a fait.’ Et ils firent ce que le Seigneur leur avait dit, et le
Seigneur a répondu à la figure de Job, et il céda à la pénitence de Job,
quand il a prié en faveur de ses amis." (Job xlii)
V. Par conséquent que les hérétiques cessent d'être
verbeux, et qu'ils reviennent, repentants, à la sainte Église, laissant
derrière eux leurs principes arrogants, comme à travers le sacrifice des
taureaux et des béliers. L'Église, avec des sacrifices et des prières,
intercède en faveur de ceux qui s'égarent, puisque le sacrifice ou la prière
de personne en dehors de l'Église ne sera pas accepté.
VI. L'Apôtre a donc été envoyé par Dieu et
l'honnêteté de sa vie, le caractère extraordinaire de ses miracles et
l'orthodoxie de sa doctrine sont attestés. Par conséquent, les Apôtres
n'auraient pas dû obéir aux non-croyants juifs, aux crucifieurs du Seigneur,
et aux persécuteurs des disciples, les membres d'autres religions, croyant
en effet que le nom du Seigneur pouvait être étouffé, comme s’ils
blasphémaient contre Dieu ; et Dieu l’a voulu, et a confirmé sa parole par
des signes qui l’accompagnaient, et les a même envoyés. Mais ceux qui ne
sont pas totalement obéissants à la volonté de Dieu, et qui obéissent en
outre aux infidèles, c'est-à-dire aux représentants de l'hérésie ; ceux-là
effectivement n’ont été envoyés ni par Dieu ni par les hommes. Il est
convenu qu’ils n'obéissent pas à Dieu parce qu'ils ne sont pas obéissants à
ceux que le Seigneur a ordonné qu’ils soient obéis ; ceux qui sont assis sur
le trône de Moïse, c’est-à-dire les évêques et les prêtres, ceux qui
occupent la place de Moïse. Alors qu'ils dominent sur le peuple de Dieu,
ils gouvernent et enseignent la volonté de Dieu, et corrigent les méchants.
De là, il est écrit : "Sur le trône de Moïse sont assis les scribes et les
pharisiens : obéissez et faites donc tout ce qu'ils vous demandent." (Matt.
xxiii) De plus l'Apôtre dit : "Obéissez à ceux qui dominent sur vous, et
soyez-leur soumis." (Hébreux xiii) Et Pierre : "Jeunes gens, obéissez
à vos anciens." (I Pierre v) En effet, il a appelé les anciens les
bergers du troupeau, à l'égard desquels il a dit précédemment : "Paissez le
troupeau de Dieu qui est le vôtre." (ibid.)
VII. Il ressort donc très clairement que les
hérétiques mentionnés ci-dessus ne sont obéissants ni à Dieu ni aux Apôtres.
En effet, ils se consacrent à une notion répréhensible ; ils obéissent aux
hommes perfides, propagateurs d'hérésie, et méprisent les prêtres
catholiques. D'autres, comme un troupeau sans berger, n'obéissent à
personne. Ces hommes, la loi de Dieu les appelle "les fils de Bélial" (III
Rois xxi), c’est-à-dire "hors de l'étrier." En vérité, le Seigneur, sur
le point de monter aux cieux, n'a pas laissé les brebis dont il se souciait
sans pâturage, mais il les a confiés à la garde du bienheureux Pierre, en
disant : "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ces autres hommes ? Pais
mes brebis." (Jean xxi) Par cet exemple, l'apôtre et l'homme
apostolique, les bergers de Dieu, ont été instruits et ont pris soin de
commander les fidèles à travers le temps. Car un troupeau sans pâturage
meurt, et une armée sans chef, comme une ville sans gouverneur et une région
étendue sans surveillant, tout comme il est écrit : "Là où il n'y a pas de
gouverneur, les gens vont à la ruine." (Prov. Xi)
VIII. De cela et d'autres exemples similaires, que
les ennemis de la vérité prennent note à quel point sont folles les actions
de ceux qui osent vivre sans Dieu ni homme pour les guider. Par conséquent,
selon les mots du bienheureux Pierre, ils s'efforcent de montrer qu'ils
obéissent à Dieu et non aux hommes, comme s’ils coupaient la gorge de
Goliath avec leurs propres épées, alors qu'ils sont en fait reconnus pour
n’obéir ni à Dieu ni aux hommes catholiques. À ce titre, ils doivent être
évités, comme s’ils étaient des incroyants ou des condamnés, et ne doivent
être ni salués ni accueillis dans la communauté, mais plutôt ils doivent
être mis en fuite et retirés de la société ordinaire. L'Apôtre dit : "Ne
vous mettez pas sous le joug avec les infidèles : car quel est le
partenariat de la justice avec l'iniquité ? Ou quel lien commun la lumière
a-t-elle avec les ténèbres ? Quel accord y a-t-il entre Christ et Bélial ?
Ou quelle part la croyance a-t-elle avec l’incrédulité ? Quel consensus y
a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ?" (II Cor. vi) L'Apôtre
ajoute : "Même si nous-mêmes, ou un ange venu du ciel, vous prêchait un
évangile qui est différent de ce que nous avons (déjà) prêché, qu’il soit
condamné. Tout comme nous l’avons dit auparavant, je le répète encore
maintenant : "Si quelqu'un vous prêche quelque chose qui est différent de ce
que vous avez reçu, qu'il soit condamné". (Gal i) Et aussi : "Après
qu’un hérétique a été puni une première fois, puis une seconde fois,
évitez-le, sachant qu'il est subversif et de quel type il est." C'est-à-dire
que même celui qui est si incorruptible est ruiné, "et qu'il pèche, après
avoir été condamné par le juge approprié." (Tite iii)
IX. D'autres sont jetés hors de l'Église par sa
propre décision, en raison de leurs crimes, mais les hérétiques la quittent
de leur propre gré. L’Apôtre a commandé aux Thessaloniciens : "Ne vous
associez pas à celui qui n'obéit pas à la parole" de ce même Apôtre. (II
Thess. iii) De plus, le bienheureux Jean : "Dieu n'a personne qui quitte
[l'Église] et qui ne reste pas avec la doctrine de Christ." (II Jean ix)
Et un peu plus loin : "Si quelqu'un vient à vous et ne suit pas cette
doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, ne le saluez même pas. Car
celui qui le salue communique avec les œuvres du mal." (II Jean x)
Aussi le bienheureux Paul : "Je vous exhorte, frères, par le nom de notre
Seigneur Jésus Christ, à vous éloigner de tout frère qui ne mène pas une vie
ordinaire, ou ne vit pas selon la tradition qu’il a reçue de moi." (II
Thess. iii) Et aussi : "Évitez les propos profanes et les discours
oisifs, car ils conduisent à une grande impiété", et ainsi de suite. (II
Tim ii) Encore une fois : "Ne vous laissez pas égarer par des doctrines
diverses et étrangères." (Héb. xiii) Et aussi : "Supprimez le méchant
du milieu de vous." (I Cor. v) Cela se produit quand un homme mauvais
est retiré de la communion de l'Église par une mesure disciplinaire de
l'Église. Et aussi : "Vous alliez si bien. Qui vous a empêchés d'obéir à la
vérité ? Vous avez conspiré avec aucun homme. La persuasion ne venait pas de
celui qui vous a appelé (c'est-à-dire Dieu), mais du diable. Une petite
quantité de levure fait lever toute la pâte." (Gal v.) Aussi : "Ne
communiquez pas avec les instruments infructueux des ténèbres, mais
confondez-les d'autant plus." (Éphésiens v.) Plus loin : "Que
personne ne vous séduise par de vains discours." (Col ii) Et en
effet, l’élévation de ce type n'existe que dans les mots. Comparez aussi
Jean : "Ne croyez pas tout esprit, mais examinez l'esprit pour voir s’il
vient de Dieu." (I Jean iv) Et le bienheureux Pierre : "Notre très
charitable frère Paul, selon le don qui lui a été donné, vous a écrit, comme
il le fait dans toutes ses lettres. Dans celles-ci il y a quelques points
qui sont difficiles à comprendre, que les ignorants et les instables peuvent
expliquer à tort, comme ils le font avec d'autres parties de l'Écriture,
pour leur propre damnation. Vous frères, donc, puisque vous savez déjà cela,
tenez-vous sur vos gardes, de peur que vous soyez séduits par les erreurs de
l'insensé, et que vous perdiez votre propre position de sécurité." (II
Pierre iii)
X. Nous avons choisi ces paroles de l'Écriture
sainte, comme un rappel du salut à méditer par les hommes fidèles à Christ,
à garder en mémoire, afin qu'ils sachent bien qu'il ne doit y avoir aucune
participation ni aucune association avec ces hérétiques perfides. Il ne faut
pas non plus les écouter, mais les traiter comme s'ils étaient condamnés, et
les éviter comme s’ils étaient corrompus et clairement sans vergogne. Il ne
faut pas non plus s’associer avec eux, mais les traiter comme des rebelles,
et il ne faut pas non plus les saluer, ni les recevoir dans votre maison,
mais les traiter comme des hommes qui sont contre le Christ, et les éviter,
comme des gens qui prononcent des paroles profanes et stupides. En effet,
ils s’adonnent à l'impiété à la manière d'un crabe ; peu à peu, ils
infectent les membres sains, c'est-à-dire les fidèles, et tout comme le
levain fait lever une masse de fine farine, ils gonflent d’orgueil ceux qui
ont affaire à eux. Une fois que la douceur naturelle de l'unité catholique a
été perdue, ils les rendent acides, c’est-à-dire avec leurs opinions
remodelées, et ils sont à la fois corrompus, comme le dit l'Apôtre, et
privés de la vérité, croyant que la piété est un profit, tout en prêchant
pour le profit et non pour l'avenir. C'est pourquoi il ne doit y avoir
aucune communication avec eux, et ils doivent être réfutés avec d'autant
plus de vigilance.
XI. D'où l'Apôtre dit aussi, en reprenant les
paroles d'Isaïe : "Le Seigneur dit : ‘sortez du milieu d’eux, et
séparez-vous. Et ne touchez à rien d'impur. Je vous recevrai et serai pour
vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur
Tout-Puissant." (II Cor. vi) Celui qui se sépare des hommes mauvais
n’imite pas leurs œuvres. Celui qui ne consent pas à la volonté des pécheurs
ne touche pas au mal. Il fuit l'homme qui ne ménage pas sa bouche, mais il
corrige autant que cela lui est permis. C'est la voix du ciel que Jean a
entendue, disant : "Sortez d'ici, mon peuple, et ne participez pas à leurs
crimes, et ne recevez pas une part de leur punition : puisque leurs péchés
atteignent jusqu’au ciel et le Seigneur a pris note de leurs iniquités." (Apoc
xviii) Ils ne nous souillent pas dans ces deux manières si nous n'avons
pas acquiescé : mais nous les réfutons, car ils accomplissent les œuvres
des ténèbres et sont des spoliateurs des Saintes Écritures ; incrédules et
insensés, corrupteurs des esprits et des loups métaphoriques qui arrachent
et dispersent le troupeau du Seigneur, comme il est écrit : "À l’intérieur,
il y a des loups voraces" (Matt. vii) Ils ont empoisonné l'esprit et
ont l'intention, si l'occasion se présente, de poursuivre les personnes
publiquement et de les corrompre intérieurement, et, à l’instar des buissons
épineux ou des chardons, de faire couler le sang de ceux qui s’approchent
d'eux, et de les mettre en pièces, comme il est écrit : "Cueille-t-on des
raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ?" (Matt. vii)
Chapitre VII
Ceux que les hérétiques induisent le plus facilement
en erreur, et ceux qu'ils n’induisent pas en erreur
I. Je démontrerai ici à quel point les hérétiques
nuisent au peuple de Dieu, et voyons, si le Saint-Esprit le veut, ceux
qu’ils induisent le plus facilement en erreur.
II. Ils induisent en erreur les femmes, les hommes
qui ne sont pas virils (mais qui agissent de façon efféminée), les
ignorants, les menteurs, ceux qui ne sont pas obéissants à la vérité et qui
tombent dans le péché, les avares, et enfin ceux qui n'ont pas le signe (de
la vertu) sur leurs visages, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas la charité dans
leur cœur. Ils induisent les femmes en erreur en premier, et à travers elles
les hommes, tout comme le diable a premièrement séduit Ève, et ensuite à
travers elle Adam. De même, il a essayé de ruiner Job par sa femme, quand
elle a dit : "Gardes-tu toujours ta foi ? Maudis Dieu et meurs !" (Job ii)
La même chose s'est produite à Pilate par sa femme quand elle lui a dit :
"N'aie rien à voir avec cet homme juste. Car aujourd'hui, dans une vision,
j’ai beaucoup souffert à cause de lui." (Matt. xxvii) Il voulait
perturber le mystère de la passion de notre Seigneur, afin que par sa mort
Satan perde son pouvoir. L'Apôtre dit à Timothée concernant les
pseudo-christs et les hérétiques : "Ils ont en effet l'apparence de la
piété, mais ils n'ont pas la vertu qui lui est associée. Évitez ces hommes.
Parmi eux, il y a ceux qui vont envahir les maisons, capturer et prendre
pour épouses des jeunes femmes qui sont accablées par les péchés et qui sont
dirigées par différents désirs." (II Tim iii)
III. Voyez qu'il est clair qu'ils n’induisent pas
les hommes fermes en erreur mais les femmes corruptibles, qui méritent
d'être induites en erreur, en particulier celles qui sont accablées par les
péchés. Ils induisent également en erreur les hommes ayant une faiblesse
féminine, tout comme il est écrit : "Un rassemblement de taureaux parmi les
vaches de la population." (Psaume lxvii) Il appelle les hérétiques
des taureaux, ceux qui sont fiers et indomptables dans leurs fautes. Ce sont
ceux qui se rassemblent parmi les vaches de la population, c'est-à-dire
parmi ceux qui peuvent être facilement induits en erreur.
IV. Ils séduisent aussi les ignorants. D'où il est
écrit dans les Proverbes : (L'ignorance) est comme "une femme stupide et
bruyante, pleine d'incitations à pécher, et qui ne sait rien du tout" et
ainsi de suite. (Prov. ix) Elle dit : "Que celui qui est léger vienne
vers moi." La femme stupide et bruyante est la perversité hérétique. Elle
est stupide à cause de son intellect imbécile et bruyante à cause de son
babillage. Elle est pleine d’incitations à pécher, et ne sait rien du tout
et ainsi de suite. Elle dit : "Que celui qui est léger vienne vers moi." Un
homme léger est un homme très stupide, dépourvu de bon sens.
V. Ils induisent également en erreur l'innocent ou
le simple. D'où l'Apôtre : "Grâce à des discours mielleux et de belles
paroles, ils séduisent les cœurs des simples." (Rom. xvi) Ils ont
même séduit ceux qui sont humbles de cœur, d'où des Proverbes : "Il y a ceux
qui ont des épées à la place des dents et dévorent avec leurs molaires pour
consommer les pauvres de la terre et les indigents de toutes choses." (Prov.
xxx) Les hérétiques ont des épées à la place des dents, ils savent que
leurs enseignants dépravés peuvent consommer plus facilement que d'être
consommés, qu'ils peuvent tuer plutôt que faire vivre. Ils détruisent l’un
après l’autre les nécessiteux de la terre tout en conduisant ceux qui ont
encore moins de sens commun qu’eux-mêmes, les touchant comme s'ils étaient
morts dans leur propre corps. De même, ils tentent de supplanter dans les
assemblées de fidèles ces nécessiteux en toutes choses (c'est-à-dire ceux
qui sont humbles de cœur).
VI. Ils s'efforcent d’induire en erreur ceux qui
sont droits de cœur. D'où : "Regardez ! Les pécheurs ont bandé leurs arcs,
préparé leurs flèches dans le carquois, afin de tirer dans l'ombre sur ceux
qui sont droits de cœur." (Psaume x) Les pécheurs, c'est-à-dire les
hérétiques, ont bandé leurs arcs ; autrement dit, ils ont déformé l'écriture
des Ancien et Nouveau Testaments, l’interprétant en fonction de leurs
propres erreurs, et ils ont préparé leurs flèches : cela signifie les
paroles empoisonnées dans leur cœur, et ce,
afin de tirer dans l'ombre sur
ceux qui sont droits de cœur, cela est ambigu. Soit dans l'ombre
signifie dans un sens naïf, et ténébreux puisqu'il y a des hommes charnels
et ignorants. Soit cela pourrait se référer à la lune sombre, qui est
l'Église, qui a été assombrie au début de la foi, ou qui est obscurcie par
les nuages des blasphémateurs, ou encore ensanglantée par le massacre des
martyrs. Les hérétiques tirent leurs flèches dans cette obscurité, parce
qu'ils savent que ces temps sont avantageux pour abattre un à un les
malades. Une fois que les malades ont été induits en erreur, ils résolvent
également d’emmener de force ceux qui sont droits de cœur. Or, les enfants
de l'Église sont dits être comme une lune sombre alors qu'ils sont pécheurs.
C’est là que les hérétiques tirent, quand ils préparent le sacrement à
travers ces ministres de l'Église qui trompent les malades, quand ils
proposent à ce qu’ils participent eux-mêmes à ces choses, qui sont le devoir
de ces ministres.
VII. De cela, il est clair qu'ils égarent les
infirmes et les ignorants. L'Apôtre met en garde contre ce qui se passe, en
disant : "Ne soyons plus comme des petits enfants, dansant sur les vagues
et emportés à tout vent de doctrine, dans la débauche des hommes, à la ruse
et l'oppression du péché." (Éph. iv) Nous ne serons pas, dit-il,
bavards dans l'intellect, et nous serons emportés par tout autre vent
urgent de doctrine. La doctrine du dépravé, comme le vent d’une tempête,
contraint les ignorants et les infirmes à la perfidie, c'est-à-dire au
naufrage. Cette doctrine naît de la débauche et de la ruse des hommes,
c'est-à-dire à travers des hommes sans valeur intrinsèque et astucieux à
tromper les naïfs. La doctrine de ces personnes mène toujours à errer dans
l'erreur, c'est-à-dire qu’ils les conduisent en quelque sorte dans le péché.
Sur ce, il a également dit ailleurs : "Ne devenez pas imprudents, mais
plutôt intelligents quant à ce qu’est la volonté (de Dieu)" et ainsi de
suite (Éph. v.) Et aussi : "Frères, ne soyez pas comme des garçons
dans vos pensées, mais ayez la malice des petits enfants, et soyez bien
formés dans cette pensée." (I Cor. Xiv)
VIII. Il est clair qu'ils ne trompent pas le brave
et le sage. D'où cette phrase dans les Proverbes : "En vain un filet est
étendu devant les yeux des oiseaux." (Prov i) Les yeux des oiseaux
sont ici les cœurs des bienheureux, soutenus par les plumes de la vertu,
qui, dans la contemplation des choses célestes avec une vue perçante,
s’envolent vers les régions supérieures. En vain, les filets de la tromperie
sont étendus par les impies en face de ces hommes. Car, avec l'aide divine,
ceux-ci transcendent facilement tous leurs liens et atteignent la
connaissance supérieure.
IX. Ils induisent également en erreur ceux qui n'ont
pas reçu la charité ou la vérité. Ou, s'ils les ont reçues, ils ne sont pas
sauvés grâce à elles. Ils séduisent aussi ceux qui acceptent l'iniquité.
D'où l'Apôtre dit, souhaitant en ce qui concerne le diable, qui travaille
déjà le mystère du péché par des pseudo-christs, faire remarquer ceux qu'il
trompe : "Il va le détruire avec la révélation de sa venue. L'apparition de
cet impie par l'activité de Satan sera accompagnée de toute la puissance et
de signes et de prodiges mensongers, et de toute séduction pour ceux qui
doivent périr. C'est en raison du fait qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la
vérité, afin d’être sauvés. C'est pourquoi Dieu va leur envoyer une
puissance d'égarement, pour qu'ils puissent croire au mensonge, afin que
tous ceux qui n’auront pas cru à la vérité, mais qui auront consenti à
l’iniquité, soient condamnés." (II Thess. ii)
X. Et le Seigneur dit dans l'Évangile de Jean : "Je
viens au nom de mon Père et vous ne me recevez pas ; si un autre venait en
son propre nom, vous le recevriez." (Jean v) Voyez que celui qui ne
reçoit pas la Vérité, qui est le Christ, avec la volonté stricte de Dieu,
croit un menteur et reçoit le faiseur d'erreurs, et celui qui ne croit pas
les vrais signes de Dieu, croit des menteurs, ce qui a comme résultat qu'il
se retire de la vérité et de Ses signes, il est attaché à un menteur par des
signes mensongers. D'où David dit au sujet des réprouvés : "Jugez un homme
selon les œuvres de ses mains : rendez-leur ce qu'ils méritent, car ils ne
prennent pas connaissance des œuvres du Seigneur, ni des œuvres de ses
mains, vous les détruirez et ne les reconstruirez pas." (Psaume xxvii)
XI. Et enfin, ils induisent en erreur ceux en qui il
n'y a aucun signe de Dieu, c’est-à-dire la charité ou la vertu de foi. D'où
il est ordonné dans le livre de l'Apocalypse aux sauterelles, sous la forme
d'hérétiques, à ce qu'elles ne touchent pas le foin de la terre, ni le bois
vert, ni à aucun arbre, à l'exception seulement des hommes qui n'ont pas le
signe de Dieu sur leurs visages. Que signifie la terre ici, sinon la
sainte Église ? Tout comme il est écrit : "La terre se trouve dans
l'éternité." (Eccl. i) Le foin de cette terre, ce sont les croyants
d'origine, et ceux qui craignent le temps de la tribulation, mais jusqu'à
maintenant adhèrent à la foi et l'unité de toute l'Église à partir des
racines au nom du pouvoir. Que signifie d'autre le bois vert, sinon ceux qui
font preuve de courage, qui présentent la vie des fidèles par les origines
de leurs actes ? Que signifie donc l'arbre, sinon ces hommes nobles dans la
contemplation ou dans l'excellence de la vertu de leurs œuvres ?
XII. Les hérétiques donc ne font pas de mal à ces
trois types de fidèles, mais ils font du mal à ceux qui n'ont pas le "signe
de Dieu", c'est-à-dire la charité. Comme le dit le bienheureux Jean: "dans
ce (signe) se manifestent les enfants de Dieu et les enfants du diable." (I
Jean iii) Et le Seigneur : "Qu'ils sachent ceci : vous serez mes
disciples si vous avez de l'amour les uns les autres." (Jean xiii)
Soit le signe de Dieu est la puissance de Dieu, à propos de laquelle
Jean a également écrit : "C'est là la victoire, votre foi, qui conquiert le
monde." (I Jean v) Par conséquent, ces hommes qui n'ont pas le signe
méritent de souffrir, tout comme "ceux qui sont dans la poussière
continueront d'être sales." (Apoc. xxii) "Il sera consumé par
l'iniquité de ses péchés." (Ps. vii) Ils méritent d'avoir des
enseignants tels que ceux qui méprisent Dieu, le seul enseignant, à travers
lesquels, étant aveugles, les aveugles tombent dans un fossé. Ce qui est dit
dans Osée aux Hérésiarques : "Vous êtes devenus un piège pour les espions,
un filet tendu sur le Thabor." (Osée v) Ils sont des pièges et des
filets dans lesquels sont pris ceux qui n'ont pas le signe de Dieu, dans
leur recherche des choses célestes que les hérétiques leur ont promises.
XIII. C'est donc à juste titre que les hérétiques
ont été qualifiés de sauterelles insatiables, d’insectes nuisant aux fruits
avec leur bouche plus que d'autres petits animaux. Car "ils ne sont pas
restés dans la vérité, mais se sont éloignés de nous, parce qu'ils n’étaient
pas comme nous. S'ils l'avaient été, ils seraient restés tout le temps avec
nous." Au cours du débat, ils se positionnaient comme s'ils sautaient, ayant
été défaits dans une erreur, ils s’enfuyaient vers une autre parcelle de
raison, toujours sautillant de peur de paraître vaincus. Vraiment ils font
du mal avec leur bouche, parce que, tout comme il est écrit : "Ils ont
aiguisé leur langue comme des serpents, et ils ont le venin des vipères dans
leurs lèvres." (Psaume cxl) Ils aiguisent leur langue comme des
serpents afin de séduire les cœurs des innocents par des paroles douces et
des bénédictions. Et pour eux, le venin de la vipère n'est pas dans leurs
lèvres, mais sous celles-ci, parce qu'ils font leur mal, pas ouvertement,
mais secrètement et à la manière des serpents, à travers la langue, ils
inoculent le poison mortel du péché avec une morsure. C’est pourquoi, plus
que les autres hommes dépravés, qui sont décrits comme de petits animaux,
ils nuisent aux fruits avec leurs bouches, c'est-à-dire qu’ils endommagent
les œuvres et le pouvoir de certains hommes fidèles. Par conséquent, ils
dépouillent et corrompent ces choses qu'ils ne portent pas en eux : et par
conséquent, ils sont soit privés de toute la foi catholique, soit ils en
doutent. Car la gravité de leur mal est évidente d’après les paroles du
bienheureux Jacques, qui a dit : "celui qui hésite" (en effet, dans la foi)
"est semblable à une vague de la mer, agitée par le vent ... cet homme ne
doit pas s'imaginer qu'il recevra quelque chose du Seigneur." (Jacques i)
XIV. En effet, l’avare mérite aussi d’être séduit,
pour la plupart, selon la mesure de ses propres péchés. D'où il est écrit
que le diable s’est adressé à Achab, un roi, mais adorateur d'idoles. "Je
vais tromper Achab. Et on lui demanda : ‘De quelle façon vas-tu le tromper
?’ Et il répondit : ‘Je vais avancer et je serai un esprit de mensonge dans
la bouche de tous ses prophètes." (II Chron. xviii) Car le roi Achab,
avec ses nombreux péchés passés, le méritait et devait être condamné par une
telle tromperie : à ce jour celui qui voulait souvent tomber dans le péché,
car il ne voulait pas être contraint de payer la pénalité. L’anarchie cachée
dans le jugement est donnée aux esprits malins afin que ceux qu'ils veulent
tourmenter dans les liens du péché, ils ne veulent pas encore les entraîner
dans la récompense de leur iniquité.
XV. Aussi celui qui ne s'écarte pas de la vie
réprouvée, qui ne détourne pas son esprit de la pratique des péchés, chaque
fois qu'il exige quelque chose d'un prophète, il entend ces choses que Dieu
a placées là, que celui qui doit être damné mérite d'entendre. Voyez que
même la maison d'Israël a abandonné l’adoration de Dieu pour se livrer à
l’adoration des idoles. Ils se sont toutefois tournés avec espoir vers les
prophètes, qui les ont souvent trompés, exigeant d’eux des messages
favorables. Bien qu'ils (ceux qui faisaient quelque chose de mal) aient
entendu des choses favorables de la bouche des prophètes, que pouvaient
faire d'autre les jugements célestes, sinon agir afin que le pécheur soit
pris au piège dans son propre cœur ? Ainsi, d’une telle manière un homme
commet un crime en suivant la perfidie, dans la mesure où il a été trompé
par les sermons flatteurs de ses prophètes, même s'il ne craint pas encore
beaucoup d'avoir commis un crime, et autant qu'il puisse vivre en sécurité
dans son péché, autant il peut ensuite être sévèrement arraché à sa
punition.
XVI. Mais voyez que, par les largesses de Dieu, les
humains confessent publiquement la vraie foi et refusent d'être subordonnés
à d’autres créatures dans l'adoration. C'est pourquoi, quiconque consulte un
prophète dans une position de foi le fait en toute sécurité, car il entendra
ce qui est digne d’être entendu pour sa foi. Je parle avec confiance qu'il
est sûr s'il se retire des autres personnes impures et des actes dépravés.
Car, comme le proclame Paul: "et aussi l'avarice, qui est la condition d'un
esclave aux idoles." (Gal. v) Celui qui est encore aujourd'hui
l'esclave de l'avarice n'est pas libre de l'adoration des idoles. Si donc
celui qui se lie à l'avarice, semble être fidèle, mais sollicite d'autres
choses étranges, désire recevoir des récompenses terrestres, aspire à la
gloire terrestre et, en ce qui concerne cette même gloire, consulte un
prophète, il est plus juste que, en raison de son péché, il entende
justement des paroles favorables de la bouche du prophète, dans la mesure où
il ne veut pas entendre les paroles de Dieu dans l'éloquence sacrée sur la
façon dont il devrait mépriser les affaires terrestres et aimer les affaires
célestes ; que, par la volonté de Dieu, il entende cela de la bouche de son
prophète, d'où il peut sombrer, lié plus fortement.
XVII. Voyez qu'il est clair à partir de là que ces
hommes cupides dans le culte des idoles ne sont pas libres, même s’ils
peuvent sembler avoir la foi. D'où, par la volonté de Dieu, ils entendent
cela de la bouche de leur propre prophète, d'où ils tombent, liés. Et
permettez-moi de dire en général qu'Il entend celui qui ne modélise pas sa
vie réprouvée, et Dieu expose les choses que les damnés sont dignes
d'entendre, en effet, c'est un cas où les guides des aveugles sont eux-mêmes
aveugles.
Chapitre VIII
Contre leur déclaration selon laquelle les femmes
peuvent prêcher
I. En plus de commettre les erreurs que j'ai déjà
mentionnées, ils se trompent plus gravement, car ils permettent aux femmes,
qu'ils admettent dans leur partenariat, d'enseigner, même si cela est
contraire à la doctrine de l'Apôtre. Car il est écrit : "Que les femmes se
taisent dans l'Église, car il ne leur est pas permis de parler, mais si
elles veulent apprendre quelque chose, qu'elles interrogent leurs maris à la
maison car il est malséant à une femme de parler dans Église." (I Cor.
xiv) Voyez que l'apôtre commande aux femmes de se taire dans le bâtiment
de l'église, ou dans les congrégations de fidèles, mais pas lorsqu'il s'agit
de parler de Dieu ou de le louer. Il veut dire qu'elles ne doivent pas
parler des questions de doctrine, et elles ne doivent pas poser de questions
dans l'Église sur le sujet en discussion, mais plutôt à leurs maris à la
maison. Il dit plus clairement ailleurs : "Que la femme apprenne en silence
chaque sujet. Il n'est pas permis à la femme d'enseigner, ni de se rendre
maître sur son mari, mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été
créé d'abord, et Ève ensuite. Et Adam n'a pas été séduit, mais cette femme a
été conduite à la honte." (I Tim. ii) Voyez que l'Apôtre dit
clairement que la femme doit se taire quand elle apprend et ne doit pas
remettre en question un érudit de l'Église. Il lui est également interdit
d'enseigner, et de se rendre maître sur son mari, pour deux raisons : d'une
part, parce qu'elle a été créée après l'homme, et d'autre part, parce
qu'elle a été séduite dans la désobéissance à la loi de Dieu, comme s’il
(l'Apôtre) avait dit : elle n'est pas un homme.
II. Donc, en raison de l'argument du temps (elle a
été créée après), et de sa faute établie, une femme n'est pas autorisée à
enseigner ou de se rendre maître sur un homme, et elle ne peut pas non plus
remettre en question un érudit, car au service de son péché, qu'elle s’est
infligée à elle-même, elle doit toujours être modeste et éviter l’apparition
publique plutôt que de la rechercher. En outre, le bienheureux Pierre a dit
: "Que les femmes soient soumises à leurs maris, afin que, même si certains
ne croient pas en la Parole, ils puissent en tirer profit à travers le
comportement muet de leurs femmes, ils réfléchiront avec révérence à votre
mode de vie saint." (I Pierre iii) Voyez qu'il est clairement indiqué
ici comment les femmes fidèles doivent apporter des bienfaits à leurs maris
infidèles, en effet à travers l'exemple de leur mode de vie saint, et par
l'exemple de leur prédication sans paroles. Pour cette raison, je soutiens
que si elle ne peut pas éduquer son mari par la parole (mais par l’action
seulement), elle est encore moins en mesure d'enseigner aux autres en
utilisant des mots. Car il est fort à craindre que le vieil ennemi, faisant
usage d'un art primitif, pourrait séduire un homme à travers le discours de
son épouse. C'est ce qu'il a dit à Job par l'intermédiaire de sa femme :
"Restes-tu toujours dans ta simplicité ? Loue Dieu" (c'est-à-dire, maudis
Dieu) "et meurs". (Job ii) Mais son mari, parfait en toute sérénité
et patience, l’a repoussé en disant : "Tu parles comme l'une des femmes
stupides." (ibid.) Et aussi, bien que placé dans le tas de fumier, il
a conquis le (diable) qui a renversé le premier homme dans le paradis. C’est
ce qui est dit dans les lois aux femmes : "Vous vivrez sous le pouvoir d'un
homme." Toujours dans le témoignage de l'Apôtre : "Si une femme prend soin
de ses cheveux, elle sera glorifiée, car ses cheveux lui ont été donnés pour
servir de voile." (I Cor. xi) Voyez quelle doit être l'ambition d'une
femme : elle doit se voiler comme un signe certain de sa soumission : "Car
le chef d'une femme est un homme." (Éph. v) Et aussi : "Toute femme
qui prie ou qui prophétise sans tête voilée souille sa tête." (I Cor xi.)
Et plus loin : "L'homme n'a pas été créé à cause de la femme, mais la femme
à cause de l'homme. Par conséquent, à cause des anges une femme ne doit pas
avoir le pouvoir sur la tête [c'est-à-dire sur l'homme]." (ibid.)
Pour ces hommes, le signe de la piété et de la sainteté est réjouissant.
III. Avec quelle audace une femme se permet-elle
d'enseigner la parole de Dieu en public, alors qu'elle ne devrait ni
prophétiser ni prier Dieu lui-même, à moins d’être voilée. Et si le chef
d'une femme est un homme, de quel droit ose-t-elle enseigner un homme, qui
est son propre chef, en effet ? Et si elle doit porter le voile en signe de
soumission et de chasteté, afin de se souvenir de son péché, pour lequel
elle a été punie dès son premier acte de désobéissance, et afin d’être
soumise à son mari. De même, puisqu'elle est soumise, elle ne doit pas
prétendre enseigner la loi de la liberté. Ainsi en est-il ordonné dans les
décrets de la division 23, par le sixième Concile de Carthage : "Une femme,
aussi instruite et sainte soit-elle, ne doit pas se permettre d'enseigner
aux hommes dans une assemblée. Mais un homme laïc, en présence de
dignitaires religieux, ne doit pas oser enseigner à moins que ces clercs ne
le lui demandent."
IV. En outre, la glorieuse Vierge, mère de Dieu, qui
"gardait précieusement chaque parole" se montra capable de "les transférer
dans son propre cœur." (Luc ii) et on ne dit pas qu'elle a prêché ;
en outre, pas plus que Marie-Madeleine, ni aucune autre de ces femmes qui
ont suivi le Seigneur.
V. Mais, disent les ennemis de la vérité, les femmes
devraient prêcher, à cause de ce que l'Apôtre dit à Tite. Il a dit
d'instruire "les femmes âgées afin qu'elles vivent de manière similaire à
ceux qui mènent une vie sainte, qu'elles ne soient pas criminelles, ni
esclaves du vin, mais enseignantes du bien, afin qu'elles puissent enseigner
la prudence aux jeunes femmes afin qu'elles aiment leurs maris et prennent
soin de leurs enfants, afin qu'elles soient prudentes, chastes, sobres, et
prennent soin de leur maison, de bonne humeur, soumises à leurs maris, afin
qu'il n’y ait aucun blasphème contre la Parole du Seigneur." (Tite ii)
Cela doit être noté. L'Apôtre ne dit pas que les femmes âgées doivent
enseigner à leurs maris en public, mais qu'elles devaient instruire les
jeunes femmes en privé, et ce, uniquement dans le but de leur enseigner la
modestie qu’elles adopteront par la suite. Il permet, cependant, seulement
aux femmes âgées, qui devancent les adolescentes en âge et en maturité de
comportement, d'enseigner ces choses qui sont communes aux hommes âgés, que
l'Apôtre considère comme supérieurs : que les hommes soient sensibles,
modestes, chastes, sains dans leur foi et dans leur amour et leur patience.
Qu'ils aient ces qualités que l'Apôtre leur attribue, au nom de leur sexe,
quand il leur commande de mener "un mode de vie saint", et ainsi de suite.
Les hérétiques sont donc réfutés, en ce sens que les femmes ne peuvent pas
enseigner l'hérésie aux sages, mais selon les mots prêchés, cependant, elles
ne peuvent pas enseigner, à l'exception des femmes âgées et expérimentées,
et celles-ci ne peuvent à leur tour enseigner personne d'autre que les
jeunes femmes. Non, plutôt, il est clairement décrété qu'elles (les jeunes
femmes) ne peuvent pas enseigner ; c'est parce qu'elles ne sont pas solides
dans la foi, et il a été prouvé de manière irréfutable que celui qui n’est
pas solide dans la foi n'est pas obéissant, comme cela a été démontré
ci-dessus.
VI. Ils s'efforcent en outre de confirmer cette
erreur à travers l'exemple de la prophétesse Anne, qui (par le témoignage de
l'Évangéliste) à l'heure même où le Seigneur a été amené au temple, est
apparue subitement et a commencé à confesser le Seigneur et à parler de lui
à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël.
VII. Mais qu'ils prennent note de ce qu’Anne était.
Son mari était mort, et elle était veuve depuis quatre-vingt-quatre ans,
"qui n'a pas quitté le temple, jour et nuit, adorant par le jeûne et la
prière." (Luc ii) Donc à juste titre une prophétie lui a été donnée
pour son abstinence quotidienne, sa continence et sa prière ininterrompue.
Que quelqu’un me présente une femme d’une telle nature et je l’écouterai
volontiers, non pas pour écouter son enseignement, mais pour l’entendre
confesser ses péchés à Dieu, ou confesser au Seigneur dans une confession de
louange. Et il n'est pas dit ici, qu’elle a enseigné ou prêché, mais
qu'"elle a parlé de Christ à tous ceux qui attendaient la rédemption
d'Israël." (ibid.) Prêcher et parler ne sont pas la même chose. Car
tous ceux qui prêchent ou enseignent parlent, mais ce n’est pas tous ceux
qui parlent qui prêchent ou enseignent. Car un homme parle quand il prie,
mais on ne dit pas qu’il enseigne. Elle parlait donc au sujet du Christ en
confessant, c’est-à-dire, en louant ou en prophétisant, et non en
enseignant. Car les dons de l'Esprit, la prophétie et la doctrine, sont
différents, ce qui peut être évalué à partir des paroles de l'Apôtre quand
il dit : "Maintenant, frères, si je viens à vous, parlant en langues, à quoi
vous servirais-je, à moins que je ne m'adresse à vous dans la révélation,
dans la connaissance, dans la prophétie ou dans la doctrine ?" (I Cor.
xiv) Et aussi : "Lorsque vous vous assemblez, frères, l'un d'entre vous
a un psaume, un autre un enseignement, un autre une révélation, un autre un
message en langues étrangères et un autre une explication pour cela. Tout
cela contribue à l'édification de l'Église." (ibid.) Et aussi : "Vous
êtes tous le corps de Christ, chacun en est une partie. Et Dieu a en effet
placé ceux-ci dans l'Église ; d'abord les Apôtres, puis les prophètes, puis
les hommes érudits, puis les vertueux, et après eux les gens qui ont le
pouvoir de guérir, ceux qui offrent de l'aide, les dirigeants, et ceux qui
parlent des langues étrangères." (I Cor. xii) Et aussi "Certains
reçoivent par l'Esprit une parole de sagesse, tandis que d'autres reçoivent,
par ce même Esprit, une parole de connaissance. Ce même Esprit donne la foi
à un, à un autre le même Esprit donne le pouvoir de guérir, à un le pouvoir
de faire des miracles, à un autre la prophétie. À l’un il donne la
possibilité de distinguer les dons qui sont donnés par l'Esprit de ceux qui
ne le sont pas, à un autre il donne la capacité de parler en langues
étrangères, à un autre la capacité d'interpréter ce discours." (ibid.)
Donc puisque l’un est le don de prophétie, mais l'autre est le discours
d'enseignement, j'affirme avec certitude qu’Anne, ou d'autres femmes comme
elle, étaient des prophètes, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il faille
les considérer comme des enseignants. À d'autres égards, l'Apôtre interdit
cela, car les deux choses sont différentes.
Chapitre IX
Contre leur argument selon lequel les aumônes des
vivants n'aident pas les morts ; le jeûne, les rites de la Messe et d’autres
arguments
I. Et puisque c'est la mauvaise tendance des
pécheurs de tomber dans des choses bien pires (à moins qu'ils récupèrent
leurs sens), "de sorte que ceux qui font le mal continuent à faire le mal,
et ceux qui sont dans la poussière continuent à être sales, de sorte que le
mal des pécheurs soit épuisé," (Apoc. xxii) ces hérétiques insensés
osent déjà dire à ceux qu'ils séduisent : les aumônes des croyants vivants
ne sont d'aucune aide pour les morts, pas plus que le jeûne, la prière, ni
même la célébration des messes, ni les prières faites en leur nom. Cette
hérésie doit être réfutée d’abord par les autorités canoniques, ensuite par
les écrits des pères catholiques et par le raisonnement catholique.
II. Il est écrit dans le Livre des Maccabées :
"Judas était un homme d'une telle force morale de sorte que quand une
collecte d'argent a été faite, il envoya douze mille drachmes d'argent à
Jérusalem, afin que le sacrifice puisse être offert pour les péchés des
morts." et ainsi de suite (II Macc. xii) Voyez que cet homme était
plein de foi, brûlant de zèle pour la Loi de Dieu, priant beaucoup pour le
peuple de Dieu, consacré à Dieu, résistant aux tyrans, luttant au nom de la
Loi de son Dieu jusqu'à la mort, pour ceux "qui ont reçu la mort avec
piété." (ibid.) Il envoya douze mille drachmes à Jérusalem en guise
de don. L'Église catholique lui a donné une nomination afin qu'il puisse
prêcher publiquement et servir d'exemple, en faisant des offrandes au nom
des croyants morts, afin qu'ils puissent être absous de tous leurs péchés et
se réjouir en Dieu sans fin.
III. Certes, nous lisons dans le Nouveau Testament
que nous devons cesser la circoncision et certaines autres pratiques de
l'Ancien Testament, mais nulle part on peut lire que les sacrifices au nom
des fidèles morts ne sont pas autorisés. En effet,
il est plutôt vrai que
parmi
les péchés de beaucoup de croyants, certains sont
absous ici (sur terre), mais certains le seront dans l'avenir. D'où il est
écrit dans le Livre des Maccabées : "Il est saint et approprié de décider de
prier pour les morts, afin qu'ils puissent être absous de leurs péchés." (ibid.)
Mais aussi le Seigneur a dit : "Mais celui qui prononcera des paroles contre
le Saint-Esprit ne sera pas pardonné, ni dans cette vie ni dans l'avenir." (Matt.
Xii) Cet argument permet de comprendre que certains péchés peuvent être
pardonnés dans cette vie et d'autres dans l'avenir. Par conséquent, il peut
être clairement reconnu que ce qui est refusé à l'un est donné à d’autres
qui ont péché moins, ou moins gravement. Il s'agit par exemple des paroles
incessantes et futiles, des rires inconvenants, des péchés concernant les
affaires familiales, ce qui se fait presque sans faute, ou par ceux qui
savent s'efforcer d'éviter ce genre de fautes. Sont également incluses les
erreurs commises par ignorance dans les domaines qui ne sont pas graves.
C'est ce que dit
le bienheureux Augustin dans
son Enchiridion : "Il ne faut pas nier que les esprits des morts sont
apaisés en raison de leur piété alors qu'ils étaient en vie, chaque fois
qu’un intermédiaire offre un sacrifice en leur nom ou que des aumônes sont
offertes dans une église." Et aussi : "chaque fois que des sacrifices sont
offerts, que ce soit sur les autels ou sous forme d’aumônes, au nom de
tous les baptisés, ce sont des actions de grâce pour les très bons hommes,
ceux qui sont destinés aux très mauvais, même s’ils ne sont d'aucun secours
pour les morts, sont une sorte de consolation pour les vivants, et ceux qui
sont offerts pour les pas très mauvais sont miséricordieux. Mais ils les
aident, ou au moins leur apportent cette aide, afin que leur rémission soit
complète, ou au moins que la damnation elle-même soit plus tolérable.
IV. En outre, il existe de nombreux exemples
montrant comment les prières des vivants aident les Chrétiens qui sont
morts. Considérons, d'après le témoignage du bienheureux Grégoire, l'évêque
Germain de Capoue, qui a visité les thermes d’Angulanum pour le bien de son
corps, sur les conseils de ses médecins, afin qu'il puisse être lavé. Il a
rencontré Paschasius, le diacre du siège apostolique, déjà mort, qui était
un homme d’une sainteté miraculeuse, disponible pour les plus grandes œuvres
de l'aumône, aideur des pauvres et humble, debout en prière dans le bain
chaud. Il a demandé ce qu’un si grand homme comme lui faisait là. Paschasius
a répondu qu'il avait été envoyé à cet endroit en guise de punition parce
qu'il avait pris le parti de Laurence contre Symmaque, et parce que Symmaque
avait été rejeté, Laurence avait été nommé Pape, bien que de nombreux autres
croyants s'y soient opposés, et
qu'ils fussent d'une plus grande autorité. Il a dit cependant, "Je
vous demande de prier le Seigneur pour moi, et en cela vous savez que vous
serez exaucé. Si alors vous revenez à ces bains, vous ne me trouverez pas
ici." Germain, homme de Dieu, se mit à prier. Quelques jours plus tard, il
revint, mais il n'y trouva personne, tout comme Paschasius l’avait prédit.
V. Dans le même livre, le bienheureux Grégoire
répond à l'épisode où Pierre demande ce qui peut être fait pour aider les
âmes des morts. "Même si les péchés ne peuvent pas être pardonnés après la
mort, la sainte offrande d'un sacrifice sain bénéficie néanmoins
habituellement aux âmes après la mort, même que les âmes des morts semblent
parfois le souhaiter elles-mêmes." Car, quand un certain prêtre, dans le
diocèse de la ville de Centumcellensis, avait l'habitude de se laver dans
les bains chauds aussi souvent que la nécessité de son corps l'exigeait, un
homme inconnu enlevait les chaussures de ses pieds avec une grande
déférence, et il admirait ses vêtements et lui fournissait des serviettes
lorsqu’il sortait du bain chaud, et s’occupait de tous ses besoins. Et comme
cela se produisait de plus en plus souvent, un jour, comme il priait pour
lui-même, il donna à l'homme deux couronnes de l’offertoire, espérant
qu’elles seraient acceptées avec reconnaissance, parce qu'elles étaient
offertes dans un élan de charité, mais l'homme a refusé humblement cette
offrande, et dit, entre autres choses : "Si vous voulez me soutenir, faites
une offrande de ce pain à Dieu Tout-Puissant en mon nom, et vous
intercéderez en faveur de mes péchés, et vous saurez que vous avez été
entendu lorsque vous reviendrez aux bains pour vous laver et que vous ne me
trouverez pas ici." Après ces mots, il disparut, et celui qui semblait être
un homme fut reconnu comme ayant disparu, parce qu'il était un esprit. Et ce
même prêtre pendant sept jours consécutifs s’est affligé en larmes au nom de
l'autre homme, et tous les jours a offert un animal sain en sacrifice. Quand
il est retourné aux bains après, il n'a pas trouvé l'homme là-bas. Cet
exemple montre à quel point les sacrifices et les aumônes font du bien aux
âmes, lorsque ceux qui sont parmi les vivants recherchent eux-mêmes les
esprits des morts et déclarent les signes par lesquels, à travers les
aumônes, ils semblent être absous.
VI. Un certain moine aussi, dans le monastère du
bienheureux Grégoire, pleurant amèrement la perte de trois pièces d'or qu'il
avait cachées comme si elles étaient les siennes, était méprisé par ses
frères, qui ne voulaient pas s’intéresser à sa mort, et il n'a pas eu droit
à l'enterrement de ses frères. Trente jours après sa mort, après que le
bienheureux Grégoire eût délibéré sur la question, une victime saine a été
sacrifiée pendant trente jours consécutifs. Et après cela, lui apparaissant
dans un rêve, il a dit qu'il allait bien et qu'il avait reçu la communion,
puisque les offrandes avaient été faites en son nom pendant trente jours.
VII. Voyez qu'il ressort clairement de ces exemples
que les prières et le sacrifice d'une victime saine apportent une grande
aide aux âmes des défunts, car à travers ces choses le Paschasius
susmentionné a été absous du péché de discorde et de division, comme le fut
ce moine de l'erreur de la convoitise, à la suite de l'amertume logée dans
son âme après la mort et à la suite des feux purificateurs de trente jours
de tourment.
VIII. Cet argument est renforcé et confirmé par
cette preuve, qui dissipe tout doute, ainsi que par la pratique établie de
longue date de l'Église catholique, qui est, comme le dit l'Apôtre, "l’appui
et la colonne de la vérité." (I Tim. iii) Il prie pour les âmes des
croyants défunts, tant dans les cérémonies sacrées de la messe qu’ailleurs.
Et en effet, si aucune autre autorité n’était à portée de main, cet exemple
ou cet argument devrait suffire : c'est-à-dire la coutume de la Sainte
Église qui est en vigueur depuis longtemps. Car si "dans la bouche de deux
ou de trois témoins chaque mot est valable," (II Cor. xv), combien
plus important est-il que toute l'Église dans le monde entier le proclame
ensemble, car l'Esprit Saint, comme le Seigneur l'a dit, enseigne toute la
vérité. Cela remplit le globe de la terre, c’est-à-dire la Sainte Église,
qui est partout dans le monde, et ne permet pas que la vérité soit cachée.
Car la vérité est les sept cierges au-dessus du candélabre du tabernacle.
Elle a sept parties parce que par la grâce de l'Esprit Saint, elle est
synonyme de l'Église catholique, de sorte qu'elle ne soit pas placée dans
les ténèbres du péché.
IX. Et ainsi, ces exemples viennent étayer la raison
catholique. Car, comme l’a dit saint Augustin: " Il existe une manière de
vivre qui n’est pas si bonne au point de ne pas avoir besoin de ces choses,
et une autre qui n’est pas si mauvaise au point que ces choses ne puissent
lui être utiles après la mort. Il existe une vie bonne qui pourrait ne pas
avoir besoin de ces choses, et aussi, il y a quelque chose dans le mal qui
peut ne pas être aidé par ces choses quand il quitte cette vie. Par
conséquent, ces choses sont bénéfiques pour ceux qui ne sont pas très
mauvais, et elles sont les actions d'une bonne vie. Il n'y a rien qui puisse
aider les très mauvais après la mort, à l'exception du réconfort (quel qu'il
soit) des hommes vivants."
X. Il n'est pas étonnant que la bienveillance ou les
prières des vivants soient d'une aide physique pour les morts dans
l'absolution de leurs crimes, alors qu’elles sont d'un avantage spirituel
aux morts pour l'abolition de la tache criminelle de la fausseté ou d'autres
péchés. Le Saint-Étienne a prié pour ceux qui sont tombés, et Paul a été
converti. Ils ont prié pour un homme boiteux, que quatre hommes portaient,
et ses péchés ont été retirés de lui et la santé a été restaurée à son
corps.
XI. En outre, le Christ a été placé physiquement
dans le sépulcre, mais spirituellement, lorsqu'il est descendu aux enfers,
il a fait sortir ses propres hommes : quoi d'étonnant donc à ce que les
élus, descendant au purgatoire, en soient ensuite ressortis lorsqu'une
victime est sacrifiée en leur nom, qui permettra de sauver l'âme de chacun
de la ruine éternelle, dont nous sommes sauvés par la mort mystérieuse du
fils unique ? Et si une prière faite au nom d'un autre lui est profitable,
quoi d'étonnant à ce que l'aumône ou le jeûne se révèlent bénéfiques ? Il y
a ces paroles de l'Apôtre : "Priez sans cesse". (I Thess. v) Saint
Augustin a dit : "Il n'est jamais bon de cesser de prier, à moins que l'on
cesse d'être juste. Celui qui fait toujours de bonnes choses prie toujours."
XII. Et aussi : "Tout comme nous avons beaucoup de
membres dans notre seul corps, mais que tous les membres ne font pas la même
chose, de même nous sommes plusieurs, mais nous formons un seul corps en
Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres, mais Dieu gouverne
le corps, afin qu'il n'y ait pas de division (c’est-à-dire de discorde) dans
ce corps." (Rom. xii) Le corps signifie l'Église, où il devrait y
avoir unité, "mais dans ce corps lui-même les membres prennent soin les uns
des autres." (I Cor. xii) Ils doivent prendre soin, dis-je, dans ce
corps, qui lui-même a la particularité de se soucier des autres,
c’est-à-dire qu'il ne faut pas agir au profit d'un autre moins qu’au profit
de soi-même. "Si un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui, et
si un membre est glorifié, tous les autres membres se réjouissent." (ibid.)
XIII. Il est donc clair que, tout comme les
différents membres sont rassemblés et vivent dans le même corps, de même
différents membres sont dirigés dans le même Esprit du Christ et sont
conservés dans Son unité. D'où il est que tous les hommes fidèles ont soin
les uns des autres, fondés dans le corps de Christ : ainsi, si l'on souffre,
les autres sont compatissants. Et en effet, puisque certains souffrent les
feux du purgatoire, les autres doivent les aider et leur montrer de la
compassion "avec une sollicitude qui n'est pas du tout paresseuse." (Rom.
xii) Ils doivent travailler comme s'ils travaillaient pour leur propre
compte, afin que d'autres puissent être absous. C’est pourquoi, par le
jeûne, la veillée, l'aumône et d'autres actions pieuses, ces remèdes
apportent une aide à la fois pour les vivants et pour les morts, établis
dans le corps du Christ, à travers l'unité de la foi et le lien de l’amour.
XIV. Et rien d'étonnant : "Il est le saint et le
véritable, qui a la clef de David, qui ferme et personne n'ouvre, qui ouvre
et personne ne ferme, qui a les clefs de la mort et de l'enfer, qui entend
les désirs des pauvres et prête une oreille à leurs prières." (Apoc. iii),
de sorte qu'Il puisse absoudre ceux que l'Église absout et lier ceux que
l'Église lie, tout comme Lui-même l’a dit : "Tout ce que vous lierez sur la
terre sera lié dans les cieux, et tout ce que vous délierez sur la terre
sera délié dans les cieux." (Matt. xvi) Donc, s’il y a ceux que
l'Église a libérés sur la terre, ils sont libérés dans le ciel, qu’ils
soient vivants ou morts, (tant qu'ils sont ou étaient) des croyants. Car il
a dit tout.
XV. Pourtant, il est écrit dans le livre des
Dialogues que le bienheureux Benoît, à cause d'un péché de la langue, a
excommunié deux femmes chastes à moins qu'elles ne se corrigent ; celles-ci,
n'ayant pas modifié leurs habitudes antérieures, moururent peu de temps
après et furent enterrées dans l'Église. Mais quand le sacrifice dans la
Sainte Communion fut accompli, on les vit quitter l'église. Le jugement fut
prononcé par le Bienheureux Grégoire : il fit une offrande de sa propre
main, ordonnant qu'elle soit offerte en leur faveur. Une fois que l'offrande
fut faite pour elles, aucune d'entre elles ne fut vue quitter l'église. En
effet, elles reçurent la communion du Seigneur par l’intermédiaire du
serviteur du Seigneur. On voit donc clairement à quel point les offrandes
aident considérablement les âmes des fidèles défunts. Il fut jugé digne
d’accorder cela, car Dieu s'est fait chair pour les hommes, afin de pouvoir
juger la chair à partir des âmes.
XVI. Les ennemis de la vérité s’y opposent
cependant. Ils disent que rien ne peut nous aider après la mort. Ils
apportent ce témoignage à la preuve de leur propre erreur. Car le Seigneur a
dit : "Marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne
vous surprennent." (Jean xii) Et l'Apôtre dit : "Voici maintenant le
temps favorable, voici maintenant le jour du salut." (II Cor. vi) Et
aussi : "Même si nous en avons le temps, faisons du bon travail pour tous,
mais surtout pour les membres de la famille de la foi." (Gal. vi) Et
Salomon : "Fais immédiatement tout ce que ta main peut faire, parce que ni
le travail, ni la raison, ni la science, ni la sagesse n’existeront dans
l’enfer où tu te précipites." (Eccles. ix) Et David : "Puisque Sa
miséricorde est sur la terre." (Psaume cxvii) Il ressort clairement
de ces paroles que celui qui a méprisé de marcher dans la voie de Dieu
pendant cette vie est consumé après la mort par l'obscurité du châtiment,
car la miséricorde de Dieu est accordée à ceux qui font de bonnes œuvres.
Pour les hommes méchants, cependant, il n'y aura pas de pitié après que
leurs vies soient terminées, mais le jugement de Dieu, car ils ne sont alors
plus en mesure de se procurer de l’aide ni la sécurité. Dans ces
circonstances, les morts ne sont pas en mesure de bénéficier de la
protection ou de la considération de la bonté des vivants. Car, d’après le
témoignage de l'Apôtre : "Nous devons tous comparaître devant le tribunal de
Christ afin que chacun reçoive le bien ou le mal, selon ce qu'il a fait avec
son corps." (II Cor. v) Voyez que, selon ces termes, chaque homme
recevra en jugement le bien ou le mal qu'il a fait avec son corps. On peut
en déduire qu’après la destruction du corps, il n'y a aucun avantage pour un
homme si un autre fait quelque chose en son nom.
XVII. Pour comprendre cela, nous devons convenir que
ces autorités affirment qu'aucun homme n'est capable, après la mort, de
s'aider lui-même. Car aucun homme qui a négligé Dieu et qui meurt par la
suite ne peut mériter le mérite. Cependant, si quelqu'un, faisant une
offrande fidèle par charité, ferme le dernier jour, il peut être sauvé par
les prières des fidèles ou par des actes pieux. Car il mérite cela de sorte
qu'il puisse être aidé par les fidèles eux-mêmes, afin de pouvoir préserver
sa foi dans une vie fidèle, et exister en tant que membre du corps du Christ
parmi les autres membres. En ce qui concerne cela le bienheureux Augustin
disait : "Que chaque désert soit préservé, à partir duquel une personne peut
être libérée après la fin de cette vie, ou avec lequel elle peut être
submergée. Que personne qui a négligé cela ne se prépare à être pardonné par
Dieu après avoir quitté le monde." Par conséquent, ces choses, auxquelles
l'Église s’attache trop souvent pour la consolation des morts, ne sont pas
contraires à l'opinion apostolique, car, comme il est dit : "Nous
comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ, afin que chacun puisse
recevoir soit le bon soit le mal, en fonction des actions qu'il aura
accomplies," (Rom. xiv)
que chacun établisse
pour lui-même ses mérites, tandis qu'il vit
corporellement, de sorte que ces choses puissent lui être utiles. Car
celles-ci ne sont pas bénéfiques à tous. Et pourquoi ne profitent-elles pas
à tous, si ce n’est en raison des différents modes de vie que chacun a menés
dans son corps ? Le bienheureux Grégoire a déclaré : "Il faut savoir que
chacun n’obtiendra rien des péchés mineurs qui justifient le purgatoire, à
moins qu'il ne le mérite par les bonnes œuvres qu'il a accomplies au cours
de sa vie, de sorte qu'il puisse l’obtenir." C’est pourquoi il dit que le
Paschasius susmentionné "a obtenu cela à travers les largesses de ses
propres aumônes, de sorte qu'il a alors pu mériter la grâce, car il ne
pouvait maintenant plus rien faire [pour lui-même]." Il faut comprendre que
ce que l'Apôtre dit dans le corps signifie le temps où nous vivons
dans le corps.
Chapitre X
Contre ceux qui nient le feu du purgatoire et disent
que les esprits, une fois libérés du corps, vont immédiatement au ciel ou en
enfer
I. Il y a de ces hérétiques qui prétendent que les
âmes, une fois délivrées du corps, montent immédiatement au ciel ou
descendent pour subir le châtiment de l'enfer, et ils nient l’existence du
feu du purgatoire. Les autorités, les preuves et la doctrine du catholicisme
orthodoxe s’opposent à cela. Car l'Apôtre dit que le Christ est le
fondement. Et il ajoute : "Si quelqu'un bâtit sur ce fondement avec de l'or,
de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, de la paille, le feu
éprouvera la qualité de l'œuvre de chacun. Si ce qu'il a bâti subsiste, il
recevra une récompense ; mais si son œuvre est consumée, il en subira la
perte, mais lui-même sera sauvé, comme s’il avait traversé le feu." (I
Cor. iii) Cet argument donc, en ce qui concerne le feu du purgatoire à
venir, doit être accepté.
II. Il faut donc considérer attentivement ce qui
suit : il dit qu'un homme peut être sauvé par le feu ; pas celui qui a
construit au-dessus de la fondation en utilisant le fer, le bronze ou le
plomb, c’est-à-dire les péchés les plus grands, et donc les plus permanents,
et alors ceux qui ne peuvent pas être rachetés, mais plutôt celui qui
construit avec du bois, du foin ou de la paille, c'est-à-dire les péchés
moindres et moins graves, que le feu consume facilement. Augustin, dans son
Enchiridion, a écrit : "Il n'est pas invraisemblable qu'un certain
nombre de fidèles restent insensibles ou soient mis en lumière à travers ce
feu du purgatoire, selon qu'ils aiment plus ou moins les bonnes choses qui
périssent, ils sont sauvés plus ou moins lentement ou rapidement ;
cependant, les hommes dont je parle n'hériteront pas du royaume de Dieu, à
moins qu’ils ne soient remis de leurs péchés, avec l'accord des repentants.
Je dis ‘en accord’ afin qu'ils soient sincères dans leurs aumônes."
Le bienheureux Jean-Baptiste a également dit aux gens au sujet de Christ :
"Il vous baptisera lui-même dans l'Esprit Saint et dans le feu." (Marc i)
En effet, le Seigneur purge les péchés par le baptême et par le feu, soit
par les souffrances du monde, soit par le purgatoire. Il est également écrit
: "Place un pot vide sur les charbons ardents jusqu'à ce que le bronze
s'échauffe, fonde et soit consumé par la flamme ardente." (Ézéch.) Le
pot représente toute âme fidèle, tantôt pleine de vertus et de bonnes
œuvres, tantôt vide, c'est-à-dire imparfaite. Et parce que l'esprit n'est
évidemment pas parfait dans les désirs et les œuvres sacrés, mais qu’il est
souillé par le rouge des péchés véniels, il est ordonné de le placer
au-dessus des charbons ardents du feu du purgatoire, afin qu'il soit
tourmenté par la chaleur du feu et que, dans ce feu, la souillure des péchés
moins importants soit consumée. Plus la tache du péché est grande, plus la
période séjour dans le feu est longue.
Chapitre XI
Contre ceux qui disent que les esprits des morts
n'entrent ni au ciel ni en enfer avant le jugement, mais sont contenus dans
un autre lieu de refuge
I. Il y a, cependant, ceux qui disent que les âmes
n’entrent ni au paradis ni en enfer avant le jugement. Ils affirment que les
âmes des justes sont détenues dans un lieu agréable de refuge et celles des
réprouvés dans un lieu de punition. Le refuge pour les âmes pieuses,
disent-ils, s'appelle le Paradis, tout comme le lieu de châtiment pour les
méchants s’appelle l'Enfer. Après le jugement dernier, les élus habiteront
les palais divins et les pécheurs seront précipités dans les tourments de
l'Enfer.
II. Mais ces hommes ne sont pas corrects dans leur
affirmation. Il existe en effet trois endroits qui accueillent les esprits
délivrés du corps. Le Paradis reçoit les esprits des parfaits, et l'enfer
ceux des très méchants. Le feu du purgatoire accueille ceux qui ne sont ni
très bons ni très méchants. Et tout comme un très bon endroit reçoit les
âmes des très bons, et un endroit plus mauvais reçoit les esprits les plus
mauvais, ceux qui sont moyennement perfides vont à un endroit qui est
modérément douloureux, un endroit moins sombre que l'enfer, mais pire que la
terre. L'Apôtre était l'un des très bons hommes, comme il l’a dit : "Je veux
être libéré et être avec Christ" (Phillip. i) Le Christ, cependant,
est à la droite de Dieu le Père, où par ailleurs il intercède pour nous. Par
conséquent, il ne fait guère de doute que celui qui veut être avec le
Christ, après la dissolution du corps, veut être dans les cieux, où le
Christ est. C’est pourquoi il a clairement dit aux Corinthiens : "Nous
savons que si notre demeure terrestre est détruite, nous avons un édifice
fait par Dieu, une maison qui n'a pas été construite, éternelle dans le
ciel." (II Cor. v) Voyez que l'Apôtre sait sans aucune ambiguïté
qu’après la dissolution de la maison terrestre, c'est-à-dire du corps, qui
est issu de la terre, il a une maison éternelle dans les cieux, non faite à
la main, (c’est-à-dire à l'aide d'un autre homme), mais plutôt par Dieu,
c’est-à-dire par l’œuvre divine. C'est pourquoi le Seigneur dit : "Là où il
y a un corps, là se rassembleront les vautours." (Luc. xvii) Parce
que les âmes montent au ciel une fois que la masse du corps a été dissoute,
là où le Christ se trouve, non seulement en fonction de la nature divine,
mais aussi en fonction de la nature humaine, par laquelle le corps monte
vers les cieux.
III. Et aussi : "Si quelqu'un m'aide, s’il me suit,
là où je suis, là aussi sera mon aide." (Jean xii) Et aussi : "Si je
m'en vais et que je vous prépare une place, je reviendrai ensuite et vous
prendrai avec moi, afin que vous soyez aussi là où je suis" (Jean xiv)
Et encore : "Père, ceux que tu m'as donnés, je souhaite les avoir avec moi,
afin qu'ils voient ma gloire, que tu m'as donnée." Grande est donc la
récompense de l'amour et des bonnes œuvres, et d'être avec Christ.
Chapitre XII
Contre ceux qui ne veulent pas prier à l'église et
affirment qu'il n'est pas nécessaire de faire des vœux à l'église. Ici, il
est prouvé qu’il faut prier à l'Église, qu'il faut y faire des prières et
qu'il faut la vénérer grandement. On répond ici aux objections de ces
hérétiques, qui disent, selon les paroles du bienheureux Étienne, ‘que le
Très-Haut n'habite pas dans des bâtiments faits de main d’homme,’ (Actes
vii) et donc pas dans l'église.
I. Alors qu'ils empilent péché sur péché, condamnant
dans leur discours à la fois la maison de Dieu et la maison de prière, ils
préfèrent prier dans des étables, ou dans leur propre chambre, ou dans des
chambres au trésor, plutôt que dans une église. Pire encore, ils s'efforcent
de persuader les femmes et le stupide qu'il n'y a pas d'église, et qu’ils ne
doivent pas prier.
II. Contre ces hommes, j'offre le témoignage des
Écritures sacrées, comme le bienheureux Pierre l’a enseigné : "de sorte que
ceux des fidèles qui ont la prescience de cela puissent se mettre sur leurs
gardes, de peur qu’ils ne soient entraînés dans l'erreur des insensés et
déchoir de leur propre position de sécurité." (II Pierre iii) Donc il
faut faire attention au fait que la maison de Dieu et l'église sont appelées
une maison de prière. Il est écrit dans les livres des Évangélistes combien
de révérence doit être démontrée. Le Seigneur a découvert des hommes vendant
des moutons et du bétail dans le temple, et des pigeons, il a trouvé les
changeurs assis, et quand il a fait une sorte de fouet à partir de cordes,
il les chassa tous hors du temple, les moutons et le bétail aussi, et
renversa les tables bondées des changeurs d’argent. Et il a dit ceci à ceux
qui vendaient des pigeons : "Allez-vous-en d'ici, et ne faites pas des
affaires dans la maison de mon Père." (Jean ii) Cela se trouve dans
Jean. Marc dit que le Seigneur ne permettrait à "personne de transporter un
vase à travers le temple, et il enseignait, en leur disant : ‘N'est-il pas
écrit que ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les
nations ? Et vous en faites une caverne de voleurs.’" (Marc xi)
Selon Luc, après avoir fait cela, "chaque jour, il enseignait dans le
temple." (Luc xxi)
III. Voyez qu'il appelle clairement le temple la
maison de son père et sa maison, et la maison de prière
non seulement pour lui-même ou les apôtres, mais aussi pour tous les hommes,
c'est-à-dire ces Juifs et Gentils choisis. Les hérétiques, cependant, ne
l’appellent ni la maison de Dieu, ni la maison de prière, et ils ne prennent
pas soin de prier avec les personnes choisies. Ils préfèrent prier dans
leurs propres maisons plutôt que dans la maison de Dieu. De cela, il est
clair qu'ils ne suivent le Seigneur Jésus-Christ, ni en paroles ni en actes,
tout en blasphémant le temple, qu'Il vénérait tant en paroles qu'en actes ;
ils ne prient pas non plus dans ce lieu où il est ordonné de prier. Car ils
suivent la bête (c'est-à-dire l'Antéchrist), qui comme il est dit dans
l'Apocalypse : "apparaît dans le blasphème de sa propre bouche, pour
blasphémer Son nom, Son tabernacle et ceux qui habitent dans le ciel." (Apoc.
Xiii)
IV. Ils blasphèment contre le tabernacle de Dieu
quand ils disent qu'ils préfèrent prier dans leur propre chambre ou dans une
étable plutôt que dans la maison de Dieu. Ils blasphèment le nom de Dieu
quand ils disent qu'Il n'a pas créé le monde et ne le gouverne pas. Ils
parlent en mal de ceux qui vivent dans le ciel quand ils disent que les
apôtres, les martyrs et les citoyens des cieux ne peuvent pas soulager
quelque souffrance des suppliants.
V. De plus, Il avait l’habitude d’enseigner dans le
temple, comme il est dit : "Il passait chaque jour à enseigner dans le
temple." (Luc xxi) Là, il écoutait les érudits, tout comme il a été
écrit au sujet de Ses parents : "Ils le trouvèrent dans le temple assis
parmi les érudits, les écoutant et les interrogeant." (Luc ii) Et
quand ils ont dit : "Nous te cherchions avec inquiétude," (ibid.) Il
a répondu : "Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas que je dois être
là où est mon père ?" (ibid.) Voyez que quand il a été découvert dans
le temple, il a répondu que c'était le temple de Son Père et qu’il devait
être là.
VI. À ce sujet, il est écrit dans l'Évangile de Luc
à propos des disciples après l'ascension du Seigneur : "Ils étaient toujours
dans le temple louant et bénissant Dieu." (Luc xxiv) Et après la
venue du Saint-Esprit, tout comme il est écrit dans les Actes des Apôtres :
"Chaque jour, ils veillaient dans le temple." (Actes ii) Et aussi :
"Pierre et Jean montaient ensemble au temple, à l'heure de la prière, la
neuvième heure," (Actes iii) quand ils ont guéri un homme boiteux
depuis sa naissance.
VII. En outre, un ange du Seigneur, faisant sortir
les Apôtres de prison, leur a dit : "‘Allez, et debout dans le temple dites
à toute l'assemblée les paroles de Sa vie.’ Et quand ils ont entendu cela,
ils entrèrent dans le temple à l'aube et se mirent à enseigner." (Actes v)
Et aussi : "Il est arrivé à Paul comme il priait dans le temple qu'il tomba
dans un état de transe et vit Jésus." (Actes xxii) La veuve Anna
aussi "ne quittait pas le temple, adorant jour et nuit." (Luc ii) Il
y avait aussi Siméon, "homme juste et pieux, attendant la consolation
d'Israël, et l'Esprit Saint était sur lui. Lui aussi vint dans le temple,
inspiré par l'Esprit, et reçut Jésus dans ses bras et loua Dieu." (ibid.)
VIII. De cela, il est clair que les Apôtres priaient
et louaient Dieu dans le temple, que Paul y a vu Jésus, qu’ils y
enseignaient sur l'ordre de l'ange, et qu’Anna ne quittait pas le temple,
mais adorait le Seigneur nuit et jour. Siméon aussi, un saint homme, rempli
de l'Esprit Saint dans son âme, est venu dans le temple et a reçu Jésus et
le bénit. Pourquoi, donc, les hérétiques impies se vantent-ils de servir
l'Évangile et de suivre les apôtres alors qu’ils ne prient pas dans le
temple mais dans leur propre chambre, et qu’ils n’enseignent pas dans le
temple, mais dans le forum et même en privé à la maison ?
IX. Ô quelle stupidité ! Cela vous dérange-t-il que
Dieu ait une demeure dans chaque ville, chaque ferme et chaque château, afin
qu'il puisse être honoré par son propre peuple, alors que beaucoup d'entre
vous n’ont pas une seule maison mais plusieurs selon leurs caprices ? Vous
avez également des maisons, une pour manger, une autre pour dormir et
d'autres pour d'autres usages. Pourquoi êtes-vous jaloux du peuple chrétien
s'ils ont une maison de prière, pour louer Dieu ou pour enseigner les
paroles de la vie ? Aussi, parce que Dieu est de toutes choses, et non pas
d'une seule chose, Il est loué par toute la communauté.
X. Le fait qu'une église soit considérée comme une
maison de prière sera prouvée par la raison et par les autorités. L’Église
est considérée tantôt comme le rassemblement des fidèles, tantôt comme la
congrégation des hommes mauvais,
tantôt comme
la maison de Dieu, où se
rendent les uns et les autres. L'église est considérée comme le
rassemblement des fidèles, où il est écrit : "Paul, prisonnier de
Jésus-Christ, et le frère Timothée, à Philémon, notre bien-aimé compagnon
d’œuvre, à Appia, notre chère sœur, à Archippe, notre compagnon d'armes, et
à l'église qui est dans votre maison. Que la grâce et la paix vous soient
données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ." (Philémon
i) L'église est dite être une congrégation de malfaiteurs par David :
"Je déteste l'église de la malveillance." (Psaume xxv) Une église est
également considérée comme une maison de prière, d’où l'Apôtre dit aux
Corinthiens : "Car, quand vous vous réunissez dans l'église, j'entends dire
qu'il y a des divisions, et je le crois en partie." (I Cor. xi) Et un
peu plus loin : "Quand vous vous réunissez en assemblée, ce n'est pas la
Cène du Seigneur que vous prenez pour manger. Car chacun prend son propre
repas, et alors que l’un a faim un autre est ivre. N'avez-vous pas vos
propres maisons pour manger et boire ? Ou méprisez-vous l'Église de Dieu et
humiliez-vous ceux qui n'ont rien ?" (ibid.) Il dit clairement que
les Corinthiens, dont certains sont bons et certains sont mauvais, se
réunissent à l'église, c’est-à-dire dans la maison de prière, tout comme les
vrais exégètes nous disent. Puis il déclare : "quand vous vous réunissez
tous ensemble". Que signifie se réunir tous ensemble, sinon se
rassembler tous en un seul endroit, et quel endroit peut-on considérer comme
supérieur à une église ? Et puisque c’est dans ce lieu, c'est-à-dire
l'église, qu’ils se rassasiaient, il les réprimanda en disant : "N'avez-vous
pas vos propres maisons pour manger et boire ? Ou méprisez-vous l'église de
Dieu ?" Autrement dit, n'avez-vous pas d'autres endroits où vous restaurer ?
Ou bien, puisque vous avez d'autres endroits, vous méprisez l'église de
Dieu, qui est la maison de prière, en mangeant et en buvant dans ce lieu ?
C'est comme s'il disait : "une église n'est pas une maison pour manger ou
boire, mais pour prier, et donc si vous avez une maison pour manger ou
boire, rafraîchissez-vous là-bas, et non dans la maison de prière,
c’est-à-dire dans une église. Par ce raisonnement, celui qui mange ou boit
dans une église de Dieu la méprise, surtout s’il a sa propre maison pour
manger. Car une église de Dieu n'est pas une maison pour manger et boire,
mais une maison de prière.
XI. Il est donc clair que l'église de Dieu peut être
considérée comme une maison de prière. D'ailleurs, si quelqu'un dit que
l'église de Dieu désigne des hommes fidèles, qu’il prenne conscience de
l'absurdité de son propos. L'Apôtre, en effet, réprimande ces Corinthiens
qui mangeaient dans l'église de Dieu. En outre, si l'Église de Dieu est
comprise comme étant le rassemblement des fidèles, par conséquent, il semble
réprimander ces hommes qui mangent dans un rassemblement des fidèles, et de
cette manière, le Seigneur punira ceux qui mangent et boivent avec les
disciples. Il s'ensuit donc qu'il ne faut pas manger avec un autre, ou que
l'on ne doit manger qu’avec les infidèles et accepter cet argument est la
folie la plus élevée. Il est donc important de comprendre que l'église de
Dieu est la maison de prière. C'est pourquoi, d'un point de vue
étymologique, l'église (ecclesia) est considérée comme le "bâtiment
des clercs" (aedes clericorum), non pas parce qu’ils sont les seuls à
fréquenter cet endroit, mais parce qu'il est fréquenté par d'autres croyants
et parce que leur occupation consiste à le garder, à le fermer, à l'ouvrir
et à y célébrer les mystères divins.
XII. Il n’est pas étonnant alors que l'église de
Dieu soit appelée à la fois une assemblée des fidèles et la maison de prière
où ils se rencontrent, tout comme le mot maison désigne à la fois le
bâtiment et les gens qui y vivent. Quand il est dit que le Seigneur entra
dans la maison du prince des Pharisiens pour manger du pain le jour du
Sabbat (Luc xiv), la maison signifie les bâtiments. Toutefois,
quand on parle du prince, que "il crut, lui et toute la maison" (ibid.)
la maison désigne ici ceux qui vivent dans le bâtiment. Le mot ville
(civitas) signifie également à la fois le lieu où les citoyens vivent
et les citoyens qui y vivent. Il désigne le lieu dans le passage "quand il
vit la ville, Jésus pleura." (Luc xix) Il signifie les gens ici :
"Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut émue, disant : ‘qui
est-il’" (Matt. x) Car ce n’est pas le cercle des murs ou le lieu
lui-même qui a dit, "Qui est-il", mais les citoyens eux-mêmes.
XIII. Une synagogue est également considérée comme
une maison de prière où tous les Juifs s'assemblent. Et les Juifs eux-mêmes
dirent au Seigneur en ce qui concerne le centurion : "Il a construit la
synagogue pour nous." (Luc vii) Ils entendaient par ce mot la
structure de la synagogue, qu'il avait construite pour eux afin qu'ils
puissent prier. Jean a également dit à l'ange de l'église de Smyrne : "Vous
avez été blasphémés par ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas, mais qui
sont de la synagogue de Satan." (Apoc. ii) Dans ce passage, sans
aucun doute, il appelle les Juifs la synagogue de Satan.
XIV. Il est donc tout à fait clair à la fois par le
témoignage de l'Apôtre et par le raisonnement des autres autorités
similaires que l'église de Dieu est appelée autant la maison de prière que
l'assemblée des fidèles. Car dans la structure physique d'une église, la
variété ou la multitude de pierre ou de bois symbolise les divers types de
fidèles. Le sol et le toit reflètent les serviteurs et les maîtres, les
fenêtres par lesquelles la lumière du ciel se déverse sont les érudits à
travers lesquels d'autres croyants sont éclairés, qui sont mis en lumière
par la lumière de Dieu. La fondation sur laquelle repose tout le poids de
l'Église est le Christ, qui soutient nos coutumes. La porte est la foi ;
l'autel, Dieu ; la largeur du bâtiment de l'église, l’amour ; sa hauteur,
l'espoir ; sa longueur, sa persévérance ; ses lampes ou bougies, l'Écriture
ou les vertus ; les cymbales, le signe de jubilation. Par conséquent,
puisque la structure matérielle d'une église reflète la structure
spirituelle, ce n’est pas à tort que son nom est donné, parce que de
nombreux signes représentent la chose dont ils sont le signe. Le Prophète a
parlé en ce qui concerne la manne : "L'homme a mangé le pain des anges" (Psaume
lxxvii) non pas parce que c’était le pain des anges, mais parce que
c'était une métaphore pour le désigner. En outre, l'Apôtre dit aux Juifs à
propos du rocher qui était la source de l'eau : "le Rocher les a suivis, et
ce Rocher était Christ" (I Cor. x), non pas parce que le Rocher était
réellement le Christ, mais parce que c'était une métaphore pour désigner le
Christ qui nous fait boire de l'eau de la sagesse.
XV. Bien que nous parlions de la maison de prière,
c'est-à-dire l'église où l’on prie, les ennemis de la vérité citent les
paroles de l'Évangéliste contre nous : "Toi, cependant, quand tu pries,
entre dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père dans le secret, et
ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra." (Matt. vi) De ce
fait, ils disent que l'on doit prier dans sa propre chambre, et non pas à
l'église.
XVI. Si, toutefois, il faut prier dans sa propre
chambre, et non pas à l'église, Jésus-Christ, dont les paroles ne
contiennent aucune tromperie, a péché quand il l'a appelée une maison de
prière, si l'on n’y prie pas. Si, toutefois, il a dit la vérité, d'autant
plus que la Vérité dit la vérité, c'est la maison de prière parce que les
gens doivent y prier. Par ailleurs, si l'on ne doit pas prier dans l'église,
Jean et Pierre ont péché quand ils sont entrés dans le temple à l'heure de
la prière, à la neuvième heure de la journée. Pierre a aussi péché, tout
comme Anna, qui ne quittait pas le temple, adorant jour et nuit à travers le
jeûne et la prière. Penser qu'il en est ainsi est la folie la plus élevée.
Il est convenu, par conséquent, que l'on doit prier à l'église, d’après
l'autorité du Christ, à partir de l'exemple des apôtres et de beaucoup
d'autres personnes saintes.
XVII. La prière doit être faite partout, cependant,
tout comme l'Apôtre dit : "Je souhaite que les hommes prient en tout lieu,
levant leurs mains pures, sans colère ni hypocrisie, et que les femmes
fassent de même." (I Tim. ii) Et le Prophète a dit : "Dans toutes les
régions de Son royaume, que mon esprit loue le Seigneur." (Psaume cii)
Par conséquent, bien que l'on doive prier partout, Dieu a voulu surtout
qu'il y ait un endroit réservé à la prière, spécialement et uniquement pour
prier et adorer Dieu, de sorte que la prière puisse être faite avec plus
d'attention, et que ce lieu soit réservé à Dieu, afin que d'autres activités
n'y aient pas lieu. En effet, d'autres endroits sont souvent utilisés pour
de nombreux autres types d’activités. Et donc si quelqu'un venait à y prier,
il serait souvent interrompu, qu’il le veuille ou non. "Car les mouches
mortes polluent l'odeur du parfum." (Eccles. x) Les affaires du
monde, tout comme des mouches, se font intrusives et confondent les cœurs de
ceux qui prient, et en conséquence les prières, qui par leur propre nature
ont un parfum agréable, ne renvoient pas à Dieu la bonne odeur du suppliant.
XVIII. Par conséquent, lorsque le Seigneur a dit que
l'on doit aller dans sa chambre pour prier, il ne conseille pas que le lit
physique soit le lieu de prière, car Il n'a jamais fait cela : Il n'appelle
jamais le lit ou la chambre à coucher la maison de prière. Pourtant, il
appelle le temple la maison de Dieu et la maison de prière. Il ne faut pas
comprendre cela comme signifiant le lit physique, mais le lit spirituel.
C'est pourquoi on l'appelle sa chambre, ou l'endroit secret du cœur, où, si
la conscience est bonne, une personne pèse favorablement, mais si elle est
mauvaise, alors elle est très accablée. Celui qui veut prier, par
conséquent, doit entrer dans les lieux secrets de son cœur afin de prier non
seulement avec sa voix mais aussi avec son cœur. Qu’il entre dans la chambre
de son cœur de peur que l'esprit, submergé par les affaires extérieures, ne
pollue les fruits de la prière. Puis tourné vers lui-même, plus il aura
rejeté les autres affaires pour se consacrer uniquement à Dieu, plus il
pourra obtenir facilement des choses par la prière. Et donc tant qu’on
insiste sur le fait que la bouche doit être fermée pour la prière,
c'est-à-dire que le sens de l'ouïe doit être protégé par la mise en garde du
cœur, de sorte que les désirs illicites soient sobres et les désirs charnels
empêchés, mais que le Père du ciel soit diligemment prié avec toute
l’intention du cœur, et que, par cette fermeture de l'entrée du cœur, les
questions inattendues ne viennent pas interrompre la prière. C'est cette
prière qui atteint le ciel. Elle frappe les oreilles du Père céleste. Elle
apporte des avantages si quelque chose a été demandé. D'où il est dit : "Ton
Père, qui voit dans le secret, te récompensera." (Matt. vi)
XIX. En outre, parce qu'ils ne veulent pas prier
dans l'église, ils étendent contre nous ce plaidoyer dans leur péché, et
citent comme preuve ce que le bienheureux Étienne a dit dans les Actes des
Apôtres : "Salomon a construit une maison pour Dieu, mais le Très-Haut
n'habite pas dans des maisons faites de mains d’hommes, comme dit le
prophète : ‘Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied. Quelle
maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur ? Ou quel sera le lieu de mon
repos ? Mes mains n’ont-elles pas fait toutes ces choses ?’" (Actes
vii) Et ils disent que si le Très-Haut n'habite pas dans des bâtiments
construits de main d'homme, Il ne vit pas non plus dans les églises, qui
sont faites par les mains des hommes. Mais s'Il n’y vit pas, pourquoi
devons-nous nous y rendre pour prier ?
XX. À cela nous répondons : nous devons comprendre
que Dieu n'habite pas dans des
endroits faits par les hommes tels que ces bâtiments, qui ne sont
pas fermés ou qui ne sont pas contenus par les choses construites par
l’homme. Car Dieu est incommensurable et ne peut être circonscrit ; Il est
indéfinissable et ne peut donc pas être limité ou confiné à un seul endroit.
Pour celui dont le ciel est un trône, et la terre un marchepied - comment
pourrait-Il être contenu dans une maison ? Quand vous vivez dans votre
propre maison, vous y êtes confinés et vous ne pouvez aller nulle part
ailleurs. Mais Dieu ne vit pas ainsi dans des temples faits par les humains,
pour y être enfermé, pour ne jamais être ailleurs.
XXI. En outre, "Dieu est l’Esprit" (II Cor. iii).
Il a également dit que Dieu n'est pas retenu dans un lieu corporel, mais que
par la Grâce, il vit dans le cœur des élus. D'où l'Apôtre dit aux Éphésiens
: "Que le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ vous accorde que le Christ
habite dans vos cœurs par la foi." (Éphésiens iii) La foi est la
vôtre par le Christ et le Christ est dans votre cœur. Le Prophète a dit :
"Il abandonna la demeure de Silo, Sa propre tente, où Il a vécu parmi les
gens." (Psaume lxxvii) Voyez comment Dieu a vécu dans sa propre
tente, et Il y vécut parmi le peuple. De cette manière, Dieu vit dans les
églises, habitant parmi les hommes, et c'est pourquoi Il préfère y vivre
qu'ailleurs, parce que de temps à autre beaucoup s'y rassemblent : avec une
grande dévotion et une foi ardente, ils se réunissent. Dieu est adoré par
des supplications et par la compréhension de la nourriture sacrée,
c'est-à-dire le corps du Christ, et la compréhension de la Parole divine.
Par conséquent, puisque Dieu est toujours dans le cœur des élus, toujours et
partout, qu’Il les satisfasse plus pleinement et plus complètement dans les
églises, quand Il les voit plus fermes dans leur prière. Si, en revanche,
Dieu est partout, comme il le dit : "Je remplis le ciel et la terre" (Ésaïe
xxiii) Il est dans les bâtiments faits par les hommes, les contenant et
régnant sur eux, mais Il ne vit pas là, comme dans le cœur des élus : Il
‘vit’ là par la grâce, et en eux, Il existe par l’essence, la puissance et
la présence.
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